mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201904 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHABANE |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée sous le n° 2201904 le 2 septembre 2022, et un mémoire, enregistré le 15 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Chabane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 2 août 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation ;
3°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand, lui a fait obligation de se présenter tous les jours à 9h30 à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand afin de faire constater qu'il respecte cette décision et lui a interdit de sortir du département du Puy-de-Dôme sans autorisation préalable ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- Sur la décision portant refus de séjour :
* elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
* il n'est pas établi que le rapport médical visé à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rédigé par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), ni que le collège était composé de trois médecins ;
* il n'est pas non plus établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège ;
* le collège de médecins n'a pas indiqué la durée prévisible de traitement et ne donne aucune indication sur l'offre de soins en Guinée et la possibilité de bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié à sa pathologie ;
* l'avis du collège ne fait pas figurer ses sources ;
* le préfet s'est estimé lié par le collège de médecins de l'Ofii ;
* la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;
- Sur la décision fixant le pays de destination :
* elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;
- Sur la décision portant assignation à résidence :
* elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachées les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
* elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 2 août 2022.
II) Par une requête, enregistrée sous le n° 2201969 le 15 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Chabane, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée d'interdiction de retour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 2000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachées les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 septembre 2022 à 15h, en présence de Mme Humez, greffière d'audience :
- le rapport de M. Debrion, magistrat désigné,
- et les observations de Me Chabane, représentant M. A, qui a repris l'essentiel de ses écritures et a soulevé le moyen tiré de l'absence de perspective raisonnable de la mesure d'éloignement au soutien de ses conclusions en annulation de la décision portant assignation à résidence.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, est entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 12 novembre 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) le 28 août 2019. Le 1er octobre 2019, l'autorité préfectorale a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti cette décision d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, sa demande de réexamen formée auprès de l'Ofpra a été rejetée pour irrecevabilité le 8 février 2021. Le 10 décembre 2021, M. A a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme qu'il lui délivre un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a rendu un avis le 31 mai 2022, le préfet du Puy-de-Dôme, par des décisions du 2 août 2022, a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation. Puis, par deux décisions du 13 septembre 2022, le préfet a assigné à résidence M. A et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par les requêtes 2201904 et 2201969, M. A demande l'annulation des décisions des 2 août 2022 et 13 septembre 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2201904 et 2201969 concernent la situation du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans les instances 2201904 et 2201969.
Sur l'étendue du litige :
5. Il appartient au magistrat désigné de ne se prononcer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Les conclusions relatives à la décision portant refus de séjour doivent quant à elles être renvoyées à une formation collégiale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour :
6. En premier lieu, la décision vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En fait, elle comporte les motifs pour lesquels le préfet du Puy-de-Dôme a considéré que M. A ne pouvait pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, cette décision répond aux exigences de motivation telles que prévues par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ".
9. En l'espèce, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'auteur du rapport médical ne serait pas un médecin de l'Ofii. D'autre part, il ressort de l'avis du 31 mai 2022 transmis par le préfet du Puy-de-Dôme que le collège qui s'est prononcé sur l'état de santé de M. A était composé de trois médecins, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort de ce même avis, qui comporte le nom du médecin rapporteur ainsi que celui des membres du collège de médecins, que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège. En outre, dès lors que dans son avis, le collège de médecins a estimé que le défaut de prise en charge médicale de M. A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le collège n'était pas tenu, contrairement à ce que soutient le requérant, de se prononcer sur la durée prévisible de son traitement ainsi que sur l'offre de soins en Guinée et la possibilité de bénéficier dans ce pays d'un traitement approprié à sa pathologie. Enfin, il ne ressort d'aucune des dispositions citées au point précédent, ni d'aucun principe, que le collège de médecins aurait dû faire figurer ses sources dans son avis. Par suite, l'avis rendu le 31 mai 2022 ne présente pas un caractère irrégulier.
