vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202431 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LOISEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, Mme C D, représentée par Me Loiseau, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible, l'a interdite de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois et l'a informée de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'annuler la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence avec l'obligation de se présenter aux services de police trois fois par semaine pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de modifier l'adresse de sa résidence à laquelle elle est assignée au profit du domicile de M. B, 20 rue du Pradou à Clermont-Ferrand ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la requête, enregistrée dans les délais, est recevable ;
Sur le refus de séjour :
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée au regard de sa situation personnelle et professionnelle.
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle contrevient à la poursuite de la scolarité de ses enfants en France et, qu'en l'absence d'autorisation de travailler, elle ne peut subvenir à leurs besoins.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant au regard de la poursuite de leur scolarité et des liens personnels et familiaux qu'entretiennent ses enfants sur le territoire en français ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;
- aucune précédente obligation de quitter le territoire français n'a été portée à sa connaissance dont il appartient au préfet d'en apporter la preuve ;
- la décision attaquée constitue une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle ne pourrait rendre visite à sa famille pendant plus d'un an ;
Sur l'assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;
- elle justifie d'une résidence effective et permanente permettant de présenter des garanties de représentation dès lors qu'elle est hébergée chez M. A B au 20 rue du Pradou à Clermont-Ferrand.
Le préfet du Puy-de-Dôme a produit, le 17 novembre 2022, des pièces qui ont été communiquées à Mme D.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 novembre 2022 à 14h00, en présence de Mme Blanc, greffière d'audience, à laquelle le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté :
- le rapport de Mme Bader-Koza présidente,
- Me Loiseau, avocate de Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, de nationalité serbe, est entrée en France le 12 octobre 2017 accompagnée de ses deux enfants mineurs d'après ses déclarations. Sa demande d'asile ayant été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 5 mars 2018 et confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 décembre 2018, Mme C a présenté une demande tendant à l'obtention d'un titre de séjour le 16 août 2022 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 14 novembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai fixant le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par une décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
4. Il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Les conclusions relatives à la décision portant refus de séjour doivent quant à elles être renvoyées à une formation collégiale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
6. Les seules circonstances que les fils de Mme D soient scolarisés sur le territoire français et que le plus jeune ne parlerait que le français, ne suffit pas à faire regarder la décision attaquée comme portant atteinte à leur intérêt supérieur. A cet égard, il n'est pas établi que les deux enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Serbie. Au surplus, si Mme D soutient qu'elle vit en concubinage avec M. B, formant avec leurs enfants respectifs une famille recomposée, elle n'apporte aucun élément justifiant ses allégations. Dès lors, Mme D ne peut ainsi se prévaloir de ce que ses enfants entretiendraient des liens personnels et familiaux intenses sur le territoire français, y compris avec la famille de sa sœur qui réside à plus de 300 kilomètres de leur domicile dans le département de la Haute-Savoie (74). En outre, Mme D ne démontre pas que ses enfants, qui sont nés en Serbie, y seraient dépourvus d'attaches personnelles et familiales ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
9. Il est constant que Mme D ne s'est pas vue accorder un délai de départ volontaire. Dès lors, et au regard de ce qui a été développé au point 6, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
10. En troisième lieu et aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
11. Si Mme D atteste qu'elle est hébergée à titre gratuit chez M. B, les pièces jointes au dossier, notamment les certificats de scolarité des enfants, font état de plusieurs adresses postales. En outre, elle dispose toujours d'une domiciliation pour son courrier différente de l'adresse de M. B. Dans ces conditions, et au regard de ce qui a été développé aux points 6 et 9, le préfet a pu légitimement estimer que Mme D ne présentait pas des garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de cette décision, ni la modification de l'adresse de la résidence où elle est assignée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 14 novembre 2022. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
La présidente,
S. BADER-KOZA La greffière,
N. BLANC
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026