vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SOULIER-BONNEFOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, et un mémoire, enregistré le 23 août 2022, M. B F représenté par le cabinet Ad'Vocare, Me Gauché, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 juillet 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an à compter du 12 juillet 2022 ;
2°) d'enjoindre à titre principal au président de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire de le réintégrer dans ses fonctions et d'en tirer toutes les conséquences, notamment en ce qui concerne le versement de son traitement et la reconstitution de sa carrière, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au président de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération, au titre des pouvoirs d'instruction du juge, de produire l'intégralité des éléments tenant au statut de sa boîte de messagerie électronique professionnelle et, en particulier, un historique des activations et des désactivations de celle-ci ;
5°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
- la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie dès lors que la décision attaquée est de nature à bouleverser ses conditions d'existence pendant un an, en ce qu'il ne perçoit aucun traitement et n'est pas susceptible de bénéficier de versements de revenus de remplacement ;
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence et d'un vice de forme en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le président et le vice-président de la communauté d'agglomération apparaissent tous deux auteurs de la décision mais que M. C, 1er vice-président n'a pas signée ;
- l'avis rendu par la commission de discipline est insuffisamment motivé sur l'ensemble des griefs et insuffisamment précis sur les débats ; la procédure est entachée d'irrégularité en ce qu'il n'a pas bénéficié d'un délai de quinze jours pour produire ses observations ;
- la décision est elle-même insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de vice de procédure en ce que l'autorité avait déjà décidé de le sanctionner avant l'avis du conseil de discipline, par la publication de son poste mentionné vacant, et en l'empêchant de réintégrer son poste après son arrêt maladie ;
- le recours à l'anonymisation des témoignages n'est pas régulier et entache la décision de vice de procédure ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 533-6 du code général de la fonction publique en ce qu'elle ajoute deux conditions non prévues par le texte à l'article 3 de la décision ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'autorité disciplinaire s'est estimée liée par l'avis de la commission de discipline ;
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que les témoignages et pièces sur lesquels elle s'appuie ne sont pas probants ou ont été déformés ; l'ensemble des autres griefs ne sont établis par aucune pièce et contredits par les témoignages qu'il verse ;
- elle est entachée d'erreur sur la qualification juridique des faits et sur la proportionnalité de la sanction.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 août 2022 et le 24 août 2022, la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire, représentée par Me Soulier-Bonnefois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3000 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite en l'absence de justification de l'état d'impécuniosité du requérant, et qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête enregistrée sous le numéro 2201707 le 29 juillet 2022 par laquelle M. F demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme D, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 25 août 2022 à 14 h 00 heures, en présence de M. Manneveau, greffier d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Bourg, substituant Me Gauché, assisté de M. G élève avocat, pour M. F,
- et celles de Me Soulier-Bonnefois pour la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire.
A la question du juge concernant la teneur de la " plainte " déposée par une cliente à l'encontre de M. I mentionnée dans le mail de M. H, Me Soulier-Bonnefois a indiqué devoir se renseigner auprès de sa cliente.
Le juge a prononcé en conséquence le report de la clôture d'instruction au 26 août 2022 à 9 heures en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, en invitant les parties à s'assurer mutuellement de la communication de leurs nouvelles productions dans ce délai.
Vu la note produite par Me Soulier-Bonnefois pour la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire, enregistrée le 25 août 2022 à 2022.
Vu la note en délibéré, enregistrée le 26 août 2022 à 9h51, pour M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F, maître-nageur sauveteur titulaire du grade d'éducateur territorial des activités physiques et sportives, employé par la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire au centre aqualudique d'Issoire, a été sanctionné, par un arrêté du 11 juillet 2022, d'une mesure d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. F demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.
