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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202337

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202337

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBONNARD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée sous le n°2202337 le 3 novembre 2022, Mme D A, représentée par Me Bonnard demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence pendant la durée de départ volontaire avec obligation de présentation à la direction départementale de la sécurité publique à Clermont-Ferrand tous les vendredis à 9 heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte atteinte à son droit au recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :

- la décision méconnaît son droit à assister à l'audience publique devant la Cour nationale du droit d'asile statuant sur son recours et de s'entretenir avec son conseil pour préparer sa défense .

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à sa situation ;

- elle porte atteinte à son droit de circuler librement et de choisir librement sa résidence suivant les stipulations de l'article 2 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'à son droit au respect de la vie privée garanti par l'article 8 de la même convention, et enfin à l'article 5-1 de la même convention.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme en défense, lequel n'a pas produit d'observations.

II- Par une requête, enregistrée sous le n°2202338 le 3 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Bonnard demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pendant la durée de départ volontaire avec obligation de présentation à la direction départementale de la sécurité publique à Clermont-Ferrand tous les vendredis à 9 heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-elle porte atteinte à son droit au recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

-elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision l'interdisant de retour sur le territoire français :

- elle méconnait son droit à assister à l'audience publique devant la Cour nationale du droit d'asile statuant sur son recours et de s'entretenir avec son conseil pour préparer sa défense.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à sa situation ;

- elle porte atteinte à son droit de circuler librement et de choisir librement sa résidence suivant les stipulations de l'article 2 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'à son droit au respect de la vie privée garanti par l'article 8 de la même convention, et enfin à l'article 5-1 de la même convention.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme en défense, lequel n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 décembre 2022 à 11 heures, en présence de Mme Llorach, greffière d'audience, à laquelle le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes n° 2202337 et n° 2202338 concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 30 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les demandes des requérants tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions les obligeant à quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A et M. A sont entrés en France le 1er avril 2022 avec leurs deux enfants mineurs et que le 31 août 2022 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande d'asile. Eu égard à leur entrée récente sur le territoire français et à l'absence de liens personnels et familiaux anciens sur ce territoire, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale. Par suite, les décisions du préfet n'ont pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

6. Si les requérants se prévalent de la scolarité de leurs deux filles âgées de quinze et de treize ans, ils n'établissent pas que celle-ci ne pourrait pas se poursuivre normalement dans leur pays d'origine, à savoir l'Albanie, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 4, la famille n'est arrivée que très récemment sur le territoire français et que rien ne s'oppose à ce que leur cellule familiale se reconstitue en Albanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 de ce même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ".

8. D'une part, il n'est pas contesté que l'Albanie, dont sont originaires les requérants, figure sur la liste des pays d'origine sûrs. Par suite, en application des dispositions combinées des articles L. 542-2 et L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point précédent, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait légalement édicter à leur encontre les décisions litigieuses sans attendre que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur le recours formé par les intéressés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

9. D'autre part, si les requérants entendent soutenir que les décisions contestées méconnaissent leur droit à un recours effectif en ce qu'elle les empêchent d'assister à l'audience devant la cour nationale du droit d'asile dans le cadre de leur recours introduits à l'encontre des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, ils bénéficient toutefois de l'ensemble des garanties de procédure prévues notamment par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en particulier celle d'exercer un recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de refus d'asile, juridiction devant laquelle ils peuvent faire valoir utilement l'ensemble de leurs arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne, ainsi que devant le tribunal administratif à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ce dernier recours ayant eu pour effet de suspendre, en application de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution de la mesure d'éloignement les concernant jusqu'à-ce que le juge statue. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 du même code et qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement, peut, à l'occasion du recours contentieux formé à l'encontre de cette décision devant le tribunal administratif, demander la suspension de son exécution jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour, demande que les intéressés n'ont pas entendu présenter dans le cadre de la présente instance. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces garanties, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur droit à un recours effectif, qui, en outre, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, aurait été méconnu par le préfet du Puy-de-Dôme

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

11. Les requérants se bornent à produire un certificat médical postérieur à la décision attaquée, non circonstancié, qui fait seulement état d'une " pathologie chronique nécessitant un suivi rapproché " concernant l'un de leurs deux enfants, mais dont il ne ressort pas que le défaut de prise en charge médicale aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, ce qu'au demeurant ils s'abstiennent d'alléguer. Ils ne sont, dès lors, pas fondés à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les décisions les interdisant de retour sur le territoire français :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les époux A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées méconnaitraient leur droit à un recours effectif.

En ce qui concerne les décisions fondées sur les articles L. 721-6 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que font valoir les requérants, les décisions les assignant à résidence ont été pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 721-6 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non pas sur celles de l'article L. 731-1 du code de justice administrative. Dès lors, ils ne peuvent utilement se prévaloir de ce que les dispositions de l'article L. 731-1 du même code ne leur seraient pas applicables.

14. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que les décisions les contraignant à résider dans un lieu déterminé et les astreignant à se présenter à la direction départementale de la sécurité publique à Clermont-Ferrand tous les vendredis à 9 heures méconnaissent les stipulations de l'article 2 du protocole n°4, de l'article 8 et de l'article 5-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ils n'assortissent leurs moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 12 octobre 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de renvoi, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a contraints à résider dans un lieu déterminé et astreints à se présenter à la direction départementale de la sécurité publique à Clermont-Ferrand tous les vendredis à 9 heures. Par suite les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées y compris les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce que M. et Mme A soient admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 202La magistrate désignée,

L. C La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au le préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2202337, 2202338

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