vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | LOISEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et le munir, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête, enregistrée dans le délai de recours contentieux, est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas pris en compte sa dernière demande de titre de séjour déposée le 9 mars 2022 au titre de sa vie privée et familiale ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale qui ne lui est pas accessible dans son pays d'origine et dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
- le refus de titre de séjour, qui porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'un retour dans son pays d'origine le mettrait en danger et l'exposerait à des atteintes à son intégrité physique.
Par ordonnance du 20 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Panighel,
- et les observations de Me Frery, substituant Me Loiseau, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 10juillet 1976, est entré sur le territoire français le 27 août 2012. Il demande au tribunal l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.
2. En premier lieu, M. B soutient que le préfet du Puy-de-Dôme n'a examiné que sa demande de titre de séjour présentée le 4 octobre 2021 en raison de son état de santé et n'a pas pris en compte la demande du 9 mars 2022 qu'il a présentée au titre de ses attaches personnelles et familiales en France. Toutefois, aucun élément du dossier ne permet d'attester de l'existence de la demande de titre de séjour du 9 mars 2022 ni du fait qu'elle aurait été effectivement transmise au préfet du Puy-de-Dôme avant l'intervention de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un vice de procédure.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier qu'aux termes d'un avis rendu le 24 mars 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le préfet du Puy-de-Dôme s'est approprié les termes de cet avis pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B. Pour contester cette appréciation, M. B produit plusieurs certificats médicaux établis par les services du centre hospitalier Sainte-Marie de Clermont-Ferrand en 2014, 2017, 2020 ainsi qu'un dernier certificat établi postérieurement à la décision attaquée, le 6 septembre 2022. Il ressort de ces certificats médicaux que le requérant souffre d'un syndrome de stress post-traumatique avec reviviscences traumatiques des tortures et violences qu'il déclare avoir subies dans son pays d'origine et de troubles du sommeil importants malgré le traitement médicamenteux qui lui est administré. Le dernier certificat médical du 6 septembre 2022 mentionne à ce titre que les troubles du sommeil de M. B, qui entraînent une insomnie quasi-totale de l'intéressé, sont susceptibles d'engendrer des troubles amnésiques et parfois des difficultés de concentration. Ces éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du préfet selon laquelle le défaut de prise en charge médicale de M. B aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, alors même que le certificat médical précité indique de manière non circonstanciée qu'un arrêt de son suivi psychiatrique pourrait le mettre gravement en danger et qu'il bénéficie d'un suivi psychiatrique régulier depuis 2013. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour.
5. En troisième lieu, si M. B se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis 2012, il ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale qu'il est susceptible d'avoir nouée en France. Il n'allègue pas être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. A ce titre, et en tout état de cause, s'il fait valoir qu'il n'a plus de contact avec son épouse depuis plusieurs années et que ses enfants sont décédés, il ne produit aucun élément au dossier permettant de corroborer ses allégations. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. B s'est maintenu sur le territoire français en dépit d'un précédent refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français prononcés à son encontre le 10 avril 2017 et du rejet par le tribunal et la cour administrative d'appel de Lyon des recours contentieux qu'il a présentés contre ces décisions. Enfin, si M. B produit des pièces attestant qu'il a été compagnon des mains ouvertes entre 2013 et 2015, travaillé en intérim au cours de l'année 2015 et est membre d'une association culturelle, ces éléments ne justifient pas d'une insertion particulière de l'intéressé au sein de la société française. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour est illégal. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
8. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut utilement être invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer M. B dans son pays d'origine.
9. D'autre part, M. B fait valoir qu'il ne sait pas s'il est toujours recherché par les autorités politiques de la République démocratique du Congo et craint que sa fuite en France ne lui porte gravement préjudice. Il doit être regardé comme opérant un renvoi à l'exposé des faits de sa requête, aux termes duquel il expose avoir quitté son pays d'origine après avoir été victime de violences et tortures par des agents de police et vu également les membres de sa famille menacés en raison de sa demande d'indemnisation des préjudices liés à la destruction, par ces services, de marchandises exposées sur les étals d'un marché dont il était le responsable. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B, au soutien de laquelle il a développé le même récit, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mai 2013 et la Cour nationale du droit d'asile le 8 avril 2014 en raison du caractère confus, sommaire et peu circonstancié de ses déclarations. Le requérant ne produit aucun élément au dossier permettant d'établir qu'à la date de la décision attaquée, un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. A cet égard, il ne produit aucun élément permettant de corroborer ses allégations selon lesquelles ses trois enfants auraient été tués par " les agents du régime en place ", faits dont il soutient avoir pris connaissance après le rejet définitif de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être également écarté en tant qu'il est invoqué contre la décision fixant le pays de renvoi.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 5 juillet 2022. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Panighel, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le rapporteur,
L. PANIGHEL La présidente,
C. COURRET
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026