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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201903

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201903

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2022, M. C A B, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé son transfert aux autorités suisses en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui permettre de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) d'une demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au profit de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas justifié des délégations de signature consenties au profit de l'agent ayant procédé à une demande de prise en charge auprès des autorités suisses, ni au profit de l'agent ayant procédé à la notification de l'arrêté en litige ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- l'arrêt de la Cour de Justice de l'Union européenne, C-582/17 et C-583/17, du 2 avril 2019 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 septembre 2022 à 14h00, en présence de Mme Humez, greffière d'audience et à laquelle le préfet n'était ni présent ni représenté :

- le rapport de M. Panighel, magistrat désigné,

- les observations de Me Remedem, avocat, qui s'en remet à ses écritures.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français en mai 2021. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 1er juillet 2022. Par un arrêté du 23 août 2022, le préfet du Rhône a décidé le transfert de M. A B aux autorités suisses en vue de l'examen de sa demande d'asile. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme Clarisse Babouillard, secrétaire administrative déléguée du pôle régional Dublin, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet du Rhône n° 69-2022-06-08-00001 du 8 juin 2022 régulièrement publié le lendemain au recueil n°69-2022-082 des actes administratifs spécial de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la circonstance que l'agent ayant formé auprès des autorités suisses une demande de reprise en charge de M. A B ne disposerait pas d'une délégation de compétence est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Est également sans incidence sur la légalité de cet arrêté le fait que l'agent ayant procédé à sa notification n'ait pas reçu délégation de compétence dès lors que la légalité d'une décision administrative s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise et que sa notification est effectuée postérieurement à son édiction.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". L'arrêté contesté vise les textes dont le préfet du Rhône a fait application et explicite les raisons pour lesquelles les autorités suisses sont responsables de l'examen de la demande d'asile de M. A B. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, () / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n°603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A B s'est vu remettre, le 1er juillet 2022, la brochure A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et la brochure B " Je suis sous procédure Dublin. Qu'est-ce que cela signifie ' ". Il ressort également des pièces du dossier que ces documents lui ont été remis en langue arabe, une des langues officielles de son pays qu'il a déclaré comprendre. Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a bénéficié d'un entretien individuel avec un agent de la préfecture du Puy-de-Dôme le 1er juillet 2022 et il n'est pas établi que cet agent ne constituait pas une personne qualifiée en vertu du droit national. Il ressort par ailleurs du compte-rendu de cet entretien, que M. A B a signé, que ce dernier a déclaré comprendre la procédure engagée à son encontre et a pu faire valoir à cette occasion toutes les observations utiles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation du requérant avant de décider de prononcer son transfert aux autorités suisses en vue de l'examen de sa demande d'asile.

12. En septième lieu, le moyen tiré du vice de procédure doit, en tout état de cause, être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés 5, 8, 10 et 11.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'Etat membre requérant vers l'Etat membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'Etat membre requérant, après concertation entre les Etats membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant () ". Le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 court à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis.

14. Il ressort des pièces du dossier que les autorités suisses ont été saisies d'une demande de reprise en charge de M. A B en vue de l'examen de sa demande d'asile le 25 juillet 2022 et ces autorités ont expressément accepté cette demande le 26 juillet 2022. Ainsi, à la date de l'arrêté en litige, le délai de six mois mentionné à l'article 29 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'était pas expiré et la Suisse n'était donc pas libérée de son obligation de reprendre en charge M. A B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.

15. En neuvième lieu, aux termes du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / () / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ". Aux termes du 1 de l'article 23 du même règlement : " Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne () ".

16. Dans un arrêt n° C-582/17 et C-583/17 du 5 avril 2019, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que, si la circonstance tirée de ce qu'une décision de transfert a été adoptée à l'issue d'une procédure de prise ou de reprise en charge n'est pas de nature à influer sur la portée du droit à un recours effectif contre une telle décision, garanti par l'article 27, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ces deux procédures sont néanmoins soumises à des régimes différents, cette différence se répercutant sur les dispositions de ce règlement susceptibles d'être invoquées au soutien d'un tel recours. En effet, dans le cadre de la procédure de prise en charge, le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, sur la base des critères établis au chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, revêt un caractère central et l'État membre dans lequel une telle demande a été introduite ne peut adresser une requête de prise en charge à un autre État membre que s'il estime que celui-ci est responsable de l'examen de cette demande. En revanche, dans le cadre de la procédure de reprise en charge, ces critères de responsabilité ne sont pas pertinents, puisqu'il importe seulement que l'État membre requis remplisse les conditions prévues à l'article 20, paragraphe 5 (à savoir qu'il s'agisse de l'État membre auprès duquel la demande a été introduite pour la première fois et dans lequel le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de cette demande est en cours) ou à l'article 18, paragraphe 1, sous b) à d) (à savoir qu'il s'agisse de l'État membre qui a été saisi de la première demande et qui, à l'issue du processus de détermination de l'État membre responsable, a admis sa propre responsabilité pour examiner cette demande). Il en résulte que les critères de responsabilité énoncés au chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peuvent pas être invoqués au soutien d'un recours dirigé contre une décision de transfert prise dans le cadre d'une procédure de reprise en charge.

17. L'arrêté attaqué s'inscrit dans le cadre d'une procédure de reprise en charge et le préfet du Rhône n'avait dès lors pas à procéder de nouveau à l'examen de la situation de M. A B au regard des critères énoncés au chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et, notamment, de celui énoncé à l'article 13 de ce règlement dont se prévaut le requérant, lequel a été effectué par les autorités suisses lors du dépôt de sa première demande d'asile présentées sur le territoire d'application du règlement Dublin III. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet du Rhône a saisi les autorités suisses d'une demande de reprise en charge du requérant sur le fondement du paraphe 1 de l'article 18 du règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 13 de ce règlement ne peut qu'être écarté.

18. En dixième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". L'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 571-1 et 573-1, rappelle le droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

19. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué par M. A B qu'il existerait en Suisse, pays qui a donné son accord explicite à sa reprise en charge, des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. Aucun élément versé au dossier ne permet de considérer que les autorités suisses ne sont pas en mesure d'examiner ou de réexaminer sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. M. A B n'établit pas davantage qu'il encourrait en Suisse un risque réel d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants, alors que la Confédération Suisse est partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951. La décision de transfert contestée ne méconnaît donc pas les dispositions précitées du 2 de l'article 3 du règlement (UE) du 26 juin 2013.

21. D'autre part, en l'espèce, si M. A B soutient qu'un renvoi en Algérie aura des conséquences graves sur sa santé physique et psychologique, la décision attaquée n'a pas pour objet ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine mais seulement de le remettre aux autorités suisses. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué par le requérant que sa demande d'asile en Suisse a été rejetée, ni, le cas échéant, qu'un éventuel réexamen de celle-ci serait impossible au regard des nouveaux éléments qu'il pourrait faire valoir. M. A B n'allègue pas d'avantage que les autorités suisses auraient prononcé à son encontre une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peuvent qu'être écartés.

22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'il présente en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. PANIGHELLa greffière,

C. HUMEZ

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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