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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201427

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201427

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCHAUTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, M. A B, représenté par Me Chautard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 avril 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.200 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il justifie du caractère réel et sérieux de ses études et de leur progression ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ; il entretient des liens forts avec sa mère ; il exerce également une activité professionnelle ; le préfet n'a pas examiné son droit au séjour sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- le préfet ne s'étant pas préoccupé des circonstances propres à sa situation, justifiant que lui soit octroyé un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Bordes a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité marocaine, est entré régulièrement en France le 22 août 2015, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant premier titre de séjour, valable du 20 août 2015 au 20 août 2016. Une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 12 octobre 2016 au 11 octobre 2017 lui a été délivrée par la préfecture du Puy-dôme, qui a été renouvelée jusqu'au 25 novembre 2021. Le 23 novembre 2021, il a de nouveau sollicité le renouvellement de cette carte de séjour. Par une décision du 11 avril 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande. Par la présente requête, M B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. A cet égard, le caractère réel et sérieux des études est subordonné à la progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

3. En premier lieu, il est constant que M. B a obtenu sa première année de licence en sciences de la vie, au titre de l'année universitaire 2016-2017, après un redoublement et sa seconde année, au titre de l'année universitaire 2020-2021, après deux redoublements. Contrairement à ses allégations, la validation de cette seconde année de licence ne lui a conféré aucun diplôme, le diplôme d'études universitaires générales (DEUG) dont il se prévaut ayant, en effet, été supprimé en 2006. Enfin, il s'est réinscrit au titre de l'année 2021-2022 en troisième année de la même licence en sciences la vie après avoir, une nouvelle fois, redoublé. Dans ces conditions, c'est, sans commettre ni d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet-du-Puy-de-Dôme a estimé que M B ne détenait aucun diplôme après plus de six ans de présence en France, ne justifiait pas du sérieux et de la progression de ses études et a, pour ce motif, refusé de renouveler le titre de séjour dont il bénéficiait en qualité d'étudiant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet n'a pas examiné son droit au séjour sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait présenté une demande de titre de séjour sur de tels fondements. Le préfet n'étant tenu d'instruire une demande de titre de séjour que sur le fondement dont il est saisi, le moyen précité ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaqué que celle-ci fait mention de ce que l'intéressé est célibataire et sans enfant, qu'il n'établit pas avoir en France des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Par suite, alors même qu'elle ne ferait pas état de la présence en France de la mère du requérant, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

7. Si M. B fait valoir que l'autorité administrative ne se serait pas interrogée sur les circonstances propres à sa situation qui justifieraient que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné sa situation et, d'autre part, le requérant ne fait nullement état des circonstances qui justifieraient que lui soit octroyé un tel délai.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 avril 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

M. Panighel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

JF. BORDES La présidente,

S. BADER-KOZA

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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