jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200841 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SULLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 avril 2022, le 6 septembre 2023 et le 26 février 2024, Mme B A, représentée par Me Sulli, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur de la protection judiciaire de la jeunesse sur sa demande du 15 décembre 2021 tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er septembre 2018 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes dues au titre de la nouvelle bonification indiciaire, dont le taux ne peut être inférieur à 30 points, à compter du 1er septembre 2018 ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au versement des arriérés de nouvelle bonification indiciaire, assortis des intérêts au taux légal à compter de sa demande, et de mettre en œuvre le versement de la nouvelle bonification indiciaire pour la période postérieure au jugement, dans un délai d'un mois à compter du prononcé de la décision à intervenir, sous astreinte de 40 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la reconstitution de sa carrière, en intégrant la nouvelle bonification indiciaire accordée ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle remplit les critères d'éligibilité à la nouvelle bonification indiciaire dès lors qu'elle intervient dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité et qu'elle prend en charge des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ;
- le contrat local de sécurité signé en 1998 par la commune de Clermont-Ferrand se poursuit sous l'appellation nouvelle de " stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance " depuis 2017, stratégie renouvelée en 2022 ;
- la commune de Clermont-Ferrand pilote en outre le conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance ;
- elle intervient dans la ville d'Aubière, qui relève de la compétence du conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance ; dans la ville de Cournon d'Auvergne, qui est soumise à un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance ; dans la ville d'Issoire, qui a un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance ; et dans la commune d'Ambert, qui est dotée d'un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance ;
- plusieurs fonctionnaires placés dans la même situation ont obtenu satisfaction ;
- des notes du 21 juin 2018 et du 16 mai 2019 ont entendu étendre le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à l'ensemble des personnels éducatifs et techniques des structures d'hébergement ainsi qu'aux fonctionnaires exerçant en unité éducative d'hébergement collectif et en centre éducatif fermé ; une note en date du 28 septembre 2021 rappelle l'application de la nouvelle bonification indiciaire pour les éducateurs exerçant dans des unités éducatives de milieu ouvert (UEMO) ;
- la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité entre fonctionnaires d'un même corps.
Par une lettre du 13 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 1er mars 2024 sans information préalable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 20 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 96-1156 du 26 décembre 1996 ;
- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- le décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014 ;
- le décret n° 2015-1221 du 1er octobre 2015 ;
- l'arrêté interministériel du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Sulli, avocate de Mme A.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, a été affectée, à compter du 1er septembre 2018 au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Clermont-Ferrand/Issoire. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur de la protection judiciaire de la jeunesse sur sa demande du 15 décembre 2021 tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire.
2. En premier lieu, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Figurent dans cette annexe dans sa version applicable à partir du 1er janvier 2015 les fonctions : " () de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'UEMO de Clermont-Ferrand/Issoire, au sein de laquelle Mme A exerce ses fonctions, n'est ni un centre de placement immédiat, ni un centre éducatif renforcé, ni un foyer, de sorte que l'intéressée ne peut utilement se prévaloir de ce que cette unité accueillerait principalement des jeunes issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville.
5. En deuxième lieu, d'une part, les contrats locaux de sécurité, définis par la circulaire du 28 octobre 1997 NOR : INTK9700174, sont des outils d'une politique de sécurité s'appliquant en priorité aux quartiers sensibles, conclus sous l'impulsion du maire d'une ou plusieurs communes et du représentant de l'Etat dans le département, lorsque la délinquance est particulièrement sensible sur un territoire donné. D'autre part, en application des dispositions de l'article L. 132-4 du code de sécurité intérieure, dans leur version alors applicable, le maire ou son représentant préside un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) dans les communes de plus de 10 000 habitants et dans les communes comprenant un quartier prioritaire de la politique de la ville. Enfin, aux termes de l'article D. 132-7 de ce même code : " Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance constitue le cadre de concertation sur les priorités de la lutte contre l'insécurité et de la prévention de la délinquance dans la commune. / () / Il assure l'animation et le suivi du contrat local de sécurité lorsque le maire et le préfet de département, après consultation du procureur de la République et avis du conseil, ont estimé que l'intensité des problèmes de délinquance sur le territoire de la commune justifiait sa conclusion. ".
