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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202628

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202628

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Presle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'annuler la décision du 17 novembre 2022 par laquelle la préfète de l'Allier l'a assignée à résidence dans le département de l'Allier, et plus précisément à Bellerive-sur-Allier, pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou, à défaut, " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

* elle pourrait bénéficier de la délivrance d'une carte de séjour étudiant ;

* elle pourrait également bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* l'annulation de la décision portant refus de séjour entraîne, par voie de conséquence, celle de l'obligation de quitter le territoire français ;

* la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'une erreur de droit ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

* elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

* compte tenu des éléments plus en avant exposés, l'assignation à résidence devra être annulée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a formé une demande d'aide juridictionnelle le 9 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022 à 11h, en présence de M. Manneveau, greffier d'audience, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise, est entrée en France le 28 septembre 2016. Elle a fait l'objet, le 16 octobre 2020, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal en date du 15 septembre 2021, actuellement frappé d'appel. Le 13 juillet 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 17 novembre 2022, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français, d'une décision fixant le pays de destination et d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Par une décision du même jour, la préfète de l'Allier a assigné Mme A à résidence dans le département de l'Allier, et plus précisément à Bellerive-sur-Allier, pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2022 et de la décision du même jour l'assignant à résidence.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Mme A a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Par conséquent, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Il appartient au magistrat désigné de ne se prononcer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Les conclusions relatives à la décision portant refus de séjour doivent quant à elles être renvoyées à une formation collégiale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, en indiquant dans sa requête que l'annulation de la décision portant refus de séjour entraîne, par voie de conséquence, celle de l'obligation de quitter le territoire français, Mme A ne peut être regardée comme ayant soulevé au soutien de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français le moyen tiré de l'exception de l'illégalité du refus de séjour. Le moyen tiré de ce que l'annulation de la décision portant refus de séjour entraîne, par voie de conséquence, celle de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, il ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui doit être motivée en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte en l'espèce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de Mme A avant de l'obliger à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, la décision en litige, qui doit être motivée en application des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte en l'espèce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance selon laquelle cette décision mentionnerait une information inexacte n'est pas de nature à remettre en cause sa motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut motivation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Allier n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation avant de ne pas accorder de délai de départ volontaire à la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En dernier lieu, en indiquant que la décision est de nature à entraîner des conséquences graves sur sa situation personnelle sans toutefois préciser ces conséquences, la requérante n'établit pas que la préfète de l'Allier a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

11. En premier lieu, la décision en litige, qui doit être motivée en application des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte, en l'espèce, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et il ressort plus particulièrement de sa lecture que la préfète de l'Allier a bien pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi. La circonstance selon laquelle la durée de l'interdiction indiquée dans les motifs de la décision est de douze mois alors que celle indiquée dans son dispositif est de vingt-quatre mois constitue une simple erreur matérielle et n'est ainsi pas de nature à remettre en cause la motivation de cette décision. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Mme A est célibataire et sans enfant et ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français simplement par l'obtention d'un baccalauréat professionnel spécialité cuisine en juillet 2022, une inscription en septembre de la même année en brevet de technicien supérieur (BTS) métiers de l'hôtellerie restauration et une proposition de contrat d'apprentissage dans le cadre de cette formation. Son père, ma mère et sa sœur sont présents en France de manière irrégulière et font l'objet de mesures d'éloignement. La requérante a elle-même fait l'objet, ainsi qu'il a été dit au point 1, d'une précédente mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée malgré la confirmation de sa légalité par le tribunal. Enfin, Mme A n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Allier a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

14. Si, en soutenant que " compte tenu des éléments plus en avant exposés, l'assignation à résidence devra être annulée ", la requérante a entendu soulever un moyen, ce moyen doit être écarté comme n'étant pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A et tendant à l'annulation des décisions du 17 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et assignation à résidence doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, en tant qu'elles se rapportent aux décisions dont la légalité est confirmée par le présent jugement, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de Mme A dirigées contre la décision portant refus de séjour du 17 novembre 2022 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

J-M. DEBRIONLe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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