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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201152

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201152

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFAURE-CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, M. A C, représenté par Me Faure Cromarias, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 2 mai 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire accordé, l'a obligé à se présenter auprès des services de la direction départementale de la sécurité publique du Puy-de-Dôme les vendredis à 9 heures pendant le même délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la suspension de l'exécution de la décision du 2 mai 2022 l'obligeant à quitter le territoire français ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est signée par une autorité incompétente pour le faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article L. 425-9 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle est signée par une autorité incompétente pour le faire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. C a déposé le 19 mai 2022 une demande d'aide juridictionnelle.

Le président du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité albanaise, est entré en France le 11 août 2021 à l'âge de 53 ans. Il a déposé, le 16 septembre 2021, une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 17 janvier 2022. Le 2 mai 2022, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire accordé, l'a obligé à se présenter auprès des services de la direction départementale de la sécurité publique du Puy-de-Dôme les vendredis à 9 heures pendant le même délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 avril 2022 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation à M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français en litige vise le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. C ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée, qui fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. C, comprend ainsi les considérations en droit et en fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". Aux termes de l'article R. 531-19 de ce code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ". Enfin, l'Albanie est considérée comme un pays d'origine sûr au sens de l'article 37 et de l'annexe de la directive 2013/21/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

7. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner à ce titre sur le territoire français jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui a été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides quand sa demande d'asile a été examinée selon la procédure accélérée en vertu de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il ressort de la fiche TelemOfpra produite par le préfet du Puy-de-Dôme, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision du 17 janvier 2022 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile présentée par M. C a été notifiée à l'intéressé le 17 février 2022. Ainsi, le requérant ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de la décision contestée. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour

autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans

une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au

bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions

pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés

d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. M. C est entré sur le territoire français le 11 août 2021, soit moins d'un an avant la décision attaquée. S'il résulte des pièces médicales produites au dossier qu'il présente des cicatrices et a bénéficié de la mise en place d'une prothèse de l'épaule droite, il ne ressort pas des pièces du dossier que son état de santé ne pourrait pas faire l'objet d'une prise en charge effective et appropriée dans son pays d'origine ni que l'absence d'une telle prise en charge aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il en va de même en ce qui concerne son fils B né le 28 novembre 2004, qui présente une cicatrice de la face externe du poignet droit ainsi qu'une parésie du bras gauche. L'épouse de M. C, qui fait elle aussi l'objet d'une mesure d'éloignement, présente, selon ces mêmes pièces, des séquelles d'une fracture d'un doigt et un important syndrome de stress post-traumatique nécessitant un suivi psychiatrique et un traitement psychotrope. Toutefois, il n'est pas allégué ni corroboré par les pièces du dossier que l'épouse de ce dernier ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à ses pathologies ni qu'un tel traitement serait impossible en raison des troubles que serait susceptible de générer le retour de l'intéressée en Albanie, pays dans lequel elle a déclaré avoir subi des violences. Il résulte de ce qui précède que la cellule familiale de M. C, composée de son épouse et de leurs deux enfants mineurs, peut se reconstituer hors du territoire français. Si M. C se prévaut de la présence de membres de sa famille dans d'autres pays de l'Union européenne, en particulier sa fille majeure en Italie, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation de l'intensité des liens qu'il est susceptible d'entretenir en France. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir qu'il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il remplit les conditions pour bénéficier de plein droit de la délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dernières dispositions et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. C ne peut pas faire l'objet d'une prise en charge effective et appropriée dans son pays d'origine ni que l'absence d'une telle prise en charge aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance de plein droit du titre de séjour prévu à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du même code.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français attaquée, qui vise l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la présence en France de M. C est récente et qu'il ne dispose pas sur le territoire national de liens personnels et familiaux anciens, intense et stables, comporte l'énoncé des considérations en droit et en fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

17. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi en litige, doit être écarté.

19. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4.

20. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. D'une part, il résulte de ce qui précède qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ne pourrait pas bénéficier d'un accès effectif au traitement approprié à son état de santé en Albanie. D'autre part, si M. C soutient que les membres de sa famille et lui-même risquent de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Albanie en raison de leur origine rom et de leur confession musulmane, il ne produit aucun élément précis ou probant à l'appui de ces affirmations alors, au demeurant, qu'il ressort de la fiche TelemOfpra produite en défense que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que son recours contre cette décision a été rejeté par ordonnance d'irrecevabilité de la Cour nationale du droit d'asile en date du 9 mai 2022. Dans ces conditions, M. C, qui n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Albanie, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

24. M. C ne présente aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, sa demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne peut qu'être rejetée.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 2 mai 2022 du préfet du Puy-de-Dôme et de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. C ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

L. D La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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