lundi 5 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LOISEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Loiseau, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 13 juin 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête, enregistrée dans le délai de recours contentieux, est recevable ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue en vertu de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Mme C a produit des pièces qui ont été enregistrées le 8 juillet 2022 et communiquées au préfet du Puy-de-Dôme.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observations en défense.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Le président du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Loiseau, représentant Mme C, qui reprend le contenu de la requête.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé Mme A C à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a assorti cette obligation des mesures de surveillance prévues par les articles L. 721-6 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Mme C demande l'annulation des décisions du 13 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les conclusions tendant à l'admission de Mme C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir d'une prétendue violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, qui ne désigne pas, par elle-même, le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office.
4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme C, de nationalité serbe, est entrée sur le territoire français le 31 août 2019. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 31 mai 2021, notifiée le 10 juin suivant et qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ses cinq enfants, nés entre 2010 et 2015, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité hors du territoire français. En outre, en se bornant à renvoyer à la décision de l'OFPRA rejetant la demande d'asile présentée par son conjoint ainsi que le dossier de demande d'asile soumis à l'appréciation de cet Office, elle ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations selon lesquelles ses enfants seront directement et personnellement exposés à des menaces en cas de retour en Serbie. Ainsi, la requérante ne fait état d'aucun élément faisant obstacle à ce que ses enfants l'accompagnent en cas de retour dans son pays d'origine. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme C a donné naissance à un sixième enfant le 25 juin 2022, elle ne peut utilement se prévaloir de l'intérêt de cet enfant qui n'était pas né à la date de la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier que le conjoint de Mme C, qui a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée sur le fondement de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas vocation à demeurer sur le territoire français. Si Mme C soutient que son conjoint est détenu depuis le 13 juin 2022 au centre pénitentiaire de Riom pour une durée de trois ans, elle ne produit aucun élément permettant de corroborer ses allégations. En tout état de cause, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, alors qu'aucun acte de mariage n'est par ailleurs produit au dossier, que ce dernier participerait à l'éducation et l'entretien de ses enfants. Si Mme C soutient en outre qu'elle n'a plus de liens avec sa famille résidant en Serbie qui l'a répudiée depuis son union avec son conjoint, d'une part, ces allégations ne sont corroborées par aucun élément du dossier, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme C ne pourrait bénéficier de l'accès effectif au traitement psychiatrique qu'elle indique avoir suivi en France et interrompu en raison de sa dernière grossesse, à supposer même que le défaut de ce traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué par la requérante, qui ne conteste pas les mentions de la décision attaquée selon lesquelles elle est " défavorablement connue des services de police pour un fait de vol en réunion commis le 7 mars 2020 ", qu'elle serait particulièrement insérée au sein de la société française. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, ni qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
6. Mme C ne soulève aucun moyen au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, dirigé à l'encontre de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme C ne produit aucun élément au dossier permettant de corroborer ses allégations selon lesquelles, à la date de la décision attaquée, son conjoint faisait l'objet d'une condamnation pénale d'emprisonnement. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que ce dernier contribuerait à l'entretien et à l'éducation de leurs enfants. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 de ce code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " () le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
10. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office.
11. Mme C a saisi la Cour nationale du droit d'asile d'un recours contre la décision de l'OFPRA du 31 mai 2022 rejetant sa demande d'asile en procédure accélérée. Toutefois, ni ce recours, ni le dossier de demande d'asile présenté par son conjoint auprès de l'Office, ne constituent des éléments de nature à établir qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé de cette décision au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 13 juin 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre à titre provisoire Mme C à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
L. B
La greffière,
C. HUMEZ
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026