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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202126

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202126

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNGAMENI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Ngameni, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée d'un an et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de " procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard " ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de " prendre les mesures nécessaires luipermettant d'avoir accès à la procédure de demande d'asile " ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient,

s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- que tout laisse penser que son interpellation a été effectuée en méconnaissance des stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;

- qu'il a informé le Préfet qu'" il était sur le point de faire sa demande d'asile " ce qui implique que la mesure d'éloignement en litige constitue une entrave à l'accès à la procédure d'asile ;

s'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;

s'agissant de l'interdiction de retour :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;

s'agissant de l'assignation à résidence :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

M. C a déposé une demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, enregistrée le 7 octobre 2022.

La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jurie, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 6 octobre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. C, ressortissant tunisien, à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée d'un an et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Par un arrêté distinct, daté du même jour, l'autorité préfectorale a assigné l'intéressé à résidence pour la durée de 45 jours. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Selon les dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. C a présenté, le 7 octobre 2022, une demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer en application des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. M. C fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français a été incomplètement signée. Toutefois, l'intéressé n'indique pas, dans ses écritures, en quoi consisterait l'incompétence qu'il invoque. En tout état de cause, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que celui-ci a été signé, par délégation, par Mme B et a été pris sur le fondement d'une délégation de signature du 3 février 2022, conférée à cet agent en sa qualité de directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Puy-de-Dôme. Dans ces conditions et alors que le requérant n'allègue pas que la délégation du 3 février 2022 aurait été irrégulièrement édictée ou publiée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision susmentionnée ne peut qu'être écarté.

5. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé M. C à quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

6. Le requérant expose que tout laisse penser que son interpellation a été effectuée en méconnaissance des stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé alors, au surplus et en tout état de cause, que la régularité de l'interpellation de M. C est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire en litige.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Le requérant soutient qu'il a été contrôlé sans motif et a été victime d'un contrôle au faciès, qu'il a deux frères installés depuis de nombreuses années dans l'espace Schengen sous couvert de titres de séjours délivrés par les autorités françaises et belges, qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il dispose d'une résidence dans un local affecté à son habitation principale. Toutefois, si deux des frères de M. C disposent de titres de séjour les autorisant à résider dans l'espace Schengen, il n'en demeure pas moins, selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué, que l'intéressé est entré sur le territoire français au cours du mois d'août 2022, qu'il est célibataire sans charge de famille et qu'il a déclaré que sa mère, trois de ses frères ainsi que ses trois sœurs résident dans son pays d'origine. Par suite, alors que l'entrée en France de M. C est récente, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé entretiendrait des liens intenses, anciens ou stables sur le territoire français et qu'il serait dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine. Enfin, ainsi qu'il a été énoncé au point 6 du présent jugement, les conditions d'interpellation du requérant sont sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement en litige. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. C ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. M. C fait valoir qu'il a informé le Préfet qu'" il était sur le point de faire sa demande d'asile " ce qui implique que la mesure d'éloignement en litige constitue une entrave à l'accès à la procédure d'asile. Toutefois, aucun des éléments du dossier et notamment de ceux produits par le requérant, ne tend à corroborer qu'il aurait, antérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, présenté une demande d'asile. Par suite, le détournement de pouvoir, tel que soulevé par M. C, doit être écarté.

S'agissant du refus de délai de départ volontaire, de l'interdiction de retour et de l'assignation à résidence :

11. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, lui interdisant de retourner sur le territoire français et l'assignant à résidence doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au point 4 s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Les décisions par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, a interdit son retour sur le territoire français et l'a assigné à résidence comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements. Ces décisions sont, par suite, suffisamment motivées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. C la somme de 1 200 euros qu'il demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

G. JURIE

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202126

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