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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202071

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202071

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLEXAVOUE RIOM-CLERMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Benages, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le directeur de l'EHPAD Les Savarounes lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de deux ans à compter du 2 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Les Savarounes de lui verser l'intégralité de son traitement;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Les Savarounes une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors que l'exécution de l'arrêté contesté porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle et, notamment, financière ; en effet, il se trouve privé du bénéfice de son traitement mensuel, qui représente les principaux revenus de son foyer, composé outre de son épouse, de deux enfants à charge ;

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :

- les faits reprochés ne sont pas suffisamment établis, et sont seulement rapportés des attestations de collègues ;

- la décision en litige est fondée sur une enquête administrative partiale, menée intégralement à charge sans prendre en compte les témoignages qui lui étaient favorables ;

- la décision attaquée est disproportionnée par rapport aux faits ; le directeur de l'EHPAD a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en prononçant une exclusion temporaire de deux ans alors même qu'il n'a jamais été sanctionné auparavant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, l'EHPAD Les Savarounes, représenté par la SELARL Lexavoue Riom-Clermont, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet, et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'apporte pas la preuve de dépôt d'un recours en annulation ;

S'agissant de l'urgence :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la décision attaquée ne prive pas l'intéressé d'exercer un autre emploi pour subvenir aux besoins de sa famille ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- l'enquête administrative n'est pas entachée d'un défaut d'impartialité ;

- la matérialité des faits est établie au vu de l'ensemble des témoignages produits dans le cadre de l'enquête administrative ; M. A a par ailleurs reconnu certains faits qui lui sont reprochés au cours de la commission administrative paritaire locale ;

- la décision litigieuse est proportionnée aux faits, le comportement de M. A engendrant un trouble dans l'organisation du service.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 octobre 2022 sous le n° 2202070 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative ;

Après avoir convoqué à une audience publique, d'une part M. A, d'autre part, l'EHPAD Les Savarounes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 14 octobre 2022 à 10 heures en présence de M. Manneveau, greffier d'audience :

- Me Benages, avocat de M. A ;

- M. B A ;

- Me Lepretre, avocate de l'EHPAD Les Savarounes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, aide-soignant, exerce ses fonctions depuis 2009 à l'EHPAD Les Savarounes à Chamalières (63). Par un courrier du 25 mai 2022, le directeur de l'EHPAD a prononcé sa mise à pied à titre conservatoire à compter du 30 mai 2022 à la suite de faits intervenus au sein du service le 23 mai 2022, et l'a convoqué à un entretien préalable en vue de la mise en œuvre d'une procédure disciplinaire. Par un arrêté du 13 septembre 2022, pris après avis du conseil de discipline, le directeur par intérim de l'EHPAD a infligé à M. A une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans à compter du 2 octobre 2022. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés, aucun des moyens invoqués par M. A, n'apparaît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 13 septembre 2022 lui infligeant une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de deux ans à compter du 2 octobre 2022.

4. Il résulte de ce qu'il précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense ni d'examiner la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'EHPAD des Savarounes, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'EHPAD des Savarounes présentées sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'EHPAD des Savarounes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'EHPAD Les Savarounes.

Fait à Clermont-Ferrand, le 18 octobre 2022.

La présidente du tribunal,

juge des référés,

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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