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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202542

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202542

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP HILLAIRAUD & JAUVAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022 et un mémoire, enregistré le 5 avril 2023, qui n'a pas été communiqué, M. B A, représenté par la SCP Hillairaud - Jauvat, Me Jauvat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou un titre de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- Sur le refus de séjour :

* il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir été précédé de la saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

* il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

* il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie de la réalité de son état civil et de sa nationalité ;

* il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Sur l'obligation de quitter le territoire français :

* elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de séjour ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Sur la décision fixant le pays de renvoi :

* elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachés le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien se disant né le 4 mars 2003 et entré en France selon ses déclarations en mars 2019, a été placé à l'aide sociale à l'enfance par un jugement du tribunal judiciaire de Moulins en date du 16 septembre 2019. A sa majorité déclarée, M. A a sollicité auprès des services de la préfecture de l'Allier un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 12 septembre 2022, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté du 12 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige mentionne les textes dont la préfète a fait application dans le cadre de l'examen de la demande de titre de séjour présentée par M. A. En fait, cette décision mentionne les raisons pour lesquelles l'autorité administrative a décidé de ne pas de délivrer de titre de séjour à l'intéressé. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Enfin, en vertu de l'article 1er du décret susvisé du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente () ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux deux points précédents qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

7. De plus, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit au soutien de sa demande de titre de séjour un extrait d'acte de naissance original ainsi qu'un passeport biométrique original. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'analyse documentaire de la police aux frontières en date du 10 août 2021 que la préfète de l'Allier a joint à son mémoire en défense, que l'extrait d'acte de naissance produit par le requérant comporte plusieurs anomalies à savoir l'absence de renseignements sur l'heure de naissance de l'intéressé ainsi que sur la profession et la nationalité de ses parents en méconnaissance des articles 42 et 52 du code civil ivoirien, une faute d'orthographe inhabituelle dans les mentions préimprimées (mariage dissous) et la signature de l'acte de légalisation par une autorité présentée à tort comme sous-préfet.

9. Pour contredire cette appréciation, M. A soutient que l'extrait d'acte de naissance et le passeport produits dans le cadre de sa demande de titre de séjour mais également les autres documents qu'il a produits au soutien de sa requête sont concordants quant à son état civil et que ni le rapport simplifié de la police aux frontières, ni les autres allégations de la préfète de l'Allier ne suffisent à permettre de douter de l'authenticité des actes qu'il produit. M. A ajoute que les conclusions de la police aux frontières sont pour le moins discutables dès lors qu'elle a émis un avis défavorable et non un avis de contrefaçon ou de falsification, que la police aux frontières ne pouvait pas reprocher l'absence, dans l'extrait d'acte de naissance, de mention de l'heure de naissance et de la profession et de la nationalité des parents dès lors que ces mentions n'ont pas été indiquées dans l'acte de naissance lui-même, qu'elle ne pouvait pas non plus reprocher la mention " mariage dissous " dès lors qu'il est le plus souvent écrit " dissous " que " dissout " et qu'en France, les officiers d'état civil écrivent traditionnellement " mariage dissous " et non " dissout ", qu'enfin, la formulation retenue pour estimer que le signataire de l'acte de légalisation n'était pas sous-préfet à la date de cette signature est pour le moins imprécise. A supposer que les deux dernières anomalies mentionnées au point précédent ne suffisent pas à renverser la présomption d'authenticité de l'extrait d'acte de naissance fourni par M. A, en revanche, l'anomalie résultant de l'absence de renseignements sur l'heure de naissance de l'intéressé ainsi que sur la profession et la nationalité de ses parents en méconnaissance des articles 42 et 52 du code civil ivoirien suffit à elle seule à renverser cette présomption, et aucun des arguments développés par le requérant, ni aucune des pièces qu'il a fournis au soutien de ses écritures, ne permettent de remettre sérieusement en cause l'appréciation que la préfète de l'Allier a portée sur le document produit par l'intéressé pour justifier de son état civil et de sa nationalité. Par suite, et quand bien même le passeport biométrique qu'il a fourni aurait reçu un avis favorable de la police aux frontières, le requérant n'est fondé à soutenir ni que c'est à tort que la préfète de l'Allier a estimé qu'il ne justifiait pas de son état civil et de sa nationalité, ni que le refus de séjour qui lui a été opposé l'a été en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas d'une lecture de sa demande de titre de séjour, que M. A aurait sollicité son admission au séjour en se prévalant des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision portant refus de séjour a été prise en méconnaissance de cet article.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. A la date de la décision en litige, M. A n'était en couple avec une ressortissante française que depuis environ six mois, et n'avait pas d'enfant. Les formations scolaires et les stages qu'il a suivis depuis son entrée en France ne suffisent pas à justifier d'une intégration particulière sur le territoire français. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, pays dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, et quand bien même il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Allier a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

15. M. A n'ayant pas sollicité de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de justice administrative, la préfète de l'Allier n'a donc jamais envisagé de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement, contrairement à ce que le requérant prétend. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour doit être écarté compte tenu de ce qui a été dit précédemment.

17. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, les moyens tirés de l'exception d'illégalité du refus de séjour et de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés compte tenu de ce qui a été dit précédemment.

19. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Bordes, premier conseiller,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220254

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