vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP TEILLOT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2023, la commune de Vichy, représentée par la SCP Teillot et associés, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de la société à responsabilité limitée (SARL) Viva Flor et de tout occupant de son chef, au besoin avec le concours de la force publique, de la case n° W2 du grand marché appartenant à son domaine public, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de la SARL Viva Flor la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente dès lors qu'au cas d'espèce l'emplacement occupé par la société Viva Flor se trouve dans le grand marché couvert qui fait partie de son domaine public ; l'article 8 de la convention applicable prévoit expressément que le contrat est conclu sous le régime des occupations précaires du domaine public ;
- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la convention signée avec la société Viva Flor est arrivée à terme le 31 décembre 2018 et que cette société n'a pas signé de nouvelle convention ; par conséquent, elle s'est maintenue dans les lieux sans aucun droit ni titre en dépit des multiples mises en demeure qui lui ont été adressées ; en outre, cette société qui ne s'est pas acquittée régulièrement du paiement d'une indemnité d'occupation est redevable de la somme de 16 587,63 euros au 30 décembre 2022 ; cette situation préjudicie gravement à ses intérêts ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que cette occupation sans droit ni titre crée des tensions vis-à-vis des autres occupants et porte atteinte au principe d'égalité de traitement ; dans ces conditions, il est urgent d'assurer une meilleure exploitation du domaine public en permettant une occupation régulière et l'instauration d'une redevance conforme aux avantages procurés par cette occupation ; or le maintien dans les lieux de la société Viva Flor rend impossible l'installation d'un autre occupant dans des conditions régulières ; en outre, cette situation est d'autant plus urgente qu'elle a publié un appel à manifestation d'intérêt pour l'exploitation de cette cellule commerciale à compter du 1er février 2023 ;
- au surplus, les agissements en litige constituent des violations répétées du règlement des foires et marchés.
Par des courriers, enregistrés le 25 janvier 2023, la commune de Vichy, représentée par la SCP Teillot et associés, et la SARL Viva Flor, représentée par Me Christophe, informent le juge des référés d'une éventuelle négociation entre les parties.
Par un courrier, enregistré le 1er février 2023, la commune de Vichy informe le juge des référés que les négociations n'ont pas abouties.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Viva.Flor, représentée par Me Christophe, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire de lui accorder un délai courant jusqu'au 30 juin 2023 pour libérer les lieux occupés par son fonds de commerce situé au grand marché de Vichy et en outre, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la commune de Vichy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'existe aucune situation d'urgence dès lors qu'elle a réglée et réglera toutes les indemnités qui correspondent à son occupation comme elle le fait depuis le terme de la convention d'occupation du 31 décembre 2018 ;
- si elle avait respecté la mise en demeure du 15 décembre 2022 un autre commerçant aurait éventuellement pu s'installer à sa place à compter de la fin du mois de janvier 2023 mais sa présence, qui remonte à plus après de vingt-deux années, ne trouble aucunement la vie commerciale du grand marché ;
- elle ne pouvait signer le projet de convention à effet du 1er février 2020 dès lors que la commune n'avait pas chiffré sa proposition de rachat de sa devanture métallique ; la commune a accepté le 11 mars 2021 de renouveler son occupation et lui a annoncé la transmission d'un projet de convention qui ne sera pas rédigé ;
- par conséquent, le caractère d'urgence n'étant pas établi la demande de la commune est irrecevable ;
- la demande de la commune se heurte à une contestation sérieuse dès lors que la collectivité lui a expressément consenti le renouvellement de sa convention d'occupation le 11 mars 2021 ; en outre, elle a utilisé des manœuvres abusives afin de faire échouer les négociations de cession de parts ;
- à titre subsidiaire, si le juge des référés fait droit à la demande, elle est fondée à solliciter, dans ce cas, un délai pour quitter les lieux dès lors qu'elle n'exploite que ce seul fonds de commerce et devra, pour cesser son activité, procéder au licenciement pour motif économique de son personnel salarié, procédure qui nécessite un délai minimal d'environ trois mois ; de même, elle devra faire démonter sa devanture métallique qui demeure sa propriété ; elle a investi d'importants fonds pour réaliser son magasin au cours des années 2006 et 2007 ; la période courant jusqu'au 30 juin 2023 pour libérer son emplacement inclut la date de la fête des mères qui représente la plus importante opération commerciale de l'année pour les fleuristes.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 à 11h00 en présence de Mme Llorach greffière :
- le rapport de Mme Courret, juge des référés,
