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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300307

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300307

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEMARS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2300307 les 15 et 22 février 2023 et le 13 mars 2023, M. A B, représenté par Me Demars, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui communiquer son dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Allier a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence dans le département de l'Allier pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français :

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

7°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que sa demande d'asile date du 4 et non du 5 avril 2022 ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que sa demande d'asile date du 4 et non du 5 avril 2022 ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné s'il pouvait prétendre à une régularisation à titre exceptionnel ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses effets sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 15 février 2023.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2300308 les 15 et 22 février 2023 et le 13 mars 2023, Mme C E, représentée par Me Demars, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui communiquer son dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Allier a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a assignée à résidence dans le département de l'Allier pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligée à quitter le territoire français :

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans un délai de vingt-quatre heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

7°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que sa demande d'asile date du 4 et non du 5 avril 2022 ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant retrait de son attestation de demande d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que sa demande d'asile date du 4 et non du 5 avril 2022 ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné si elle pouvait prétendre à une régularisation à titre exceptionnel ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle sera annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses effets sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 15 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 mars 2023 :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- Me Demars, avocat de M. B et de Mme E assistés de M. D interprète.

La préfète de l'Allier n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme E, ressortissants albanais, sont entrés en France le 8 mars 2022, accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par des décisions du 12 août 2022. Par deux arrêtés du 23 janvier 2023, la préfète de l'Allier a procédé au retrait de leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et les a assignés à résidence dans le département de l'Allier pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes, M. B et Mme E demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes présentées par M. B et Mme E sous les n° 2300307 et n° 2300308 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par le présent jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B et Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin de communication de leur dossier :

5. La préfète de l'Allier a versé à l'instance les pièces sur le fondement desquelles ont été pris les arrêtés contestés. Par suite, les conclusions des requérants tendant à la production de leur dossier sont sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par M. Sanz, secrétaire général de la préfecture l'Allier en vertu d'un arrêté de la préfète de l'Allier du 6 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, les décisions portant retrait des attestations de demande d'asile, refus d'un délai de départ volontaire de plus de trente jours et assignation à résidence comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes mêmes des arrêtés en litige que la préfète de l'Allier se serait estimée en situation de compétence liée pour procéder au retrait de l'attestation de demande d'asile dont bénéficiaient les requérants à la suite du rejet de leur demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.

9. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que le préfet a entaché ses arrêtés d'une erreur de fait dès lors qu'ils ont déposé leur demande d'asile le 4 avril 2022 et non le 5 avril 2022, cette erreur constitue une simple erreur matérielle sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de leur situation personnelle doit également être écarté.

10. En cinquième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile ne constitue pas la base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions portant retrait des attestations de demande d'asile doit être écarté comme inopérant.

11. En sixième lieu, les requérants ont pu présenter les observations sur leur situation qu'ils estimaient utiles dans le cadre de l'examen de leur demande d'asile. Ils n'allèguent pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchés de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit pris les arrêtés attaqués. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige ont été pris en méconnaissance de leur droit d'être entendus.

12. En septième lieu, les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions n'ont pas pour objet de leur accorder un droit de se maintenir sur le territoire français, lequel est régi, en ce qui les concerne, par l'article L. 542-2 du code précité.

13. En huitième lieu, l'admission exceptionnelle au séjour, prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constitue pas un cas d'attribution de plein droit d'un titre de séjour. Dans ces conditions et alors que les requérants n'ont pas sollicité leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions et que la préfète n'a pas examiné d'office la possibilité de prononcer une telle admission exceptionnelle mais s'est uniquement fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'erreur de droit.

14. En neuvième lieu, les requérants font valoir qu'ils craignent pour la sécurité de leur famille du fait de menaces dont ils font l'objet en raison d'une somme d'argent dont M. B et son employeur sont redevables, et du fait d'agressions dont ils ont fait l'objet pour cette raison. Toutefois, et alors que l'OFPRA a rejeté leur demande d'asile, les requérants se bornent à produire au soutien de leurs allégations des documents non traduits ainsi que le compte-rendu de leur entretien devant l'OFPRA, ne permettant pas d'établir la réalité et l'actualité de leurs craintes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dixième lieu, si les requérants font valoir que leur fils est scolarisé en France, il ne ressort pas des pièces du dossier ni même n'est allégué qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Albanie. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les requérants n'établissent pas leurs craintes concernant la sécurité de leurs enfants. Enfin, si la préfète ne vise pas l'article 3-1 précité dans la décision contestée, il ressort des pièces du dossier qu'elle a pris en compte la situation des enfants avant de prononcer les mesures d'éloignement en litige. Dans ces conditions, et alors que les arrêtés en litige n'ont pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents, le moyen tiré de l'erreur de droit et d'appréciation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. En onzième lieu, si les requérants soutiennent que les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ils n'assortissent pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

17. En douzième lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants n'établissent pas l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, de sorte que le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions octroyant un délai de départ volontaire de trente jours, refusant d'octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jour, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence doit être écarté.

18. En treizième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Allier a procédé à un examen suffisant de la situation des requérants avant de prendre les décisions refusant d'octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen suffisant de leur situation personnelle doit être écarté.

19. En dernier lieu, les requérants soutiennent que les décisions portant assignation à résidence sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs effets sur leur situation personnelle en ce qu'ils sont parents de deux enfants, dont l'un est scolarisé, si bien qu'il est disproportionné pour eux de devoir se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de Varennes-sur-Allier. Toutefois, ils ne démontrent pas en quoi cette obligation serait incompatible avec leurs obligations familiales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français :

20. En l'espèce, les requérants ne bénéficient plus du droit au maintien sur le territoire français depuis le 12 août 2022, date de la décision de l'OFPRA. Nonobstant la circonstance que les intéressés auraient formé un recours devant la cour nationale du droit d'asile, ils ne produisent en tout état de cause, comme exposé au point 14, aucun élément nouveau suffisamment convaincant justifiant leur maintien sur le territoire jusqu'à ce que la cour se soit prononcée. Par suite, les conclusions susmentionnées aux fins de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement doivent être rejetées.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme E ne sont pas fondés à demander l'annulation, ou à tout le moins, la suspension des arrêtés en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées aux fins d'injonction, d'astreinte et en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B et Mme E sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. B et Mme E sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme C E et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZALa greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos2300307, 2300308

JC

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