jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DEMARS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 27 février 2023, M. D B, représenté par Me Demars, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a décidé de sa remise aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui remettre une attestation temporaire de demande d'asile, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle devait lui être refusé, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le mémoire en défense présenté par la préfète du Rhône a été signé par une personne incompétente ;
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il a été édicté en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il a été édicté en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les articles 23 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'erreur de fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 4 du protocole 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a déposé une demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, enregistrée le 7 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 28 février 2023 à 10h, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté :
- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;
- Me Demars, avocat de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 21 novembre 2022, pour y demander l'asile. La consultation du fichier européen Eurodac a mis en évidence que M. B a été identifié en Croatie, où il a demandé l'asile le 5 novembre 2022. Les autorités croates ont, par suite, été saisies le 9 décembre 2022 d'une demande de reprise en charge en application des dispositions de l'article 18 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Les autorités croates ont expressément accepté, le 23 décembre 2022, de reprendre en charge l'intéressé, en application de l'article 25 du règlement précité. Par un arrêté du 25 janvier 2023, le préfet du Rhône a décidé de le transférer vers la Croatie pour l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
4. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " () les mémoires en défense () présentés au nom de l'Etat sont signés par le ministre intéressé. () la compétence des ministres peut être déléguée par décret : () 2° () au préfet () ".
5. Le mémoire en défense de la préfète du Rhône, enregistré le 27 février 2023, est signé par Mme A, adjointe à la chef du " pôle régional Dublin ", en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer " les requêtes introductives d'instance, mémoires en défense " en vertu d'un arrêté de la préfète du Rhône du 23 novembre 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C n'était pas absente ou empêchée, l'exception d'irrecevabilité dudit mémoire en défense ne peut être accueillie.
6. Enfin, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration qui ne sont pas applicables aux procédures juridictionnelles.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, par un arrêté du 23 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône le 24 novembre 2022, le préfet du Rhône a donné délégation à Mme A, adjointe à la chef du " pôle régional Dublin ", en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les " mesures afférentes au transfert des demandeurs d'asile placés sous procédure Dublin ". Par suite, et dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C n'était pas absente ou empêchée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
8. En deuxième lieu, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu délivrer, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile à la préfecture du Puy-de-Dôme le 24 novembre 2022, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées dans une langue que l'intéressé a déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et contiennent l'intégralité des informations prévues par cet article. Enfin, elles ont été remises à M. B le 24 novembre 2022, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. D'autre part, l'entretien réalisé à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile a donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé paraphé et signé par M. B, lequel a bénéficié du concours d'un interprète russe agréé. Par ailleurs, et alors qu'aucune disposition n'impose de mentionner dans le compte-rendu la durée de l'entretien, il ressort des pièces du dossier que l'interprète a assisté M. B durant 27 minutes, sans que M. B ne démontre que cette durée ne lui aurait pas permis de comprendre l'ensemble de la procédure et de faire valoir ses observations. Il suit de là que celui-ci s'est vu dûment délivrer les informations prescrites à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et a été reçu à un entretien individuel dans les conditions prescrites à l'article 5 du même règlement. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écarté.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le préfet du Rhône a obtenu, le 24 novembre 2022, le résultat de la consultation des données du système Eurodac l'informant de ce que M. B avait déposé une précédente demande d'asile en Croatie et, d'autre part, que les autorités croates ont reçu, le 9 décembre 2022, une requête aux fins de reprise en charge concernant le dossier enregistré sous le numéro FRDUB29930654386-690, attribué à M. B. Il ressort ainsi des pièces du dossier que les autorités croates ont été saisies d'une requête aux fins de reprise en charge de M. B dans le délai de deux mois prévu par les dispositions de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, les autorités croates ont explicitement accepté cette demande de reprise en charge le 23 décembre 2022, soit dans le délai de deux semaines prévu par les dispositions de l'article 25 du même règlement. Par suite, le moyen tiré de ce que la requête aux fins de reprise en charge de M. B n'aurait pas été réalisée ni acceptée par les autorités croates dans les conditions prévues par les articles 23 et 25 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
10. En quatrième lieu, et d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B a déposé une demande d'asile en Croatie, de sorte que le préfet n'a pas commis d'erreur de fait. D'autre part, si le requérant soutient que le préfet a entaché son arrêté d'une autre erreur de fait dès lors qu'il s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile le 23 décembre 2022 et non le 24 novembre 2022, cette erreur constitue une simple erreur matérielle sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
11. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant de prendre l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle doit être écarté.
12. En sixième lieu, d'une part, M. B soutient qu'en cas de transfert vers la Croatie, il risquerait un renvoi illégal vers la Tchétchénie et serait exposé à un risque de mauvais traitements de la part des autorités croates. Toutefois, la Croatie est un Etat partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, M. B se borne à se prévaloir de documents de portée générale pour justifier des craintes dont il fait état. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments démontrant qu'en cas de retour en Croatie, il serait exposé de manière certaine à des traitements inhumains et dégradants et que sa demande d'asile risquerait de ne pas être examinée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation et a méconnu l'article 17 du règlement précité et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. D'autre part, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des craintes qu'il a de retourner en Tchétchénie, dès lors que l'arrêté en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine.
14. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 4 du protocole additionnel n°4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'arrêté en litige n'a pas de caractère collectif.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet du Rhône a ordonné son transfert aux autorités croates en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté en litige doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Rhône.
Fait à Clermont-Ferrand, le 2 mars 2023.
La présidente,
S. BADER-KOZA
La greffière,
I. SUDRE
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300240
JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026