10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme, qui indique avoir procédé à un examen approfondi de la situation de M. A, se serait estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Ofii avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. ".
12. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme s'est notamment appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'Ofii en date du 31 mai 2022, lequel indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, il appartient au requérant de produire tous éléments permettant au juge d'apprécier si son état de santé justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions rappelées au point 11.
13. Pour contester cette appréciation, le requérant, qui a levé le secret médical, se prévaut de douleurs diffuses et de ce qu'il doit passer des examens d'imagerie les 21, 22 et 28 septembre 2022. Toutefois, ces allégations, qui ne sont au demeurant corroborées que par un certificat médical postérieur à la date de la décision portant refus de séjour, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du préfet selon laquelle le défaut de prise en charge médicale du requérant ne devrait pas entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 13 que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
18. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
19. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
20. En l'espèce, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français litigieuse vise les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de l'entrée en France de M. A en 2017, de son absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français, de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet précédemment et de l'absence de menace pour l'ordre public que représente son comportement sur le territoire français. Ainsi, le préfet du Puy-de-Dôme a bien pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi, de sorte que sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ".
22. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration du délai de départ volontaire ou, si aucun délai n'a été accordé, avant l'expiration du délai de recours contentieux, et, s'il est saisi, avant que le tribunal administratif n'ait statué. Elles n'ont en revanche ni pour objet, ni pour effet de suspendre le délai de départ volontaire qui court à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. Ainsi, sauf circonstances humanitaires, l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire peut faire l'objet d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, en application des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'il s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire.
23. En l'espèce, M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires par le simple fait qu'il établit souffrir de douleurs diffuses et la programmation d'examens d'imagerie les 21, 22 et 28 septembre 2022. Dans ces conditions, et dès lors que le délai de départ volontaire accordé au requérant a expiré le 9 septembre 2022, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant à l'encontre de M. A le 13 septembre 2022 une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.
24. En dernier lieu, d'une part, si la durée d'interdiction figurant dans les motifs de la décision litigieuse est d'un an alors que la durée mentionnée dans le dispositif de la décision est de deux ans, cette erreur constitue une simple erreur de plume, la durée devant être prise en compte étant celle figurant à l'article 1er du dispositif de cette décision. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'il n'est pas fait état dans la décision de faits qui justifieraient une durée d'interdiction de retour en France de deux ans, M. A n'établit pas le caractère disproportionné de cette durée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
25. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
27. La décision litigieuse vise, en droit, les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne, en fait, les raisons pour lesquelles le préfet a estimé que M. A pouvait être assigné à résidence. Par suite, et quand bien même le préfet ne démontrerait pas pourquoi l'éloignement du requérant demeure une perspective raisonnable, la décision portant assignation à résidence est bien motivée conformément aux exigences prévues à l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
28. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de M. A avant de l'assigner à résidence.
29. En quatrième lieu, la seule circonstance que le tribunal ait été saisi d'un recours contentieux dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A ne suffit pas à caractériser une absence de perspective raisonnable d'éloignement dès lors que la saisine du tribunal fait seulement obstacle à ce que la mesure d'éloignement soit exécutée d'office avant que la juridiction se soit prononcée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable.
30. En dernier lieu, en se bornant à faire état de douleurs diffuses et d'examens de santé programmés les 21, 22 et 28 septembre 2022 sans d'ailleurs préciser les heures de ces examens, M. A n'établit pas que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de l'assigner à résidence, de l'obliger à se présenter tous les jours à 9h30 à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre et de l'interdire de sortir du département du Puy-de-Dôme sans autorisation préalable.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 2 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination et des décisions du 13 septembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, en tant qu'elles se rapportent aux décisions dont la légalité est confirmée par le présent jugement, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les instances 2201904 et 2201969.
Article 2 : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision portant refus de séjour du 2 août 2022 dans l'instance 2201904 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
J-M. DEBRIONLa greffière,
C. HUMEZ
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2201904, 2201969
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026