mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | EL MOUKHTARI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 13 avril 2022, la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au Tribunal le dossier de la requête de M. A B.
Par cette requête, enregistrée le 30 mars 2022 au greffe du tribunal administratif de Lyon, et un mémoire, enregistré le 23 mai 2022, M. B, représenté Me El-Moukhtari, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 28 mars 2022 par lesquelles le préfet de la Haute-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié ", ou " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois et, dans l'attente, lui remettre sous 8 jours une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois et de lui remettre, dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Le refus de renouvellement de son titre de séjour :
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît les articles L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
L'obligation de quitter le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en ce qu'elle indique que sa demande de titre de séjour est entachée de fraude documentaire ;
- se fonde à tort sur le fait que sa présence en France représente une menace pour l'ordre public ;
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît les articles L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée.
La décision l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de 18 mois :
- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est illégale, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le préfet de Haute-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre une décision portant retrait du délai de départ volontaire sont irrecevables dès lors qu'il n'a jamais retiré de délai de départ volontaire ;
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées au motif qu'elles reposent à tort sur le motif tiré du caractère frauduleux de documents d'état-civil de M. B sont inopérants ;
- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors que la décision est uniquement fondée sur le non-respect de l'article R. 431-10 du même code ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, M. B n'ayant jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de cet article ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2022.
Des pièces produites par M. B ont été enregistrées le 22 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Un mémoire présenté par le préfet de la Haute-Loire a été enregistré le 4 octobre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me El Moukhtari représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien déclarant être entré sur le territoire français en septembre 2018 à l'âge de seize ans, a été confié à des tiers dignes de confiance en application du 2° de l'article 375-3 du code civil selon un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants du D du 9 janvier 2019. Après avoir bénéficié de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable du 17 février 2020 au 16 février 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 13 janvier 2021. Par un arrêté du 28 mars 2022, le préfet de la Haute-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, le refus de titre de séjour, qui vise les articles R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil, mentionne que les documents d'état civil présentés par M. B au soutien de sa demande de titre de séjour comportent des anomalies ou omissions, et sont, par suite, dépourvus de force probante. Cette décision en conclut que M. B, qui ne justifie pas de son identité, ni de son état-civil, ne peut bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour. Cette décision, qui énonce en outre les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant, comporte ainsi les considérations en droit et en fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Haute-Loire n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Selon l'article L. 811-2 de ce code, la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".
6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
7. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a produit, au soutien de sa demande de titre de séjour, les copies d'un extrait du jugement supplétif d'acte de naissance n° 05630/2017 du 19 juin 2017 par lequel le tribunal de grande instance de Kayes a déclaré qu'il était né le 15 février 2002 à Boutinguisse (Mali), le volet n°3 de son acte de naissance établi par le centre principal d'état civil de Teichibe le 26 juin 2017 ainsi qu'un extrait d'acte de naissance établi le 27 juin 2017 par ce même centre. M. B a également produit son passeport délivré le 20 août 2021 par les autorités maliennes ainsi qu'une carte consulaire. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B, le préfet de la Haute-Loire a considéré, en s'appropriant notamment les conclusions de rapports d'analyse documentaire établis par le service de la police aux frontières de Clermont-Ferrand, que les documents d'état civil présentés par ce dernier n'étaient pas authentiques, de sorte que l'intéressé ne justifiait pas de son état-civil au sens de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. D'une part, pour retenir que le volet n°3 d'acte de naissance présenté par le requérant était falsifié, le service de la police aux frontières a relevé, en particulier dans son rapport d'analyse documentaire établi le 18 mars 2022, que ce document, détaché directement du registre d'état civil de la commune qui l'a réalisé et qui constitue la copie du volet numéro 1 conservé par cette commune, ne comporte pas de dentelure sur son côté gauche, n'indique pas le nom de l'imprimerie officielle devant être inscrit sur le bord droit en bas du feuillet, et que le numéro de série du feuillet figurant sur l'extrémité du haut du support n'a pas été réalisé selon la technique d'imprimerie de la typographie mais par un tampon numéroteur à l'encre humide. Ce service a également relevé que ce document n'indique pas en toutes lettres la date de son établissement en méconnaissance de l'article 126 du code des personnes et de la famille du Mali, qu'il comporte des abréviations, ce qui est proscrit par l'article 124 du même code, n'indique pas le numéro d'identification " NINA " en méconnaissance de l'article 5 de la loi du 11 août 2016 portant institution du numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales du Mali, mentionne la transcription du jugement supplétif dans les rubriques 19 à 21 concernant les déclarations de naissance effectuées dans les délais légaux et non au verso de l'acte de naissance conformément à l'article 16 de l'arrêté interministériel n° 2016-0255 du 26 février 2016, et fait référence à un " registre 04 qui ne peut pas être le bon ". Le rapport relève également que le cachet apposé sur le document n'est pas cohérent ni conforme dès lors qu'il ne reprend pas, comme c'est en général le cas, l'intitulé des centres indiqués en tête des documents en plus du nom de la commune. Le rapport relate également qu'après recherches, il a été constaté que l'acte a été signé par un individu présenté comme le maire de la commune de Karakoro alors qu'il n'a pas été réélu à la suite des élections municipales maliennes qui se sont déroulées le 20 novembre 2016 pour une mise en place des nouveaux élus au début de l'année 2017. Il indique également qu'un cachet du greffier en chef du tribunal de grande instance de Kayes est apposé sur le document alors que seul le président du tribunal de grande instance peut apposer ce cachet afin de signifier la côte et le paraphe du registre conformément à l'article 101 du code des personnes et de la famille. Par ailleurs, le service a également constaté que ce document et l'extrait de jugement supplétif produit par le requérant, qui présentent des similitudes dans la dynamique de l'écriture, ont été écris par la même personne, alors qu'il s'agit de documents établis par des autorités différentes.
