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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201667

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201667

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juillet 2022 et le 29 novembre 2022, Mme A B, représentée par l'AARPI Ad'vocare, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un certificat de résidence ou de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, un récépissé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête, enregistrée dans le délai de recours contentieux, est recevable ;

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence, faute pour le préfet du Puy-de-Dôme de justifier avoir consenti une délégation préalable et régulièrement publiée à leur signataire ;

- le refus de titre de séjour méconnait le titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet a fondé sa décision sur l'absence de progression et de cohérence des études poursuivies, motif qui n'est pas applicable aux ressortissants algériens ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en ce qu'il indique qu'elle n'établit pas avoir en France des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables et ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- cette décision méconnait également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français dès lors qu'elle remplit de plein droit les conditions pour bénéficier de la délivrance du certificat de résidence prévu au 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde.

La requête de Mme B a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2022.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de M. Panighel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 14 mars 1994, est entrée sur le territoire français le 16 août 2016 munie d'un visa long séjour pour poursuivre ses études. Elle s'est vue délivrer, à ce titre, un certificat de résidence algérien portant la mention " Etudiant " valable du 15 novembre 2016 au 14 novembre 2017, renouvelé jusqu'au 28 décembre 2021. Le 28 novembre 2021, Mme B a demandé le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 20 avril 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, la décision attaquée du 20 avril 2022 est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme. Ce dernier bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 29 mars 2022 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé au premier avenant de l'accord franco-algérien modifié : " les ressortissants algériens qui () font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, () un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention étudiant. ". Contrairement à ce que soutient la requérante, ces stipulations permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de droit et méconnu les stipulations du titre III du protocole annexé au premier avenant de l'accord franco-algérien en fondant le refus de titre de séjour sur l'absence de progression et de cohérence des études poursuivies depuis son entrée sur le territoire français.

4. En troisième lieu, Mme B, présente sur le territoire français depuis 2016, se prévaut uniquement des liens qu'elle entretient avec la famille de son frère qui l'héberge et la prend en charge financièrement et de la présence de cousins français qu'elle indique fréquenter très régulièrement. Elle ne conteste pas, toutefois, les termes de la décision litigieuse selon lesquelles elle est célibataire, sans enfant. L'intéressée ne se prévaut d'aucun lien qu'elle est susceptible d'avoir noué sur le territoire français en dehors de la famille de son frère qui l'héberge. Si la requérante fait également valoir que ses parents sont décédés, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme est entaché le refus de titre de séjour d'une erreur de fait en relevant qu'elle n'établissait pas avoir en France des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables ni ne justifiait être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, et, ce, à supposer même que le préfet ait entendu invoquer ces motifs au soutien de cette décision.

5. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle.

6. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui est opposé est illégal. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. En sixième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, Mme B ne se prévaut d'aucun lien personnel et familial d'une intensité, d'une ancienneté et d'une stabilité particulière alors en outre qu'elle est entrée sur le territoire français en 2016 et y a séjourné dans le seul but de poursuivre ses études. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue de toutes attaches dans son pays d'origine. Si l'intéressée fait par d'ailleurs valoir, dans ses dernières écritures, qu'elle a ultérieurement demandé au préfet du Puy-de-Dôme son admission au séjour pour la création d'une micro-entreprise, cette circonstance est en tout état de cause postérieure à la décision attaquée à la date de laquelle s'apprécie sa légalité et aucun élément du dossier ne permet d'attester d'une particulière insertion de la requérante au sein de la société française à la date de cette décision. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

8. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de la délivrance de plein droit du certificat de résidence algérien prévu au 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en faveur des ressortissants algériens dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser leur séjour porterait à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français au motif qu'elle remplissait les conditions pour se voir délivrer de plein droit ce titre de séjour.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et fixé le pays de renvoi. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

L. PANIGHEL La présidente,

C. COURRET

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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