samedi 29 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FAURE-CROMARIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, M. B A, représentée par Me Faure-Cromarias, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022, par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à son profit au titre des frais irrépétibles, ainsi que la somme de 2 500 euros au profit de Me Faure-Cromarias au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui en constitue le fondement ;
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est entré sur le territoire français le 1er novembre 2015 à l'âge de 13 ans ;
- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elle porte une atteinte grave au droit de l'ensemble des membres de la famille de mener une vie privée et familiale normale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui en constituent le fondement ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il risque de subir les violences de son père resté en Macédoine et qu'il n'a plus aucune attache familiale dans ce pays.
Le préfet du Puy-de-Dôme a transmis, le 24 avril 2023, une décision d'assignation à résidence prise à l'encontre de M. A sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notifiée le même jour à l'intéressé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.
Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Trimouille pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 avril 2023 à 09h00, en présence de Mme Humez, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Trimouille ;
- les observations de Me Faure-Cromarias, avocate de M. A, qui reprend les termes de ses écritures et ajoute que M. A est bien inséré dans la société française comme en témoigne son installation en concubinage avec une réfugiée kosovare, chez laquelle il est domicilié.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, concernant les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant macédonien, serait entré en France le 1er novembre 2015, selon ses déclarations, en compagnie de son frère et de sa sœur mineurs, de leur mère et du compagnon de celle-ci. Le 14 février 2022, il a déposé une demande de titre de séjour, qui a fait l'objet d'un refus du préfet du Puy-de-Dôme par un arrêté du 23 août 2022, portant également obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'étendue de la compétence du magistrat désigné :
2. Il n'appartient pas au magistrat désigné de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour. Il y a donc lieu de renvoyer l'examen de ces conclusions, ainsi que des conclusions accessoires y afférant, devant la formation collégiale du tribunal.
Sur le moyen commun aux décisions en litige :
3. Par un arrêté du 21 avril 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans le département, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation à M. C, sous-préfet de Riom, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Lenoble, secrétaire générale de la préfecture du Puy-de-Dôme, tous arrêtés, décisions, circulaires, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ()
5. Si M. A soutient être entré en France le 1er novembre 2015, soit à l'âge de 13 ans, il n'en justifie pas par la production d'aucun document. Au contraire, tant la demande d'asile déposée par sa mère que la première preuve de scolarisation en France produite par le requérant sont postérieurs à son quatorzième anniversaire, sans que celui-ci ne soit en mesure d'apporter le moindre élément établissant une antériorité supérieure de sa présence en France. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation à leur regard doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "
7. M. A établit que sa sœur mineure fait l'objet d'un placement par le juge des enfants et que leur mère bénéficie d'un droit de visite la concernant les week-ends et durant les vacances scolaires, produit une attestation d'une tante aux termes de laquelle son père, violent, serait en prison en Macédoine, soutient qu'il vit en France avec sa mère et ses frères et sœur depuis plus de 6 ans et qu'il a été scolarisé depuis son arrivée sur le territoire français. Ces seuls éléments, qui ne sont au demeurant pas tous établis, ne sauraient suffire à faire regarder le préfet comme ayant méconnu, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, les articles L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, d'autant plus que le requérant indique dans le même temps s'être mis en ménage avec une ressortissante kosovare réfugiée en France, de sorte qu'il ne vivrait plus avec sa mère et ses frères et sœur. Néanmoins, il ne saurait davantage se prévaloir de cette relation avec Mme D pour contester le bien-fondé de la décision portant refus de titre, dès lors qu'il n'établit ni la durée, ni la nature exacte, ni l'intensité de celle-ci. Concernant sa mère, il ressort des pièces du dossier qu'elle fait également l'objet d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français, de sorte qu'elle et ses enfants mineurs n'ont pas non plus vocation à se maintenir en France. Enfin, si M. A produit un contrat de travail signé en septembre 2022, celui-ci, postérieur à la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de celle-ci.
8. Par suite, M. A n'est pas fondé à exciper de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 5, si M. A soutient être entré en France le 1er novembre 2015, soit à l'âge de 13 ans, il n'en apporte aucune preuve, alors même que l'ensemble des pièces produites au dossier attestent plutôt d'une présence sur le territoire français à compter du second semestre de l'année 2016, soit postérieurement au quatorzième anniversaire du requérant. Celui-ci n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porterait une atteinte grave au droit de l'ensemble des membres de la famille, qui ont tous vocation à quitter le territoire français, de mener une vie privée et familiale normale.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, dès lors que M. A ne démontre, ainsi qu'il ressort des points précédents, l'illégalité ni de la décision portant refus de titre de séjour, ni de celle portant obligation de quitter le territoire français, il ne saurait exciper de celle-ci pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination qui en découle.
14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M. A ne saurait être fondé à soutenir que la décision en litige méconnaîtrait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
15. En troisième lieu, en se bornant à apporter des témoignages de membres de sa famille aux termes desquels son père, resté en Macédoine, serait violent et purgerait une peine de prison, il n'apporte pas d'élément suffisant pour établir qu'il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le requérant se trouverait dans l'impossibilité d'obtenir la protection des autorités macédoniennes. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans ce pays, d'autant plus que, ainsi qu'il a été dit plus haut, sa mère et ses frères et sœur ont eux aussi vocation à y retourner, à supposer que l'absence de liens familiaux dans un Etat soit constitutive d'un " traitement inhumain et dégradant " tel que prohibé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis, en fixant le pays de destination, une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations.
16. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination qu'il conteste.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A, de même que, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et que celles présentées au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'examen des conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation de la décision du préfet du Puy-de-Dôme en date du 23 août 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour est renvoyé devant la formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2023.
La magistrate désignée,
C. TRIMOUILLELa greffière,
C. HUMEZ
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2202324
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026