4. Par la décision attaquée, M. F a été suspendu à compter du 12 juillet 2022 pour une durée d'un an, avec retenue totale de sa rémunération. Si la communauté d'agglomération soutient qu'il pourrait exercer un autre emploi durant cette période, une telle circonstance n'apparaît pas avérée à la date de la présente ordonnance. La privation de sa rémunération, et alors même qu'il pourrait être éligible au revenu de solidarité active, a dès lors pour effet de bouleverser les conditions d'existence de M. F de manière suffisamment grave et immédiate pour justifier que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue, sans qu'apparaisse un motif d'intérêt public y faisant obstacle.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision :
5. La décision de sanction en litige reproche à M. F de " nuire à la réputation et à l'honneur de M. E I son responsable hiérarchique direct, en tenant des propos diffamatoires à son encontre à une personne extérieure à l'établissement et l'amenant à déposer plainte en gendarmerie " ; de " porter atteinte au bon fonctionnement du service notamment en collaboration avec des associations sportives extérieures " ; de " ne pas remplir ses obligations de surveillance du bassin lorsqu'il échange avec des membres d'associations extérieures " ; de " porter atteinte au bon fonctionnement du service en créant un climat de tension entre agents " ; et de " porter atteinte à l'image de l'établissement en propageant des propos envers des personnes tiers à l'établissement ".
6. Il ressort des pièces versées au débat que, par un mail du 9 avril 2022, M. H, responsable sportif du club USI Natation, a rapporté à M. I, chef de bassin et supérieur hiérarchique direct de M. F, que ce dernier lui avait indiqué que son chef avait été l'objet de plusieurs plaintes de clients, qu'il " allait bientôt avoir des problèmes avec les enfants " et que ses " attitudes étaient suspectes ", accusations qui ont conduit l'intéressé a porter plainte en gendarmerie le 23 avril 2022 pour dénonciation calomnieuse. Ces propos, qui sont fermement démentis par le requérant, sont corroborés par un(e) de ses collègues ayant attesté de manière anonyme, le 22 avril 2022, que M. F lui aurait tenu les mêmes propos relatifs à des " comportements déplacés " attribués à M. I, et par M. A, rapportant toutefois seulement avoir reçu le témoignage de ce même agent anonyme. Le requérant produit à l'inverse deux attestations de collègues certifiant n'avoir pas entendu de telles accusations de sa part et même remettant en cause le caractère probant et spontané du témoignage de l'agent anonyme. Par ailleurs, s'agissant de la perturbation du fonctionnement du service et de ses relations avec les associations extérieures, du manquement aux obligations de surveillance du bassin, de l'atteinte à l'image de l'établissement, également attribués à M. F, les seules pièces versées au débat par la collectivité, consistant en les témoignages des trois personnes précitées et d'un autre maître-nageur employé au centre d'avril 2019 à janvier 2020, établissent seulement l'existence d'une ambiance dégradée dans le service et en particulier d'une mésentente entre le requérant et M. I et M. A, ne permettant pas à elles-seules de mettre en cause personnellement M. F, lequel produit pour sa part huit témoignages, dont celui de sa responsable " N+2 ", d'actuels et d'anciens collègues MNS et d'une éducatrice sportive extérieure, attestant au contraire de ses bonnes relations et de ses qualités professionnelles et humaines.
7. Ainsi, si aucun élément du dossier ne permet de remettre en cause le caractère probant du témoignage de M. H au sujet de propos calomnieux tenus par M. F le 29 mars à l'encontre de son supérieur hiérarchique, faits de nature à justifier une sanction disciplinaire, la matérialité des autres faits reprochés n'apparaît pas établie de manière non équivoque. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que M. F ait fait l'objet de sanctions par le passé ou de reproches sur sa manière de servir. Dès lors, le moyen tiré de ce que la sanction d'exclusion d'un an prise par la communauté d'agglomération n'est pas proportionnée à la faute qui peut être retenue à l'encontre de M. F est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée justifiant la suspension de son exécution dans l'attente du jugement de son recours au fond.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions :
8. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
9. La suspension de l'exécution de la décision attaquée implique seulement et nécessairement que le président de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire réexamine sa décision conformément aux motifs de la présente ordonnance, dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu en l'état de prononcer une astreinte.
Sur les frais du litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. F.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de la décision du 11 juillet 2022 par laquelle le président de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire a exclu M. F pour une durée d'un an est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Il est enjoint au président de la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire de réexaminer sa décision dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire versera à M. F la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B F et à la communauté d'agglomération Agglo Pays d'Issoire.
Fait à Clermont-Ferrand, le 26 août 2022.
La juge des référés,
N. D
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201708
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026