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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201894

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201894

vendredi 2 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Jurie
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er et le 2 septembre 2022,

MM. Moïse C et Dédé E, représentés par Me Candon, avocat, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 août 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a mis en demeure de quitter les lieux les propriétaires des véhicules et résidences mobiles stationnés sur le stade de " La Sagne " situé sur la commune de Saint-Vincent ;

2°) de mettre la somme de 800 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, dès lors que l'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune de Saint-Vincent n'existe pas ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, dès lors que l'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune de Saint-Vincent n'était pas exécutoire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, dès lors que l'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune de Saint-Vincent était entaché d'illégalité, faute pour la communauté d'agglomération du pays d'Issoire, d'avoir réalisé toutes les aires et terrains familiaux à sa charge, en nombre, en qualité et en capacité suffisants ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, dès lors qu'il n'est pas justifié en quoi l'occupation en cause est de nature à porter atteinte à la salubrité, à la tranquillité ou à l'ordre publics.

Par un mémoire, enregistré le 2 septembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné,

- les observations de M. C, qui a exposé que l'aire de grand passage d'Issoire n'est pas accessible faute de places disponibles et qu'elle est insalubre, qu'un accord avait été initialement trouvé pour l'occupation du terrain avec l'autorité municipale puis a été remis en cause, que l'occupation n'entraîne pas de troubles à la tranquillité et à la salubrité publiques dès lors que les familles occupantes ont fait venir des containers destinés à collecter leurs déchets, qu'elles disposent de toilettes chimiques et qu'elles n'occupent qu'une moitié de terrain permettant ainsi aux sportifs de pratiquer leurs activités.

- et les observations de Mme D, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui a consulté le mémoire des requérants enregistré le 2 septembre 2022 ainsi que les pièces qui y étaient jointes et qui a repris l'argumentation développée dans le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 30 août 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a mis en demeure de quitter les lieux, dans le délai de 48 heures, les propriétaires des véhicules et résidences mobiles stationnés sur le stade de " La Sagne " situé sur la commune de Saint-Vincent. Par le même arrêté, l'autorité préfectorale a autorisé le recours à la force publique à défaut d'exécution spontanée de cette mise en demeure. MM. C et E demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, la circonstance, invoquée par les requérants dans leurs écritures, que l'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune de Saint-Vincent en dehors des emplacements autorisés à cet effet, n'est pas visé par l'arrêté en litige n'est pas, par elle-même et à elle seule, de nature à corroborer l'inexistence de cette décision d'interdiction de stationnement.

4. En troisième lieu, les requérants exposent qu'à la date de l'arrêté en litige, l'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune de Saint-Vincent en dehors des emplacements autorisés à cet effet, n'était pas exécutoire dans la mesure où il n'avait pas été affiché ni publié au recueil des actes administratifs de la commune ou de la communauté d'agglomération du pays d'Issoire, ni transmis au préfet du Puy-de-Dôme. Toutefois, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à corroborer que l'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune de Saint-Vincent n'aurait fait l'objet d'aucune publication, ni d'aucune transmission au représentant de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aucun des éléments du dossier ne tend à conforter les allégations des requérants selon lesquelles, à la date de l'arrêté attaqué, la communauté d'agglomération du pays d'Issoire, n'avait pas réalisé toutes les aires et terrains familiaux à sa charge, en nombre, en qualité et en capacité suffisants. Il en est de même des allégations de MM. C et E relatives à l'insuffisante capacité d'accueil de l'aire de grand passage d'Issoire tenant à son nombre d'emplacements et à leur monopolisation par des sédentaires. En outre et de surcroît, si les requérants ont exposé, lors de l'audience, que l'accès à l'aire du pays d'Issoire leur avait été refusé en raison de sa saturation, il ressort toutefois du procès-verbal établi par les gendarmes de la compagnie d'Issoire que le responsable de cette aire leur a indiqué qu'il restait des places disponibles pour l'accueil des familles des requérants et que les conditions d'accueil n'étaient pas insalubres.

6. En cinquième et dernier lieu, les requérants font valoir que leur stationnement est temporaire, identique à celui d'un camping et ne détériore pas les lieux dès lors que les automobiles sont toutes garées en dehors du terrain de sport. Toutefois, MM. C et E ne contestent pas que l'occupation en cause revêt un caractère illégal et, d'autre part, qu'elle n'est pas conforme à la destination du terrain occupé, affecté exclusivement aux activités sportives, lequel n'a pas été conçu pour l'installation à demeure, même pour quelques jours, de plusieurs familles. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'autorité préfectorale ne justifie pas que leur occupation du terrain susmentionné ne serait pas constitutive d'une atteinte à la salubrité, à la tranquillité ou à l'ordre publics.

7. Il résulte de ce qui précède que MM. C et E ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 30 août 2022, par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a mis en demeure de quitter les lieux les propriétaires des véhicules et résidences mobiles stationnés sur le stade de " La Sagne " situé sur la commune de Saint-Vincent.

Sur les frais d'instance :

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par MM. C et E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MM. C et E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à M. A E et au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Clermont-Ferrand, le 2 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

G. JURIE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201894

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