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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201209

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201209

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantCABINET BADJI & DISSARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2022, Mme B A, représentée Me Badji, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation et de renouveler son récépissé de titre de séjour dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre subsidiaire, de réaliser un supplément d'information afin de déterminer l'effectivité de la disponibilité de son traitement dans son pays d'origine, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- son état de santé exige une prise en charge dont le défaut entrainera des conséquences d'une exceptionnelle gravité, si bien qu'elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit ;

- le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit dès lors qu'il n'a pas examiné la possibilité qu'elle puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas produit d'observation en défense mais a produit des pièces, le 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bader-Koza a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, est entrée en France régulièrement le 20 mai 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 23 février 2018 au 21 août 2018, accompagnée de sa fille mineure. Le 11 mars 2021, la requérante a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 devenu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 avril 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 avril 2022, régulièrement publié le 22 avril 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (.) ".

5. Pour refuser de délivrer à Mme A le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme s'est notamment appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 25 janvier 2022, qui indique que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, la requérante se borne à indiquer qu'elle ne peut pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié au Maroc sans remettre en cause l'appréciation selon laquelle l'absence de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'offre de soins disponible au Maroc, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas plus fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante séjourne en France depuis 2018. La requérante, célibataire et sans emploi fait valoir, sans l'établir, que sa sœur vit en France et qu'elle ne dispose plus d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle a pourtant vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. S'il ressort des pièces du dossier que son enfant est scolarisé en France, il ne ressort pas des pièces du dossier ni même n'est allégué qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité au Maroc. Elle ne justifie ainsi pas de liens personnels et familiaux stables, anciens et intenses en France, ni d'une insertion suffisante dans la société française. Il résulte de ce qui précède que le moyen selon lequel la décision en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En cinquième lieu, Mme A ne peut utilement invoquer une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de ses conclusions en annulation des décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français dès lors que ces dernières n'ont ni pour objet, ni pour effet de la renvoyer dans son pays d'origine. Au surplus, à supposer même qu'elle ait entendu invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de cet article contre la décision fixant le pays de renvoi, Mme A se borne à se prévaloir de l'absence de soins appropriés dans son pays d'origine, sans produire d'élément au dossier permettant d'établir ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser l'intéressée à titre exceptionnel.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision en litige présentées par Mme A doivent être rejetées. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dépens et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

C. TRIMOUILLE

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

JC

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