10. D'autre part, pour retenir que l'extrait d'acte de naissance présenté par M. B était également falsifié, le service de la police aux frontières a relevé, dans le même rapport établi le 18 mars 2022, que ce document ne comportait pas de nom d'imprimerie officielle en bas à gauche du feuillet et ne correspondait pas, ainsi, à une souche originale. Il a également relevé plusieurs anomalies, similaires à celles affectant le volet n°3 de son acte de naissance, à savoir l'absence de numéro " NINA ", un numéro de registre incohérent, l'inexactitude des mentions relatives au signataire de l'acte, et la présence d'abréviations interdites par la loi malienne. Ce même rapport relève également que la rubrique n°16 du document, relatif à la date d'établissement de l'acte, fait référence au " 19/06/2017 svt. Jg. Sup. n°05630 " alors qu'elle doit indiquer la date de l'établissement de l'acte initial, soit le 26 juin 2017.
11. Le service de la police aux frontière a également conclu au caractère falsifié du jugement supplétif présenté par le requérant au soutien de sa demande de titre de séjour après avoir relevé que le jugement ne mentionne pas le nom du magistrat, qu'il ne précise ni la date ni les modalités de la requête, n'informe pas du domicile et de la nationalité des parents de M. B et qu'il a été écrit par la même personne ayant établi le volet numéro 3 de son acte de naissance.
12. Ce même service a également relevé que les documents d'état civil mentionnés aux points 8 à 10 ont été écrits par la même personne qui a établi les documents d'état civil de même nature produits par le requérant en 2018 et que le service avait qualifié de faux dans des rapports établis le 3 décembre 2018.
13. M. B fait valoir qu'il est probable, eu égard aux carences systémiques de cet Etat, que les documents d'état civil soient complétés préalablement par les agents municipaux avant d'être soumis au greffier pour qu'ils puissent les signer et soient rédigés par la même personne ou encore qu'ils mentionnent des numéros de registre erronés. Il fait également valoir qu'il est normal que les documents produit ne mentionnent pas le numéro NINA dès lors qu'il n'a fait sa demande tendant à l'obtention de ce numéro qu'en 2019 et fait par ailleurs valoir que le premier volet n°3 de son acte de naissance qu'il a produit mentionnait bien le nom de l'imprimeur. Il soutient également que les erreurs relatives à la date du jugement supplétif sont purement matérielles et affirme qu'il n'est pas exclu que le signataire de l'extrait d'acte de naissance et du volet n°3 de son acte de naissance, ancien maire de la commune de Karakoro, ait été reconduit au sein de la nouvelle équipe municipale et habilité à signer des actes d'état civil. Toutefois, eu égard à l'importance des incohérences et irrégularités rappelées aux points 9 à 12, dont la majorité n'est pas contestée par le requérant, ces seules dénégations et hypothèses ne suffisent pas à établir son état civil de manière précise et circonstanciée, quand bien même l'intéressé est titulaire d'une carte consulaire et d'un passeport dont la conformité n'a pas été remise en cause. Si le requérant conteste la procédure aux termes de laquelle le service de sécurité intérieure Mali de la direction de la coopération internationale a indiqué au préfet dans un courrier du 11 février 2022 que les documents ont été considérés comme des faux après recherches effectuées par le conseiller sûreté immigration au motif que les services d'état civil n'ont été contactés par cet agent qu'oralement sans qu'il n'ait été possible d'obtenir une vérification visuelle ni écrite, et conteste également les conditions dans lesquelles le service de l'aide sociale à l'enfance a mené l'entretien d'évaluation aux termes duquel il avait émis des doutes quant à sa minorité, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que le préfet pouvait légalement remettre en cause le caractère authentique de ses documents d'état civil après avoir recueilli les rapports circonstanciés du service de la police aux frontières. Le préfet n'était par ailleurs pas tenu de saisir au préalable les autorités maliennes pour avis ni de faire procéder à la vérification sur place des registres d'état civil pour déterminer si les erreurs relevées figuraient également dans le volet n°1 de son acte de naissance. Dans ces conditions, et alors même que le tribunal pour enfants n'a pas remis en cause sa minorité en le plaçant au service d'aide sociale à l'enfance le 9 janvier 2019, le préfet de la Haute-Loire, qui a légalement pu remettre en cause le caractère authentique des documents d'état civil présentés par le requérant, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil.
14. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant celles de l'article L. 313-15 de ce code invoquées par le requérant et abrogées depuis le 1er mai 2021 : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
15. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 qu'en l'absence de production de documents d'état civil authentiques, le requérant, qui ne justifie pas de son identité et par suite de l'âge qu'il avait lorsqu'il a été confié à des tiers dignes de confiance, ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'il se prévaut du sérieux du suivi de sa formation professionnelle. Au demeurant, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà obtenu la délivrance du titre de séjour prévu par ces dispositions, qui ne peut être délivré, et à titre exceptionnel, qu'au titre de l'année suivant son dix-huitième anniversaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris à l'article L. 435-3 de ce code, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
17. M. B, célibataire et sans enfant à charge, réside en France depuis environ trois ans et demi à la date de la décision attaquée. S'il fait valoir qu'il a créé des liens avec les tiers dignes de confiance auprès desquels il a été confiés et qu'il suit avec sérieux sa formation professionnelle en menuiserie pour laquelle il a conclu un contrat d'apprentissage et dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Les liens dont il se prévaut en France ne présentent pas, par ailleurs, une intensité particulière justifiant son maintien sur le territoire français au titre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'intégration qu'il a réalisés et de la conclusion d'un contrat jeune majeur, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
19. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a demandé au préfet de la Haute-Loire son admission au séjour à titre exceptionnel sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, et en tout état de cause, l'admission au séjour du requérant ne répond pas à considérations humanitaire et ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels compte tenu de ce qui a été dit au point 17. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces mêmes dispositions ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour est illégal. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français en litige, doit être écarté.
21. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour en vertu de l'article L. 613-1 du même code. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour comprend les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français en litige doit être écarté.
22. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Haute-Loire n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
23. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 17.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
24. M. B, qui a initialement contesté la légalité d'une décision lui " retirant un délai de départ volontaire ", doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Loire a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
25. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre du refus de lui accorder un délai de départ volontaire, doit être écarté.
26. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que le risque que M. B se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet doit être regardé comme établi dès lors qu'il a fait usage de documents d'état civil contrefaits et d'un passeport indûment obtenu, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
27. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Haute-Loire n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
28. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document () ".
29. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 13 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Haute-Loire a remis en cause l'authenticité de ses documents d'état civil au motif qu'ils étaient falsifiés. Ainsi, le risque que le requérant se soustrait à la mesure d'éloignement a pu être regardé comme établi par le préfet dès lors qu'il a fait usage d'un document falsifié. Le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance particulière susceptible de justifier que ce risque n'est pas établi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois :
30. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B, qui n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prononcées à son encontre sont illégaux, n'est pas davantage fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois est dépourvue de base légale.
31. En deuxième lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français, qui vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et énonce les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant attestant de la prise en compte par le préfet des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est par suite suffisamment motivée.
32. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Haute-Loire n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
33. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
34. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 13 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Haute-Loire a remis en cause l'authenticité des documents d'état civil qu'il a présentés au soutien de sa demande de titre de séjour au motif qu'ils étaient falsifiés. Toutefois, le fait que le requérant a fait usage de ces faux documents pour l'obtention d'un titre de séjour et a participé aux démarches en vue de l'obtention de documents d'état civil en faveur d'un autre ressortissant malien confié aux mêmes tiers dignes de confiance qui l'ont recueilli, selon l'argumentation de ces derniers reproduite dans le jugement du tribunal correctionnel du D du 2 novembre 2021 condamnant ce ressortissant malien à une peine de deux mois de prison avec sursis pour usage de faux documents administratif pour justifier d'une identité, ne saurait suffire pour caractériser qu'en l'espèce, la présence de M. B sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Il ressort néanmoins des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Loire a également interdit M. B de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois aux motifs qu'il est célibataire sans charge de famille, et ne fait état d'aucun lien familial en France où il ne réside que depuis un peu plus de trois ans. Compte tenu de la situation personnelle et familiale du requérant, et de ce qui a été dit au point 17, ces autres motifs sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois. Par suite, les moyens tirés du caractère disproportionné de la mesure en litige et de la méconnaissance des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
35. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de 18 mois. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Panighel, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.
Le rapporteur,
L. C
La présidente,
C. COURRETLa greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026