vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201638 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, un mémoire complémentaire du 25 juillet 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 26 juillet 2022, M. C A, représenté par l'AARPI AD'Vocare, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, l'a informé de son signalement au système d'information Schengen ;
3°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pendant 45 jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois, et dans l'attente de lui délivrer un récépissé dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre subsidiaire de réexaminer sa demande de certificat de résidence dans un délai de deux mois et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir ;
6°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Concernant les deux décisions attaquées :
- Elles sont entachées d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- Elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis ;
- Elle n'a pas fait l'objet d'un examen complet ; en effet, sa demande de régularisation par le travail n'a pas été examinée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en effet, sa situation professionnelle et personnelle justifie qu'il lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; par ailleurs, la falsification de papiers d'identité pour faire apparaître une fausse nationalité ne peut suffire à caractériser une menace à l'ordre public ;
- Elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; en effet, il réside en France depuis au moins dix ans depuis qu'il a arrêté ses études.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- Elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- Elle est illégale dès lors qu'il aurait dû bénéficier d'une carte de résident de plein droit compte tenu de ses dix années de présence stable et continue sur le territoire français.
Sur la décision portant refus d'octroyer un délai de départ volontaire :
- Elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- Elle est entachée d'une erreur de fait ; en effet, il justifie d'un document de voyage et d'un domicile ; par ailleurs, il n'est pas établi qu'il ait utilisé des documents falsifiés ou contrefaits ; de plus, il réside en France depuis plus de 10 ans et occupe un emploi à temps plein, et il a entrepris des démarches pour régulariser sa situation ; il justifie ainsi d'une stabilité et de l'absence de risque de fuite.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- Elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- Elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle se fonde.
Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces enregistrées le 25 juillet 2022.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 22 juillet 2022.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Humez, greffière d'audience, le 26 juillet 2022 à 11H15, Mme B a présenté son rapport et entendu les observations de Me Bourg pour M. A qui reprend ses écritures et qui soutient qu'il n'a pas usurpé une identité d'un tiers et n'a fait l'objet d'aucune poursuite pénale et que les éléments relatifs à sa situation professionnelle auraient dû être pris en compte par le préfet ; il soutient en outre que l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée du fait de sa situation familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, car cela l'empêcherait de maintenir un contact avec ses sœurs et ses neveux auxquels il rend régulièrement visite.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée par Me Bourg, a été enregistrée le 28 juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien est entré régulièrement sur le territoire français en novembre 2011 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ". Par un arrêté du 21 juillet 2022 notifié le même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, l'a informé de son signalement au système d'information Schengen. Par une décision du 21 juillet 2022 notifiée le même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux dernières décisions et à ce qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un certificat de résidence.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.
5. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision, dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.
6. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre du requérant par un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 21 juillet 2022, la magistrate désignée est saisie de l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressé dirigées contre l'arrêté du 21 juillet 2022 portant mesure d'éloignement, à l'exception de celles tendant à l'annulation de la décision portant rejet de la demande de titre de séjour de l'intéressé, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale de ce tribunal. Par suite, il y a lieu, dans cette mesure, de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant dirigées contre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet du Puy-de-Dôme a considéré d'une part, que l'intéressé ne justifiait pas d'un droit à un titre de séjour en qualité de salarié, son contrat de travail n'ayant pas été visé par l'autorité administrative compétente, d'autre part, que le requérant ne justifie pas d'une présence depuis plus de quinze ans en France, ayant séjourné en France de 2011 à juillet 2014 en qualité d'étranger, et enfin, que sa situation personnelle ne justifiait pas qu'un titre de séjour lui soit accordé pour motifs exceptionnels alors qu'il ne justifiait d'aucune situation familiale et qu'il avait utilisé un faux document d'identité pour exercer une activité professionnelle, s'attribuant une nationalité italienne qu'il ne détient pas. Il ressort ainsi des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas pris en compte les efforts d'intégration du requérant par le travail dans son appréciation de la situation du requérant du fait de l'utilisation frauduleuse de la nationalité italienne.
Si l'utilisation de faux documents d'identité par le requérant lors de son séjour en France constitue une infraction et est répréhensible, cette circonstance, qui ne saurait en elle-même caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public constituée par M. A, ne saurait toutefois justifier l'absence de prise en compte, dans l'appréciation de l'ensemble de la situation personnelle du requérant au regard de son droit au séjour, des nombreuses expériences professionnelles que ce dernier a fait valoir depuis son arrivée en France, en qualité d'enseignant, d'intervenant pédagogique et de boulanger. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire est fondée sur une décision de refus de titre de séjour entachée d'illégalité.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 21 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquence, des décisions du même jour portant refus d'un délai de départ volontaire, fixant un pays de renvoi, et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date du présent jugement : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique, d'une part, que le préfet du Puy-de-Dôme procède au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois. Il y a également lieu, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer immédiatement à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour. D'autre part, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique que le préfet procède sans délai à l'effacement, dans le système d'information Schengen, du signalement aux fins de non-admission de M. A.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bourg, avocate du requérant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bourg de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 21 juillet 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A sont renvoyées en formation collégiale.
Article 3 : Les décisions du 21 juillet 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement sans délai, dans le système d'information Schengen, du signalement de M. A aux fins de non-admission.
Article 5 : L'État versera à Me Bourg une somme de 900 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.
La magistrate désignée,
M. B La greffière,
C.HUMEZ
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026