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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202617

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202617

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAUTARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Chautard, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet du Cantal l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a assignée à résidence sur la commune d'Aurillac pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision du 7 décembre 2022 par laquelle le préfet du Cantal l'a obligée à quitter le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- Sur les conclusions à fin d'annulation :

* le préfet du Cantal ne lui a pas adressé les informations prévues à l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa langue natale ;

* le délai de recours contentieux de quarante-huit heures est erroné ;

* le préfet du Cantal n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle n'a pas bénéficié dans sa langue natale de l'information prévue aux articles L. 722-3 et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelée à l'article L. 613-3 du même code ;

* il n'est possible de vérifier ni la véracité de l'intervention de l'interprète en albanais via ISM, ni ses compétences, ni enfin son inscription sur la liste des experts près la Cour d'appel de Riom ;

- Sur les conclusions à fin de suspension :

* elle a saisi la Cour nationale du droit d'asile d'un recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 10 novembre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022 à 11h, en présence de M. Manneveau, greffier d'audience, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 3 décembre 2001, est entrée en France le 14 juin 2022, selon ses déclarations. La demande d'asile qu'elle a présentée le 12 juillet 2022 a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en date du 10 novembre 2022. Par un arrêté du 7 décembre 2022, le préfet du Cantal l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a assignée à résidence sur la commune d'Aurillac pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal, à titre principal, d'annuler cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ". Aux termes de l'article L. 722-3 de ce code : " L'autorité administrative peut engager la procédure d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès l'expiration du délai de départ volontaire ou, si aucun délai n'a été accordé, dès la notification de l'obligation de quitter le territoire français ou, s'il a été mis fin au délai accordé, dès la notification de la décision d'interruption du délai ". Enfin, l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / Lorsque la décision fixant le pays de renvoi est notifiée postérieurement à la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'éloignement effectif ne peut non plus intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester cette décision, ni avant que le tribunal administratif n'ait statué sur ce recours s'il a été saisi. / Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre ".

5. Si les conditions de notification des décisions peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans influence sur leur légalité. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions en annulation des décisions contestées, d'une part, de ce que les informations prévues aux articles L. 613-3, L. 613-4, L. 722-3 et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui ont pas été délivrées dans sa langue natale, d'autre part, de ce qu'il n'est pas possible de vérifier la véracité de l'intervention de l'interprète en albanais via ISM, ses compétences et son inscription sur la liste des experts près la Cour d'appel de Riom.

6. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer établie, selon laquelle le délai de recours contentieux de quarante-huit heures mentionné dans l'arrêté litigieux serait inexact est sans incidence sur la légalité de cet arrêté.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait informé le préfet du Cantal d'une circonstance lui permettant de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet a pu, sans commettre d'illégalité, ne pas se prononcer sur la situation de Mme A au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant d'édicter à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse.

Sur les conclusions à fin de suspension :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

9. Au soutien de ses conclusions à fin de suspension, Mme A indique seulement avoir saisi la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) d'un recours contre la décision de l'Ofpra du 10 novembre 2022 rejetant sa demande d'asile. Elle ne justifie toutefois pas du recours qu'elle prétend avoir introduit auprès de la Cnda. Au demeurant, à supposer l'existence de ce recours établie, Mme A ne présente aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien durant l'examen dudit recours.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin de suspension présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

J-M. DEBRIONLe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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