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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300073

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300073

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, Mme A D, représentée par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français :

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement du signalement dans le système d'information Schengen en conséquence de l'annulation de l'interdiction de retour ;

5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne le refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile :

- il est entaché d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que son attestation de demande d'asile est valable jusqu'au 6 mars 2023 ;

- le préfet s'est estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que son attestation de demande d'asile est valable jusqu'au 6 mars 2023 ;

- le préfet s'est estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est cru tenu à tort de prononcer une telle mesure.

Mme D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 12 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2023 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Bourg, avocate de Mme D assistée de Mme B interprète par téléphone.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante géorgienne, est entrée en France le 5 septembre 2022 accompagnée de son fils majeur. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 novembre 2022. Par une décision du 23 décembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme se serait estimé tenu d'édicter les décisions en litiges.

4. En troisième lieu, en tant que ressortissante géorgienne, Mme D a fait l'objet d'une décision de rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA suivant la procédure accélérée. Par suite, elle ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeur d'asile. Si les services de la préfecture du Puy-de-Dôme ont, le 7 septembre 2022, délivré à Mme D une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 6 mars 2023, cette circonstance n'a pas d'influence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que cette attestation ne saurait être regardée comme un titre de séjour en cours de validité et que si une telle attestation autorise la présence du ressortissant étranger, demandeur d'asile, sur le territoire français, elle ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait légalement prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme D et refuser de renouveler son attestation de demande d'asile sans entacher ses décisions d'erreur de fait ni d'un défaut d'examen de sa situation.

5. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de sorte que le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

6. En cinquième lieu, Mme D soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle sera exposée à des menaces réelles et sérieuses en raison de l'homosexualité de son fils. Si elle produit au soutien de ses allégations un témoignage concernant son fils, et des articles de presse de portée générale, ces documents ne permettent pas d'établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée dans son pays d'origine à un risque réel, direct, et sérieux pour sa vie ou sa liberté. Dans ses conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de Mme D avant de prendre la décision fixant le pays de destination.

8. En septième lieu, Mme D a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Elle n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchée de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit prise la décision attaquée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu.

9. En dernier lieu, si Mme D soutient que les critères sur lesquels s'est fondé le préfet du Puy de-Dôme pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sont uniquement prévus pour déterminer la durée de cette interdiction, il incombe toutefois à l'autorité compétente de se fonder sur la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, sur la nature et l'ancienneté des liens de l'étranger avec la France et, le cas échéant, sur les précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet pour se prononcer tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de droit en édictant la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

10. La requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, fait valoir qu'elle est exposée à des menaces en raison de l'homosexualité de son fils. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des seuls éléments dont elle fait état dans la présente instance qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de refus d'asile opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Mme D n'est par suite pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation et de suspension entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

12. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

13. Il résulte des points précédents que les demandes de Mme D sont manifestement dénuées de fondement. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La présidente,

S. CLa greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2300073

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