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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300293

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300293

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300293
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2023, M. B A, représenté par Ad'Vocare Avocats associés, Me Gauché, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise le 30 août 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et au préfet de la Haute-Loire de prendre toutes mesures utiles pour qu'il puisse être présent lors de l'audience du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay le 23 février 2023 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et au préfet de la Haute-Loire de lui délivrer un visa et de le réacheminer en France métropolitaine, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur et du préfet de la Haute-Loire la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son recours est recevable dès lors que le référé-liberté est le seul recours effectif au sens de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour lui permettre de prévenir l'atteinte aux droits protégés par l'article 6 de cette convention et d'assister à l'audience du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay le 23 février 2023 ;

- il existe une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de pouvoir assurer de manière effective sa défense devant le juge et au droit de tout individu d'assurer sa défense, dès lors qu'en l'espèce, du fait de la décision d'interdiction de retour, il ne pourra être présent à l'audience du 23 février 2023 du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay pour laquelle il est convoqué ;

- il justifie d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors que l'interdiction de retour sur le territoire français du 30 août 2022 et le refus implicite d'abroger cette décision méconnaissent les dispositions du paragraphe 2 de l'article 8 de la directive 2016/343 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 tel qu'interprété par l'arrêt C-420/20 du 15 septembre 2022 de la Cour de justice de l'Union européenne ; ces dispositions sont suffisamment précises et inconditionnelles et sont directement invocables ;

- son éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale constituée par son droit à un procès équitable protégé par les stipulations du 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'urgence est caractérisée par l'atteinte aux droits fondamentaux, compte tenu de la gravité des conséquences qu'aura son absence lors de l'audience du tribunal correctionnel du 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Bollon, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande en date du 29 septembre 2022, reçue le 3 octobre 2022 en préfecture, M. A, ressortissant marocain a demandé au préfet de la Haute-Loire d'abroger l'arrêté du 30 août 2022 par lequel cette autorité l'a obligé à quitter le territoire français et l'a interdit de retour pour une période de dix-huit mois au motif qu'il doit être entendu lors de l'audience du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay le 23 février 2023. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision du 30 août 2022 prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et au préfet de la Haute-Loire de prendre toutes mesures utiles pour qu'il puisse être présent à cette audience et de lui délivrer un visa et de le réacheminer en France métropolitaine, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance et sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3.En premier lieu, M. A soutient qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de pouvoir assurer de manière effective sa défense devant le juge dès lors que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 8 de la directive n°2016/343 du 9 mars 2016 qui sont directement invocables en que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit pas d'exception à cette interdiction de retour, notamment dans le cas des procédures pénales en cours.

4. D'une part, aux termes de l'article 8 de la directive n° 2016/343 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 : " 1. Les États membres veillent à ce que les suspects et les personnes poursuivies aient le droit d'assister à leur procès. / 2. Les États membres peuvent prévoir qu'un procès pouvant donner lieu à une décision statuant sur la culpabilité ou l'innocence du suspect ou de la personne poursuivie peut se tenir en son absence, pour autant que : / a) le suspect ou la personne poursuivie ait été informé, en temps utile, de la tenue du procès et des conséquences d'un défaut de comparution; ou / b) le suspect ou la personne poursuivie, ayant été informé de la tenue du procès, soit représenté par un avocat mandaté, qui a été désigné soit par le suspect ou la personne poursuivie, soit par l'État. () ". Il résulte de l'arrêt du 15 septembre 2022 de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) dans l'affaire C-420/20 que le paragraphe 2 de l'article 8 de la directive (UE) n° 2016/343 doit être interprété en ce sens qu'il s'oppose à une réglementation d'un Etat membre permettant la tenue d'un procès en l'absence du suspect ou de la personne poursuivie, alors que cette personne se trouve en dehors de cet Etat membre et dans l'impossibilité d'entrer sur le territoire de celui-ci, en raison d'une interdiction d'entrée adoptée à son égard par les autorités compétentes dudit État membre.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. () ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il est loisible à tout étranger résidant hors de France et faisant l'objet d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'en solliciter l'abrogation et ainsi, de se trouver en mesure de demander à être légalement autorisé à revenir en France pour assister à son procès. Par suite, et dès lors que le législateur a prévu des mesures permettant d'autoriser un étranger ayant fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, à enter de nouveau sur le territoire français, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 8 de la directive du 9 mars 2016 précitée ni à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ni à l'encontre du refus implicite d'abroger cette dernière. Au surplus, si M. A a sollicité le 29 septembre 2022 une demande d'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, il résulte toutefois de l'instruction qu'il a effectué cette démarche alors qu'il était toujours présent sur le territoire français et, dès lors et conformément à l'article L. 613-7 précité, sa demande n'était pas recevable.

7. En second lieu, aux termes de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ".

8. Le droit à un procès équitable et à un recours effectif garanti par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas nécessairement que l'étranger soit autorisé à demeurer sur le territoire français pour répondre des procédures juridictionnelles qui le concernent, dès lors, notamment, qu'il dispose comme en l'espèce de la faculté de se faire représenter par un conseil. M. A ni ne soutient ni même n'allègue qu'il ne pourrait pas se faire représenter par son conseil lors de l'audience du 23 février 2023. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que son éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un procès équitable, en violation des stipulations mentionnées ci-dessus de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

9. Il résulte de toute ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'accorder à M. A l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que la requête doit être rejetée comme manifestement mal fondée sur le fondement des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions.

ORDONNE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Clermont-Ferrand, le 16 février 2023.

La juge des référés,

L. BOLLON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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