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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300072

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300072

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERAL-PORTAL-YERMIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Meral, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il appartient à la préfecture de justifier de la date de lecture de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 7214 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il fixe l'Angola comme pays de retour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2023, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant angolais, déclare être entré en France le 28 juin 2019 accompagné de ses trois filles mineures. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 juin 2021 et par la Cour nationale du droit d'asile le 21 novembre 2022. Par un arrêté du 21 décembre 2022 le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au demeurant, le préfet n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. C a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit prise la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu.

6. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, il ressort des pièces produites par le préfet du Cantal, et notamment du relevé " Telemofpra ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été lue en audience publique le 21 novembre 2022 et notifiée à M. C le 22 novembre 2022. Par suite, et alors qu'il ne relève pas de la compétence du tribunal administratif de Clermont-Ferrand de se prononcer sur la régularité de la procédure suivie devant la Cour nationale du droit d'asile, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers que le préfet a pu édicter la mesure d'éloignement en litige.

7. En quatrième lieu, l'information prévue par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pour seul objet de limiter à compter de l'information ainsi délivrée le délai dans lequel il est loisible au demandeur d'asile de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement, ce délai étant ainsi susceptible d'expirer avant même qu'il n'ait été statué sur sa demande d'asile. Dans l'hypothèse où l'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'aurait pas été donnée, cette circonstance fait seulement obstacle à ce que le délai mentionné à cet article soit opposé à la personne qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour. Le non-respect de ces dispositions est donc sans incidence sur la légalité des mesures d'éloignement prises, comme c'est le cas en l'espèce, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, célibataire et sans emploi, est entré en France en 2019. S'il ressort des pièces du dossier que ses trois filles mineures sont scolarisées, que l'une de ses filles est cadet à la sécurité civile, et que l'intéressé s'implique dans le suivi de la scolarité de ses filles, il ne ressort pas des pièces du dossier ni même n'est allégué qu'elles ne pourraient poursuivre leur scolarité en Angola. La seule circonstance qu'une autre fille du requérant, de nationalité portugaise, résiderait dans l'espace Schengen n'est pas davantage de nature à établir l'existence de liens familiaux an France. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu de liens familiaux intenses dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas plus fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En dernier lieu, si M. C soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il craint des persécutions en raison de menaces proférées par la famille de sa défunte épouse à l'encontre de ses filles, il ne produit toutefois aucun élément de nature à établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé dans son pays d'origine à un risque réel, direct, et sérieux pour sa vie ou sa liberté. Dans ses conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées au titre des dépens et en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La présidente,

S. BLa greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 230007

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