lundi 5 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201551 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP HILLAIRAUD & JAUVAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A B, représenté par la SCP W. Hillairaud et A. Jauvat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de l'article L. 435-1 du même code ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français ;
- est illégale dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance de plein droit du titre de séjour prévu par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Le président du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Panighel, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité gabonaise, est entré sur le territoire français en septembre 2019 muni d'un visa type C valable du 9 août 2019 au 9 novembre 2019. Par des décisions respectives du 29 octobre 2021 et du 23 février 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 28 juin 2022, la préfète de l'Allier a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation des décisions du 28 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français rappelle les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles l'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger dont la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé. Elle mentionne que M. B entre dans les prévisions des dispositions de cet article dès lors que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 octobre 2021 et son recours contre cette décision rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 février 2022. La décision attaquée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision attaquée mentionne à tort qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français le 9 septembre 2019. D'une part, la décision attaquée ne mentionne pas précisément que le requérant est entré irrégulièrement mais qu'il " déclare être entré irrégulièrement " en France le 9 septembre 2019. D'autre part, et en tout état de cause, l'erreur de fait alléguée est sans incidence sur le motif fondant l'obligation de quitter le territoire français, tiré, ainsi qu'il a été dit au point 2, de ce que M. B s'était définitivement vu refuser la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Elle n'a donc pas d'influence sur la légalité de la décision attaquée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B est entré sur le territoire français en septembre 2019 à l'âge de 20 ans avec sa mère et ses deux frères et sœurs respectivement nés le 9 août 2005 et le 5 février 2011. S'il se prévaut de ces liens familiaux dont il dispose en France, il ressort des pièces du dossier, et en tout état de cause, que sa mère fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'aucun élément fait obstacle à ce que ses frères et sœurs mineurs, dont il n'est pas allégué que leur scolarité ne pourrait se poursuivre au Gabon, peuvent accompagner leur mère dans ce pays. En outre, M. B n'allègue pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de son entrée récente sur le territoire français, et alors même qu'il ressort des pièces du dossier qu'il exerce des fonctions de bénévolat depuis le mois de mai 2022, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour bénéficier de plein droit de la délivrance du titre de séjour prévu par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français, qui ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. M. B se borne à reprendre les déclarations qu'il a formulées auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au soutien de sa demande d'asile, définitivement rejetée par cet Office et la Cour nationale du droit d'asile, qui a notamment relevé que le requérant et sa mère n'établissaient pas la réalité et l'actualité des craintes personnelles alléguées en raison, en particulier, de la liaison de cette dernière avec un activiste politique gabonais et de son rejet par la famille de son époux décédé en 2015. S'il fait également valoir que l'état de santé de son frère mineur nécessite une surveillance étroite et régulière difficilement réalisable au Gabon, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait en charge de l'entretien de cet enfant qui vit avec sa mère. En tout état de cause, il ne produit aucun élément au dossier permettant de corroborer ses allégations concernant l'état de santé de son frère et l'impossibilité pour ce dernier d'accéder effectivement aux traitements appropriés en cas de retour au Gabon. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa situation caractériserait des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. B soutient que la décision attaquée l'expose à des traitements inhumains ou dégradants. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 8, en se bornant à reprendre le récit qu'il a exposé au soutien de sa demande d'asile, définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 février 2022, sans produire d'éléments susceptibles d'établir le caractère personnel et actuel des craintes alléguées, M. B n'établit pas être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Gabon. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir, pour les mêmes motifs, que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 28 juin 2022 par lesquelles la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
L. PANIGHEL La greffière,
C. HUMEZ
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026