- et les observations de Me Maisonneuve représentant la commune de Vichy qui reprend le terme de ses écritures et fait valoir que la collectivité a essayé à de nombreuses reprises de trouver des arrangements avec la société Viva Flor notamment pour ses arriérés de loyer ; actuellement la société n'a toujours pas réglé la somme qu'elle doit depuis le mois de décembre 2022 ; une nouvelle convention a été proposée à la société qui ne l'a pas signée ; si des négociations ont eu lieu en mars 2021 la société requérante n'a pas donné suite et a repoussé les rendez-vous pour régulariser sa situation ; cette société ne respecte pas le règlement intérieur du marché, notamment, elle n'ouvre pas régulièrement sa boutique et ne paie pas ses loyers et cette situation occasionne des problèmes avec les autres commerçants ; cette société n'apporte aucun élément sur les difficultés qu'elles pourraient rencontrer ; la collectivité a fait appel à des candidatures pour occuper l'emplacement en litige et a procédé à des visites qui ne peuvent aboutir eu égard à la situation actuelle ce qui lui est préjudiciable ; la commune pourrait admettre qu'un court délai soit accordé à la société uniquement pour lui permettre de démonter sa devanture métallique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Vichy demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de la SARL Viva Flor, au besoin avec le concours de la force publique, de la case n° W2 du grand marché appartenant à son domaine public, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Viva Flor et la commune de Vichy ont conclu, le 18 décembre 2007, une convention d'occupation temporaire du domaine public reconduite tacitement pour une durée maximale de douze ans autorisant cette société, qui exploite un commerce de détail de fleurs et plantes, à occuper la case n° W2 du marché couvert, situé place Pierre Victor Léger. Cette convention arrivant à échéance le 31 décembre 2018, une nouvelle convention a été proposée à la société, à effet du 1er février 2020, pour une durée d'un an qu'elle n'a pas signée. Par la suite, cette société, qui ne versait pas régulièrement les redevances dont elle était redevable, a été destinataire de plusieurs mises en demeure au cours de l'année 2021 lui demandant de régulariser sa situation. La société Viva Flor fait valoir que la demande d'expulsion se heurte à une contestation sérieuse au motif que la commune a expressément consenti le renouvellement de sa convention d'occupation le 11 mars 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que si la collectivité lui avait proposé, dans un courrier du 11 mars 2021, une nouvelle convention sous réserve du paiement régulier de ses prochains loyers et prévoyait de la lui faire parvenir prochainement pour signature, et même si cet acte ne lui aurait pas été communiqué, la société, qui ne s'est pas rapprochée des services de la collectivité afin de régulariser sa situation, a produit un acte notarié de cession de parts de juin 2021 dans lequel il est mentionné qu'elle ne disposait pas d'une convention d'occupation. De même, la société n'établit pas que la collectivité aurait utilisé des manœuvres abusives afin de faire échouer ces négociations de cessions de parts. En outre, il est mentionné dans une dernière mise en demeure du 15 décembre 2022 lui enjoignant de procéder à l'évacuation de son matériel et de remettre les clés du local avant le 16 janvier 2023, que la société ne s'est pas rendue aux différents rendez-vous fixés en août et septembre 2022, qu'elle avait elle-même sollicités, afin de régulariser sa situation administrative et l'aider à honorer ses redevances. Ainsi, la société Viva Flor ne dispose plus d'aucun titre à occuper les locaux en litige. Par suite, la demande de la commune de Vichy ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
4. D'autre part, il résulte de l'instruction, que la société Viva Flor se maintient dans les lieux alors que la commune de vichy a lancé un appel à manifestation d'intérêt pour exploiter la cellule commerciale dans le grand marché de Vichy à compter de février 2023 et que cette situation fait obstacle à ce que d'autres exploitants intéressés, et qui se sont manifestés, puissent occuper l'emplacement. De même, il n'est pas contesté que la société Viva Flor méconnaît les conditions générales d'occupation du marché couvert notamment concernant les jours d'ouverture de sa structure et du paiement des redevances dont le montant encore à régler s'élèvent en décembre 2022 à la somme de 16 587,63 euros. Ainsi, et même si la société fait valoir qu'elle est présente sur le marché depuis plus de vingt-deux ans et qu'elle s'engage à régler ses loyers, son maintien dans les lieux fait obstacle à l'utilisation normale et conforme au règlement des foires et marchés de l'emplacement qu'elle occupe dans le marché couvert de Vichy. Par suite, la demande de la commune de Vichy présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande de la commune de Vichy en enjoignant à la société Viva Flor et à tout occupant de son chef de libérer la case n° W2 du grand marché de Vichy qu'elle occupe dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte. Si la société Viva Flor fait valoir qu'un délai jusqu'au 30 juin 2023 pour libérer définitivement son emplacement doit lui être accordé, elle n'apporte aucun élément sur sa situation financière et commerciale de nature à le justifier. A l'issue de ce délai, faute pour l'intéressée de libérer les lieux, la commune de Vichy pourra requérir le concours de la force publique pour procéder à son expulsion.
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Viva Flor la somme que la commune de Vichy demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la société Viva Flor soient mises à la charge de la commune de Vichy, qui n'est pas la partie perdante.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à la société Viva Flor et à tout occupant de son chef de libérer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la case n°W2 du grand marché situé place Pierre Victor Léger à Vichy.
Article 2 : A défaut pour la société Viva Flor de déférer à l'injonction prononcée à l'article 1er, la commune de Vichy pourra, si nécessaire, requérir le concours de la force publique pour faire procéder d'office à son expulsion.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la commune de Vichy est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la société Viva Flor présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Vichy et la société à responsabilité limitée (SARL) Viva Flor.
Fait à Clermont-Ferrand, le 17 février 2023.
La juge des référés,
C. A
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026