6. La circonstance que les contrats locaux de sécurité sont conclus en priorité dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville et sont animés, lorsqu'ils existent, par le CLSPD, n'a ni pour objet ni pour effet que tout quartier prioritaire politique de la ville soit couvert par un contrat local de sécurité. Pour bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 précité, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice figurant en annexe à ce décret entendant se prévaloir de la condition prévue au point 3 de cette annexe doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit, par ailleurs, leur lieu d'affectation.
7. Si d'une part, il est constant que la ville de Clermont-Ferrand était dotée d'un contrat local de sécurité conclu en 1998, il ne ressort aucunement des pièces du dossier que tel était le cas à compter de l'année 2018 de sorte que l'intéressée ne peut se prévaloir du 3. de l'annexe précitée au décret du 14 novembre 2001. Eu égard aux principes rappelés au point précédent, les circonstances que cette même ville pilote un conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance, qui s'est doté en 2017 d'une " stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance ", et que la ville de Clermont-Ferrand a constitué, en 2022, un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance ainsi qu'un conseil métropolitain de sécurité et de prévention de la délinquance, cette dernière circonstance étant au demeurant postérieure à la décision en litige, ne sauraient révéler à elles seules l'existence d'un tel contrat local de sécurité. Enfin, si la commune de Clermont-Ferrand s'est dotée d'un contrat de sécurité intégrée par délibération du 20 juillet 2021, contrat de sécurité intégrée n'est pas synonyme de contrat local de sécurité.
8. D'autre part, et de la même manière, la requérante fait valoir qu'elle intervient dans la ville d'Aubière, qui relève de la compétence du conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance de la métropole de Clermont-Ferrand ; dans la ville de Cournon d'Auvergne, qui est soumise à un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance ; dans la ville d'Issoire, qui a un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance ; et dans la commune d'Ambert, qui est dotée d'un contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les communes de Cournon d'Auvergne, d'Ambert et d'Issoire sont uniquement dotées d'un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, si bien que ces seules circonstances ne sauraient révéler à elles seules l'existence d'un contrat local de sécurité concernant ces communes à compter de l'année 2018. Par suite, Mme A ne remplit pas les conditions fixées par le décret du 14 novembre 2001 pour l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire.
9. En troisième lieu, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des notes ministérielles du 21 juin 2018, applicable à compter du 1er septembre 2018, et du 16 mai 2019, applicable au 1er janvier 2019, relatives aux modalités d'octroi de la nouvelle bonification indiciaire au sein des services déconcentrés de la protection judiciaire de la jeunesse, qui prévoient son octroi respectivement aux " agents affectés en UEHC ne bénéficiant pas de cette mesure alors même que l'unité y ouvre droit et que certains de leurs collègues, éducateurs et/ou adjoints techniques, perçoivent une NBI ", et aux agents " appartenant aux corps des éducateurs, CSE exerçant des fonctions d'éducateur et aux adjoints techniques dès lors que ces agents sont affectés : - au sein d'une unité éducative d'hébergement collectif (UEHC) au sein de laquelle aucune NBI n'est versée actuellement ; - au sein d'un centre éducatif fermé (CEF) " dès lors, en tout état de cause, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'UEMO de Clermont-Ferrand/Issoire entre dans les prévisions de ces notes ministérielles.
10. Par ailleurs, si la requérante se prévaut d'une note ministérielle du 28 septembre 2021, cette note prévoit l'octroi de la nouvelle bonification indiciaire à compter du 1er janvier 2021 uniquement pour les éducateurs et chefs de services éducatifs des UEMO dont l'adresse " est référencée comme appartenant à un quartier prioritaire politique de la ville ". Or dès lors que la liste annexée à cette circulaire mentionne que l'UEMO de Clermont-Ferrand/Issoire ne fait pas partie des UEMO éligibles à la nouvelle bonification indiciaire, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de cette note.
11. En dernier lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir de la situation d'autres agents pour solliciter le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire, dès lors qu'elle ne remplit pas les conditions pour en bénéficier. Le principe d'égalité ne pouvant être utilement invoqué dans le cadre d'un recours en vue d'obtenir un avantage dès lors que le demandeur ne remplit pas les conditions pour y prétendre, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins de condamnation, d'injonction, d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA
L'assesseure la plus ancienne,
dans l'ordre du tableau,
M. JAFFRÉ
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026