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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201058

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201058

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête, enregistrée sous le numéro 2201058 le 11 mai 2022, M. D C, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui refuse un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe un pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, et, en tout état de cause, de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 24 février 2022, soit moins de trente jours après la notification de la décision attaquée, et qu'un nouveau délai a commencé à courir le jour de la réception de la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 mars 2022 ;

Sur le refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire :

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le médecin rapporteur était présent lors de la délibération du collège à compétence nationale ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il est atteint de l'hépatite B et doit régulièrement suivre des soins médicaux dont le défaut est susceptible d'entraîner des circonstances d'une exceptionnelle gravité ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits humains ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la fixation du pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Des pièces, enregistrées le 25 juillet 2022, ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.

II.- Par une requête, enregistrée sous le numéro 2201637 le 23 juillet 2022, M. C, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ;

3°) d'annuler la décision du 22 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnaît l'effet suspensif de la procédure pendante relative à l'obligation de quitter le territoire français.

Des pièces, enregistrées le 25 juillet 2022, ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme.

M. C a formulé une demande d'aide juridictionnelle le 23 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer sur ce litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 26 juillet 2022 à 11h30, en présence de Mme Humez, greffière, Mme Jaffré, première conseillère, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Bourg, suppléant Me Gauché, représentant M. C, qui reprend ses écritures et soulève en outre une fin de non-recevoir tirée de l'incompétence de l'agent préfectoral ayant produit des pièces en défense, indique que l'assignation à résidence est entachée d'incompétence, la délégation de signature produite n'octroyant aucune délégation pour ce type d'acte, et soutient que la mesure d'éloignement et l'assignation à résidence sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits humains et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2201058 et n° 2201637, présentées pour M. C, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. D C, ressortissant guinéen, est entré en France en janvier 2019. Sa demande d'asile a été rejetée le 31 mai 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 2 juin 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. M. C a présenté une demande tendant à l'obtention d'un titre de séjour le 30 juin 2020 pour des raisons de santé. Par décision du 26 mars 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté cette demande. Il a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination auquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé cette décision par un jugement du 28 septembre 2021 et enjoint à l'autorité préfectorale de procéder au réexamen de la demande de l'intéressé. A la suite de l'avis du collègue de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 6 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme, par une décision du 2 février 2022, a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de renvoi. Par une décision du 22 juillet 2022, cette même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes, M. C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2201637.

Sur la communication du dossier administratif de M. C :

5. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a communiqué au tribunal l'ensemble des pièces sur la base desquelles a été prise la décision du 22 juillet 2022 portant assignation à résidence. Par conséquent, l'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration.

Sur l'étendue du litige :

7. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en cas d'assignation à résidence le magistrat désigné par le président du tribunal ne statue que sur les seules décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour, fixation du pays de retour, et assignation à résidence, à l'exclusion de celles relatives au refus de délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour contenue dans la décision du 2 février 2022 du préfet du Puy-de-Dôme, ainsi que les conclusions accessoires qui se rapportent à ces conclusions, doivent être renvoyées à la formation de jugement compétente du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père d'un enfant né à Clermont-Ferrand le 28 octobre 2021, qu'il a reconnu dès le 23 août 2021. Il démontre la réalité de sa contribution à l'entretien de sa fille par la production de plusieurs factures de supermarchés, de soins médicaux et d'habillement. Par ailleurs, si M. C est un ressortissant guinéen, la mère de son enfant, Mme B E, qui se trouve dans une situation administrative similaire à la sienne, est une ressortissante comorienne. Par conséquent, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français a pour effet de séparer la cellule familiale. Par suite, la décision du 2 février 2022, qui éloigne le requérant de son enfant, porte une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant du couple, méconnaissant ainsi les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par M. C et les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a fait obligation à M. C de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, l'arrêté litigieux du 2 février 2022 en tant qu'il fixe le pays de destination, laquelle est privée de base légale, doit également être annulée, ainsi que la décision du 22 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

12. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des obligations de quitter le territoire français contestées implique que le préfet du Puy-de-Dôme délivre à M. C une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur situation. Il y a lieu de prescrire à cette autorité de procéder à la délivrance de cette autorisation dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

13. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans l'instance n° 2201058 et l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2201637. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gauché, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gauché de la somme de 1000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2201637.

Article 2 : Les conclusions de M. C dirigées contre la décision du 2 février 2022 portant refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui se rapportent à ces conclusions, dans l'instance n° 2201058 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Article 3 : La décision du 2 février 2022 du préfet du Puy-de-Dôme portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi et la décision du 22 juillet 2022 du préfet du Puy-de-Dôme portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Me Gauché une somme de 1000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Gauché renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2201058 et n° 2201637 est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

La magistrate désignée,

M. A La greffière,

C. HUMEZ

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2201058 ; 2201637

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