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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201127

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201127

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2201127 le 20 mai 2022, M. A C, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour présentée le 1er février 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2201685 le 28 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 13 octobre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Fréry, substituant Me Loiseau, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant kosovar, est entré irrégulièrement en France le 1er novembre 2013 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 17 mars 2014, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) du 17 décembre 2014. Il a fait l'objet, le 5 mars 2015, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécuté malgré la confirmation de sa légalité par le tribunal par un jugement du 19 novembre 2015. Le 23 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été implicitement rejetée. Puis, le 27 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée par M. C, a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête n° 2201127, M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, et, par la requête n° 2201685, M. C demande l'annulation des décisions du 27 juin 2022 prises par le préfet du Puy-de-Dôme.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2201127 et n° 2201685 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. En l'espèce, le préfet du Puy-de-Dôme a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée par M. C par une décision du 27 juin 2022. Par suite, la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre la décision du 27 juin 2022 portant expressément refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. C se prévaut du fait qu'il vit sur le territoire français depuis 2014, qu'il est en couple avec Mme D, de nationalité algérienne et titulaire d'un certificat de résidence de 10 ans, que de sa relation avec Mme D est née une fille le 20 mars 2015, que Mme D est mère d'un autre enfant né d'une précédente union et qui vit avec elle et qu'il n'a plus de famille au Kosovo. Toutefois, d'une part, à supposer même qu'il ait effectivement séjourné sur le territoire français depuis 2014, M. C ne peut se prévaloir d'un séjour régulier si ce n'est le temps de l'examen de sa demande d'asile et de sa demande de titre de séjour, soit sur une courte période sur les huit années de présence alléguées en France, et ainsi qu'il a été dit au point 1, il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre en mars 2015 par le préfet du Puy-de-Dôme malgré la confirmation de la légalité de cette dernière par le tribunal. D'autre part, la réalité de la vie commune entre le requérant et Mme D ne saurait être établie par la simple production du certificat de naissance de leur fille et une attestation rédigée le 28 juillet 2022 par Mme D sous son précédent nom de femme et qui indique héberger M. C depuis le mois de mars 2015. Par ailleurs, l'intéressé ne justifie pas de son implication dans la vie de sa fille par la simple production d'une attestation en date du 23 octobre 2020 rédigée par un médecin qui indique que la fille du requérant est régulièrement amenée en consultation par son papa. En outre, M. C ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, une insertion significative dans la société française depuis qu'il séjourne en France. Enfin, bien que son père séjournait régulièrement sur le territoire français à la date de la décision contestée, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent des enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant n'a pas été une considération primordiale du préfet au moment de la prise de la décision portant refus de séjour, laquelle décision n'a pas pour objet ou pour effet de séparer M. C de sa fille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de séjour.

10. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant n'a pas été une considération primordiale du préfet au moment de la prise de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2201127 et n° 2201685 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

J-M. B

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2201127 et 2201685

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