mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MALLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 4 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Mallet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 juin 2022, notifiée le même jour à 17h45, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'annuler la décision du 29 juin 2022, notifiée le même jour à 17h45, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours avec l'obligation de se présenter aux services de police trois jours par semaine ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder, sans délai, à l'effacement de son inscription dans le système d'information Schengen ;
5°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à défaut d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation, le tout assorti d'une astreinte ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors, d'une part, qu'il vit en concubinage depuis deux ans avec une ressortissante française et qu'une date de mariage est fixée le 10 septembre 2022, et d'autre part, qu'il justifie de son insertion dans la société française depuis son arrivée sur le territoire français en 2017 en tissant des liens d'amitié et dispose d'une promesse d'embauche ;
En ce qui concerne la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
- le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de droit et de fait dès lors que, d'une part, sa volonté de ne pas vouloir se conformer à l'obligation de quitter le territoire français n'est pas démontrée, et que, d'autre part, disposant d'un passeport le risque d'une fuite n'est pas établi ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois :
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les motifs invoqués plus haut ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle doit être annulée par exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose d'un passeport et que son mariage est fixé le 10 septembre 2022.
Des pièces produites par le préfet du Puy-de-Dôme ont été enregistrées le 4 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné Mme Courret, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 juillet 2022 à 14h30 :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Mallet représentant M. A, qui reprend les termes de ses écritures et produit de nouvelles pièces attestant de l'intensité de ses liens privés en France et d'une promesse d'embauche ; elle fait notamment valoir les circonstances liées à la vie privée et familiale du requérant qui vit en concubinage depuis octobre 2017 et dont le mariage est prévu en septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien, déclare être entré en France le 16 juillet 2017 muni de son passeport et d'un visa touristique. L'intéressé a été interpellé le 29 juin 2022 et placé en retenue administrative par les services de la gendarmerie du Puy-de-Dôme à la suite d'un contrôle d'identité. Par décision du 29 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par une décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours avec l'obligation de se présenter aux services de police trois jours par semaine. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
6. Si M. A fait valoir qu'il est arrivé en France, depuis le mois de juillet 2017, il n'est pas contesté qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le requérant se prévaut également d'une communauté de vie avec une ressortissante française, qui selon ses dernières déclarations, durerait depuis le mois d'octobre 2017. A l'appui de ses allégations, le requérant se borne à produire des attestations de la fille et d'une amie de sa compagne, qui mentionnent qu'ils sont en couple depuis octobre 2019 et vivent ensemble depuis octobre 2021. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient permettre d'attester du caractère ancien et stable de leur relation. En outre, si M. A fait valoir que son mariage est prévu le 10 septembre 2022, l'intéressé a été interpellé le 29 juin 2022 et placé en retenue administrative et se savait en situation irrégulière. Enfin, si M. A soutient qu'il justifie d'une parfaite insertion dans la société française et qu'il dispose d'une promesse d'embauche, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside, selon ses déclarations, toute sa famille et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme, par la décision contestée, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignement permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignement inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
8. Si le préfet du Puy-de-Dôme relève que M. A est démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé possède un passeport tunisien délivré le 2 septembre 2021 et expirant le 1er septembre 2026. Toutefois, le préfet a également fondé la décision en litige sur la circonstance que le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière pour ne pas avoir sollicité la régularisation de sa situation auprès de l'administration depuis son entrée en France et qu'il a déclaré qu'il s'opposera à un retour dans son pays d'origine en cas de décision administrative en ce sens. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition en retenue du 29 juin 2022, que M. A ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a effectivement exprimé son intention de vouloir rester en France et de s'opposer à son retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que le préfet du Puy-de-Dôme aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ces deux motifs, qui sont de nature à fonder légalement le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire en application des dispositions des 1° et 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
12. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a assigné M. A à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, en l'obligeant à se présenter trois fois par semaine, les lundis et mercredis et vendredis au commissariat de police de Cournon d'Auvergne. Toutefois, le requérant qui se borne à faire état de ce qu'il possède un passeport et de son futur mariage n'apporte aucun élément de nature à établir que cette décision ferait peser sur lui une contrainte excessive au regard des finalités poursuivies. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation d'une part, de la décision du 29 juin 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et d'autre part, de la décision du même jour par lequel le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La magistrate désignée,
C. CLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2201460
jg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026