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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201249

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201249

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantWEDRYCHOWSKI ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2022 et le 24 juin 2022, M. A B, représenté par la SCP Wedrychowski et Associés, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à l'agence nationale des titres sécurisés de lui délivrer matériellement son permis de conduire comportant les catégories A et A2, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'agence nationale des titres sécurisés la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable et n'est pas dirigée contre une administration incompétente, dès lors que l'agence nationale des titres sécurisés a commis une erreur matérielle lors de l'émission du titre en litige ;

- la condition d'urgence est remplie et la mesure sollicitée est utile dès lors qu'un délai anormalement long s'est écoulé depuis le mois de décembre 2019, qu'il est dans l'impossibilité de conduire sa moto et que le fait de conduire sans permis constitue une infraction pénale ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors qu'il est constant qu'il a obtenu son permis de conduire comportant les catégories A et A2 ; l'agence nationale des titres sécurisés à méconnu l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle avait l'obligation de transmettre sa demande aux services de la préfecture du Loiret.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 juin 2022 et le 30 juin 2022, l'agence nationale des titres sécurisés conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Elle fait valoir que la requête est dirigée à tort contre ses services dès lors qu'elle n'est pas l'autorité habilitée pour répondre à la demande de délivrance de permis de conduire et qu'elle n'a pas commis d'erreur matérielle puisque le ministre de l'intérieur conteste l'existence même d'un permis comportant les catégories A et A2 ; de plus, elle n'est pas habilitée à procéder au traitement des données du fichier des permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il fait valoir qu'il n'est pas l'autorité compétente pour délivrer le permis de conduire sollicité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le dossier de M. B a été régularisé et qu'il a la possibilité de déposer une nouvelle demande de réédition de titre sur le site de l'agence nationale des titres sécurisés.

L'ensemble de la requête a été communiquée au préfet du Loiret qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2007-240 modifié du 22 février 2007 portant création de l'agence nationale des titres sécurisés ;

- le décret n° 2007-255 modifié du 27 février 2007 fixant la liste des titres sécurisés relevant de l'agence nationale des titres sécurisés ;

- l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de

validité du permis de conduire ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'une suspension de son permis de conduire à l'issue de laquelle il a sollicité la délivrance d'un nouveau titre sur le site de l'agence nationale des titres sécurisés. Un permis de conduire lui a été délivré, comportant les catégories AM, A1, B1 et B mais omettant, selon ses déclarations, les catégories A et A2. Le requérant a formulé plusieurs demandes à l'agence nationale des titres sécurisés qui l'a informé que le fichier des permis de conduire ne faisait pas apparaître ces deux catégories. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'agence nationale des titres sécurisés de lui délivrer le permis de conduire comportant les catégories sollicitées, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur l'autorité compétente pour délivrer le titre sollicité :

2. Aux termes de l'article R. 221-1-1 du code de la route : " I.-Le permis de conduire est délivré à tout candidat qui a satisfait aux épreuves d'examen prévues au présent chapitre par le préfet du département de sa résidence ou par le préfet du département dans lequel ces épreuves ont été subies ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 20 avril 2012 fixant les conditions d'établissement, de délivrance et de validité du permis de conduire : " () / II. - Toute personne désirant obtenir le permis de conduire prévu aux articles R. 211-1, R. 221-1-1, R. 221-2 et D. 221-3 du code de la route doit en faire la demande au préfet du département dans lequel elle est domiciliée, au moyen du téléservice " demande de permis de conduire () ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 2007-240 du 22 février 2007 portant création de l'agence

