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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202270

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202270

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 octobre 2022 et 13 mars 2023, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'ordonner une mesure d'instruction afin que soit communiqué l'entier dossier qui a permis au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de se prononcer ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et dans l'attente de lui délivrer un récépissé sans délai, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé sans délai ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le médecin rapporteur était présent lors de la délibération du collège de médecins en méconnaissance de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard des dispositions du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 8 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mars 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1191 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- et les observations de Me Bourg, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1993, est entré sur le territoire français le 22 octobre 2016. Le 10 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 du de l'arrêté du 27 décembre 2016 qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins, nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, auquel un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur qui ne siège pas au sein du collège, est préalablement transmis.

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment du bordereau de transmission rédigé par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 20 mai 2022 et de l'avis émis par le collège de médecins du même jour que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, le moyen soulevé par le requérant tiré de l'existence d'un vice de procédure doit être écarté.

4. En second lieu, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

5. Pour refuser d'accorder à M. A le titre de séjour demandé, le préfet du Puy-de-Dôme s'est notamment appuyé sur l'avis émis le 20 mai 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel indique que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. Pour contester cette appréciation, M. A qui a levé le secret médical, produit le certificat médical confidentiel qu'il a adressé au médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indiquant qu'il présente une perforation du tympan subtotale à gauche et punctiforme à droite et présente un trauma complexe. Ce document indique par ailleurs qu'un retour en Guinée entrainerait un risque de réactivation traumatique et un risque suicidaire. Toutefois, d'une part, ce seul certificat médical, déjà soumis à l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que le compte-rendu d'un rendez-vous pré-anesthésique du 15 février 2022 et une ordonnance ne comportent aucune indication sur les conséquences qu'entrainerait un défaut de prise en charge de l'état de santé de M. A et ne sont ainsi pas de nature à remettre en cause l'appréciation du préfet. D'autre part, il n'est pas établi que l'état de santé psychiatrique de M. A trouverait son explication dans des évènements traumatiques dont il aurait été victime dans son pays d'origine alors qu'il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 novembre 2018. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de solliciter la communication du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant, qui ne peut utilement soutenir qu'il ne pourrait ni bénéficier ni accéder effectivement en Guinée à un traitement médical approprié aux pathologies dont il souffre, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis " une erreur de fait " au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à M. A doit être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une " erreur de fait " au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 août 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par suite, la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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