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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201601

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201601

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrées les 19, 20 et 21 juillet 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire du 13 juin 2022 a été abrogée par celle du 12 juillet 2022 et que cette dernière ne pouvait davantage fonder l'arrêté attaqué dès lors qu'elle a été annulée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'un vice de procédure pour ces mêmes motifs ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de procédure, la décision attaquée ayant eu pour seul objet de faire échec à la décision du tribunal administratif de Lyon du 12 juillet 2022 annulant la décision mettant fin au délai de départ volontaire dont il bénéficiait et le placement en rétention du requérant ayant été illégalement prolongé dans le seul but de lui notifier l'arrêté attaqué ;

- la décision attaquée est entachée d'une absence d'examen particulier pour ces mêmes motifs ainsi que d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 19 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bentéjac, première conseillère, pour statuer sur les recours formés en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 21 juillet 2022 à 10 heures, Mme B a présenté son rapport et entendu les observations de Me Petit.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 22 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité guinéenne, né le 18 décembre 2002, est entré en France le 10 décembre 2017 alors qu'il était mineur. A sa majorité, il a été muni d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 11 juin 2021 au 10 juin 2022. Le 21 avril 2022, il en a sollicité le renouvellement. Par un premier arrêté du 13 juin 2022, le préfet de la Haute-Loire a rejeté cette demande, a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par deux arrêtés du 5 juillet 2022, l'autorité préfectorale a mis fin au délai de départ précédemment octroyé et a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Puis, par un arrêté du 8 juillet 2022, M. A a été placé en centre de rétention administrative. Par un premier jugement du 12 juillet 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé l'arrêté du 5 juillet 2022 mettant fin au délai de départ volontaire et a rejeté les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 13 juin 2022 obligeant M. A à quitter le territoire français et lui interdisant le retour sur le territoire français. Par un second arrêté du 12 juillet 2022, le préfet de la Haute-Loire a prononcé à l'encontre de M. A une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second jugement du 18 juillet 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé ce dernier arrêté. Enfin, par l'arrêté attaqué du 18 juillet 2022, le préfet de la Haute-Loire a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable une fois. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

5. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué du 18 juillet 2022 que celui-ci a été pris sur le fondement du 1° de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que le délai de départ volontaire de trente jours accordé par l'arrêté du 13 juin 2022, notifié le 17 juin suivant, était expiré. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a, par arrêté du 8 juillet 2022 été placé en centre de rétention jusqu'au 18 juillet suivant. Par suite, le 18 juillet 2022, date à laquelle s'apprécie la légalité de l'arrêté attaqué, le préfet ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, alors que le délai de départ volontaire laissé à M. A pour exécuter l'obligation de quitter le territoire du 13 juin 2022 n'était pas expiré compte-tenu de cette période de rétention, assigner à résidence M. A sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a assigné à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente décision, qui annule l'assignation à résidence litigieuse, n'implique pas qu'il soit mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en mettant à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que Me Petit renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 18 juillet 2022 du préfet de la Haute-Loire assignant M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Petit une somme de 1000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La magistrate désignée,

C. BENTEJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

lm

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