vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | REMEDEM |
Vu la procédure suivante :
I - Par la requête n° 2202170, enregistrée le 13 octobre 2022, Mme F D épouse C, représentée par Me Remedem, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 18 mois et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son inscription au fichier dénommé système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation en l'autorisant à déposer un titre de séjour et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme D épouse C soutient :
s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- qu'elle est entachée d'incompétence ;
- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- qu'elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- que le placement en retenue administrative qui l'a précédée était irrégulier ;
- qu'elle a été irrégulièrement notifiée ;
- qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;
- qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels ;
- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
s'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :
- qu'elle est entachée d'incompétence ;
- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- qu'elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
s'agissant de l'interdiction de retour :
- qu'elle est entachée d'incompétence ;
- qu'elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- que les motifs retenus par l'autorité préfectorale ne se rapportent pas au prononcé d'une telle décision.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
II -Par la requête n° 2202171, enregistrée le 13 octobre 2022, Mme F D épouse C, représentée par Me Remedem, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence pour la durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme D épouse C soutient que l'assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence ;
- a été précédée d'un placement en retenue administrative qui était irrégulier ;
- a été irrégulièrement notifiée ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;
- l'obligation de présentation, fixée par l'article 2 de l'assignation à résidence attaquée, tous les lundis, mercredis et vendredis à 10 heures 30, même les jours fériés, auprès des services de police, n'est pas justifiée ;
- elle porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné,
- et les observations de Me Remedem, avocat, représentant Mme D épouse C qui a repris les moyens de la requête.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2202170 et n° 2202171 présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Par un arrêté en date du 11 octobre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé Mme D épouse C, ressortissante albanaise, à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de dix-huit mois et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par un arrêté distinct, daté du même jour, l'autorité préfectorale a assigné l'intéressée à résidence pour la durée de 45 jours. La requérante demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Selon les dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Par sa requête, Mme D épouse C demande à être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer en application des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
5. Il ressort des mentions non contestées sur ce point de l'arrêté en litige qu'une délégation de signature a été consentie, le 3 février 2022, à Mme A, directrice de la citoyenneté et de la légalité. Si la requérante rappelle dans ses écritures qu'une délégation de signature doit être signée en termes suffisamment précis quant aux compétences dont elle est l'objet et au bénéficiaire qu'elle désigne, aucun des éléments du dossier ne tend à corroborer que ces exigences n'auraient pas été respectées par la délégation du 3 février 2022 ce qui, au demeurant, n'est pas même allégué par Mme D épouse C qui n'indique pas en quoi cette délégation serait entachée d'un défaut de précision. En outre, si la requérante fait valoir qu'" il n'est pas établi que le préfet du Puy-de-Dôme ait été empêché pour la signature " de l'arrêté attaqué, il n'est ni soutenu, ni étayé par des éléments tangibles, que la mise en œuvre de la délégation de signature dont disposait Mme A ait été subordonnée à l'empêchement du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, tel que soulevé par Mme D épouse C, doit être écarté.
6. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé Mme D épouse C à quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme D épouse C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.
8. Aux termes de dispositions de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger doit être en mesure de présenter les pièces ou documents sous le couvert desquels il est autorisé à circuler ou à séjourner en France à toute réquisition d'un officier de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale et, sur l'ordre et sous la responsabilité de celui-ci, des agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés à l'article 20 et au 1° de l'article 21 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues à la présente section ". Aux termes de l'article L. 812-2 du même code : " Les contrôles des obligations de détention, de port et de présentation des pièces et documents prévus à l'article L. 812-1 peuvent être effectués dans les situations suivantes : / () / 2° A la suite d'un contrôle d'identité effectué en application des articles 78-1 à 78-2-2 du code de procédure pénale, selon les modalités prévues à ces articles, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger () ".
9. La requérante fait valoir que le placement en retenue administrative qui a précédé l'édiction de la mesure d'éloignement était irrégulier. Toutefois, les mesures de contrôle et de retenue, que prévoient les dispositions susmentionnées des articles L. 812-1 et L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l'étranger de quitter le territoire ou décide de l'assigner à résidence. Dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle et de la retenue qui ont, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière, les conditions dans lesquelles Mme D épouse C a été contrôlée, puis retenue, sont sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré d'éventuelles irrégularités entachant le contrôle d'identité de Mme D épouse C ainsi que sa retenue administrative est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
10. La requérante soutient que l'obligation de quitter le territoire en litige lui a été irrégulièrement notifiée. Toutefois, les conditions de notification de cette décision, dans la mesure notamment où elles sont postérieures à son édiction, sont en tout état de cause sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de notification de la mesure d'éloignement attaquée est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Mme D épouse C fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français le 4 novembre 2016 soit depuis près de 6 années, que depuis son entrée en France elle s'est attachée à s'insérer socialement, qu'elle fait l'objet d'un important suivi médical, que l'ensemble des membres de sa famille est présent sur le territoire français de sorte qu'elle ne dispose plus d'aucun membre de sa famille en Albanie, que son fils E C est titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 13 décembre 2022, que ce dernier est marié à une compatriote également titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 13 janvier 2023 et que sa fille, B C, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, la requérante ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige selon lesquelles son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Il ressort également des pièces du dossier que ses enfants sont majeurs. Enfin, alors que l'intéressée n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale en Albanie aucune des pièces soumises à l'appréciation du tribunal ne tend à corroborer qu'elle entretiendrait des liens intenses, anciens ou stables sur le territoire français. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de Mme D épouse C ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12 du présent jugement, Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
14. Il est constant que Mme D épouse C n'a pas sollicité du préfet du Puy-de-Dôme son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale n'était, en outre, pas tenue d'examiner d'office si l'intéressée remplissait les conditions prévues par cet article, ce à quoi, au demeurant, elle n'a pas procédé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit, ainsi, être écarté.
15. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
16. Mme D épouse C soutient que l'obligation de quitter le territoire attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme n'était pas tenu de lui imposer une mesure d'éloignement. À l'appui de ce moyen, elle fait valoir qu'il n'apparaît pas que cette décision soit justifiée par un besoin social impérieux et que ses conséquences ne seraient pas disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale en France. Toutefois, Mme D épouse C ne conteste pas que l'autorité préfectorale, comme il lui appartenait en vertu des dispositions susmentionnées du 4° de l'article L. 611 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a édicté l'obligation de quitter le territoire attaquée en relevant que sa demande d'asile avait été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 17 mai 2017, notifiée le 29 mai 2017 et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile rendue le 16 novembre 2017 et notifiée le 27 novembre 2017 et en déduisant que la reconnaissance de la qualité de réfugiée ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui avait été définitivement refusé. Mme D épouse C ne conteste pas davantage avoir fait l'objet d'un arrêté de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français daté du 14novembre 2019, notifié le 28 novembre 2019 et non contesté dans les délais de recours contentieux ; circonstances desquelles le préfet du Puy-de-Dôme a légalement pu considérer qu'elles entraient dans le champ d'application des dispositions susmentionnées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme D épouse C qui, de surcroît, n'établit ni même n'allègue, entrer dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était, eu égard à sa situation, susceptible d'être soumise à une obligation de quitter le territoire français. Enfin, si la requérante allègue qu'il n'apparaît pas que les conséquences de la mesure d'éloignement attaquée ne seraient pas disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale en France, il n'en demeure pas moins, ainsi qu'il a été précédemment rappelé au point 12 du présent jugement que l'obligation de quitter le territoire en litige ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :
17. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 7 du présent jugement, les moyens soulevés contre la décision fixant le pays d'éloignement et tirés de l'incompétence, du défaut de motivation ainsi que du défaut d'examen réel et complet de la situation de Mme D épouse C doivent être écartés.
18. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
19. Mme D épouse C expose qu'un éloignement en Albanie comporterait un risque grave d'atteinte à sa sécurité et à sa santé eu égard à la situation actuelle de ce pays et des régions environnantes. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante encourrait personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir qu'en déterminant son pays d'éloignement, l'autorité préfectorale aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de l'interdiction de retour :
20. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 7 du présent jugement, les moyens soulevés contre l'interdiction de retour et tirés de l'incompétence ainsi que du défaut de motivation doivent être écartés.
21. La requérante soutient que l'autorité préfectorale a méconnu les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que l'interdiction de retour attaquée est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du même code. Ce moyen est donc inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
23. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet du Puy-de-Dôme a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à Mme D épouse C et qu'il a ensuite relevé que, compte tenu des éléments tenant à sa situation personnelle, l'intéressée ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Contrairement à ce que fait valoir la requérante ces motifs figurent parmi ceux pouvant être pris en considération par l'autorité préfectorale au titre de l'appréciation qu'elle est amenée à porter en application des dispositions susmentionnées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir que les motifs retenus par le préfet du Puy-de-Dôme ne se rapportent pas au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français.
S'agissant de l'assignation à résidence :
24. À l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence prise à son encontre, Mme D épouse C soutient qu'elle est entachée d'incompétence, qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, qu'elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation, qu'elle a été précédée d'un placement en retenue administrative qui était irrégulier et qu'elle a été irrégulièrement notifiée. Toutefois, ces moyens soulevés à l'encontre de l'assignation à résidence doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 à 10 du présent jugement.
25. La requérante expose que l'assignation à résidence en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France. À l'appui de ce moyen, elle fait valoir qu'elle est entrée sur le territoire français le 4 novembre 2016 soit depuis près de 6 années, que depuis son entrée en France elle s'est attachée à s'insérer socialement, qu'elle fait l'objet d'un important suivi médical, que l'ensemble des membres de sa famille est présent sur le territoire français de sorte qu'elle ne dispose plus d'aucun membre de sa famille en Albanie, que son fils E C est titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 13 décembre 2022, que ce dernier est marié à une compatriote également titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 13 janvier 2023 et que sa fille, B C, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois ces circonstances, sont par elles-mêmes et à elles seules sans incidence sur l'appréciation de l'atteinte portée par l'assignation à résidence prise à l'égard de Mme D épouse C à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en l'assignant à résidence, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
26. La requérante soutient que l'obligation de présentation, fixée par l'article 2 de l'assignation à résidence attaquée, tous les lundis, mercredis et vendredis à 10 heures 30, même les jours fériés, auprès des services de police, n'est pas justifiée. Toutefois, Mme D épouse C n'expose pas dans ses écritures en quoi de telles mesures seraient, en l'espèce, injustifiées. Dès lors, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.
27. Mme D épouse C fait valoir que l'assignation à résidence à laquelle elle est soumise porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir dans la mesure où il lui est prescrit de se présenter auprès des services de police. Toutefois, la requérante n'indique pas en quoi consisterait la disproportion de l'atteinte dont elle se prévaut. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, ainsi, être écarté.
28. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 25 à 27 du présent jugement, Mme D épouse C n'est pas fondée à soutenir que la décision l'assignant à résidence serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
29. Il résulte de ce qui précède que Mme D épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions datées du 11 octobre 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de dix-huit mois, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et l'a assignée à résidence pour la durée de 45 jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D épouse C, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.
Sur les frais d'instance :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme D épouse C la somme de 2 000 euros qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens dans chacune des instances n° 2202170 et n° 2202171.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D épouse C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les requêtes n° 2202170 et n° 2202171 présentées par Mme D épouse C sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D épouse C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202170 et N°2202171
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026