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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300121

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300121

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Kati, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les deux arrêtés du 17 janvier 2023 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- le préfet ne justifie pas que la décision de la cour nationale du droit d'asile a été lue en audience publique, si bien que son droit au maintien sur le territoire n'a pas pris fin ;

- les décisions de l'office français de la protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation au regard de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il a des craintes en cas de retour dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la durée de cette mesure est disproportionnée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, le préfet de police, représentée par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 19 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2023, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais entré en France selon ses déclarations en 2019, s'est vu refuser sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 9 mars 2021 puis par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 27 juin 2022. Par un arrêté du 17 janvier 2023, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un second arrêté du même jour, la même autorité a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. A soutient que le préfet de police de Paris n'était pas territorialement compétent pour édicter l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il n'est pas justifié du lieu de son interpellation, il n'apporte aucun élément justifiant de son lieu d'interpellation. En toute état de cause, il ressort du procès-verbal d'interpellation de M. A qu'il a été interpellé à la gare de Lyon à Paris. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police n'était pas territorialement compétent.

3. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger, cette obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement soulever l'irrégularité de la procédure suivie devant la Cour nationale du droit d'asile, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il ressort du relevé Telemofpra produit en défense, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 juin 2022 lui a été notifiée le 3 août 2022, de sorte que son droit au maintien était expiré à la date de l'arrêté en litige.

5. En quatrième lieu, si M. A ne conteste pas avoir été effectivement destinataire des notifications des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile, il soutient toutefois qu'il n'est pas établi que ces décisions lui auraient été notifiées dans une langue qu'il comprend. Toutefois, et en tout état de cause, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

6. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni d'un défaut d'examen de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reprenant celles de l'article L. 513-2 invoquées par le requérant et abrogées depuis le 1er mai 2021, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet ni pour effet de renvoyer M. A au Bengladesh. Au demeurant, si le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. En sixième lieu, si M. A soutient que le préfet a entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ainsi qu'au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit pas ces moyens de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. En septième lieu, M. A a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit prise la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés en litige ont été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu.

9. En huitième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors que la décision portant refus de délai de départ volontaire n'a pas été édictée sur ce fondement. S'il soutient qu'il n'est pas justifié qu'il aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente aucun risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français, il ressort des termes non sérieusement contestés de l'arrêté en litige que M. A a déclaré son intention de ne pas se conformer à la présente mesure d'éloignement, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une décision d'éloignement prononcée à son encontre le 8 octobre 2021 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisante dès lors qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage valides et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En neuvième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de M. A avant de prendre l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français.

11. En dixième lieu, M. A se borne à soutenir que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il ressort toutefois des termes non sérieusement contestés de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire contesté que M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 8 octobre 2021 et qu'il se déclare célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, pour édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire, le préfet s'est fondé sur les circonstances que M. A déclare être entré en France en 2019, qu'il se déclare célibataire et sans enfants, et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, et alors que les critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas cumulatifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu ces dispositions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

14. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

15. Il résulte des points précédents que les demandes de M. A, stéréotypées et dépourvues de tout élément circonstancié, sont manifestement dénuées de fondement. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La présidente,

S. CLa greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2300121

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