nationale des titres sécurisés, dans sa version issue du décret du 6 mai 2017 : " L'agence a pour mission de répondre aux besoins des administrations de l'Etat de conception, de gestion, de production de titres sécurisés et des transmissions de données qui leurs sont associées. Ces titres sont des documents délivrés par l'Etat et faisant l'objet d'une procédure d'édition et de contrôle sécurisée. () / L'agence accomplit sa mission dans le respect des orientations générales arrêtées par l'Etat en matière de titres sécurisés et dans le cadre de la coopération européenne et internationale. Sa mission exclut l'instruction des demandes et la délivrance des titres. ". Enfin, aux termes de l'article 1er du décret n° 2007-255 du 27 février 2007 fixant la liste des titres sécurisés relevant de l'agence nationale des titres sécurisés, " Les titres sécurisés pour lesquels l'agence nationale des titres sécurisés exerce les missions qui lui sont confiées par l'article 2 du décret du 22 février 2007 susvisé sont : / () / 11° Le permis de conduire ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la personne qui, ayant passé avec succès les épreuves d'examen de l'une des catégories de permis de conduire mentionnées à l'article R. 221-4 du code de la route, entend obtenir la délivrance du titre de conduite afférent, doit renseigner son dossier de demande en utilisant la plateforme informatique du site de l'agence nationale des titres sécurisés. Lorsque l'autorité préfectorale à laquelle ce dossier est transmis délivre, à l'issue de l'instruction conduite par les services compétents de l'Etat, l'autorisation de conduire, elle fait assurer par l'agence nationale des titres sécurisés la production du titre de conduite sécurisé et son expédition à l'intéressé.

4. M. B, qui demande au tribunal d'enjoindre à l'agence nationale des titres sécurisés de lui délivrer matériellement son permis de conduire comportant les catégories A et A2, doit être regardé comme sollicitant la production de ce titre. Par suite, eu égard aux modalités d'intervention de l'agence nationale des titres sécurisés pour le compte du ministère de l'intérieur, l'agence n'est pas fondée à soutenir que les conclusions de l'intéressé sont mal dirigées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

6. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que M. B est privé de la possibilité de conduire une moto nécessitant la détention d'un permis de conduire de catégorie A ou A2 depuis que la suspension de son titre a pris fin au mois de décembre 2018. Eu égard au délai anormalement long qui s'est écoulé depuis cette date et alors que le fait de conduire sans permis constitue une infraction pénale, sa demande doit être regardée comme présentant un caractère urgent et utile.

8. D'autre part, M. B soutient qu'après l'obtention de son permis de conduire le 3 mai 1978 le préfet du Loiret lui a remis le titre mentionnant les catégories A et A2 et que l'agence nationale des titres sécurisés a commis une erreur de saisie lors de l'édition du nouveau titre remis le 20 novembre 2018. Le préfet du Puy-de-Dôme, responsable de la délivrance du titre, reconnaît à l'appui de ses conclusions que le bureau en charge des missions de proximité de la préfecture du Loiret a procédé à l'informatisation de la mention de la catégorie A sur le titre de M. B dès lors que celui-ci avait obtenu cette mention, après examen dans le Loiret, le 3 mai 1978, que la situation de l'intéressé a été régularisée en cours d'instance et qu'il était invité à déposer une nouvelle demande de réédition de titre sur le site de l'agence nationale des titres sécurisés. A la date de la présente ordonnance, il ne résulte pas de l'instruction qu'un titre mentionnant les catégories A et A2 ait été remis à M. B. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la demande du requérant, dès lors que la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à l'agence nationale des titres sécurisés d'éditer le permis de conduire comportant les catégories A et A2 dans un délai de huit jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'agence nationale des titres sécurisés une somme de 900 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à l'agence nationale des titres sécurisés d'éditer le permis de conduire portant les mentions A et A2 de M. B dans un délai de huit jours.

Article 2 : L'agence nationale des titres sécurisés versera à M. B une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à l'agence nationale des titres sécurisés, au préfet du Puy-de-Dôme, au préfet du Loiret et au ministre de l'intérieur.

Fait à Clermont-Ferrand, le 27 juillet 2022.

Le juge des référés,

Ph. GAZAGNES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

jg

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