mercredi 22 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300322 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHABANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. A B, représenté par Me Chabane, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 7 février 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée d'interdiction de retour ;
2°) d'annuler la décision du 7 février 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours au 191 rue Goncourt à Clermont-Ferrand, lui a fait obligation de se présenter les mardis et vendredis, y compris les dimanches et jours fériés, à 10h00 à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand afin de faire constater qu'il respecte cette décision et lui a interdit de sortir du département du Puy-de-Dôme sans autorisation préalable ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en tout état de cause, de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :
* elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
* elle est entachée d'une erreur de fait ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait du titre de séjour ;
* elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
* elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
* elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
* elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
* elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
* elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
* elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 20 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 février 2023 à 10h, en présence de Mme Petit, greffière d'audience :
- le rapport de M. Debrion, magistrat désigné,
- et les observations de Me Chabane, avocat de M. B, qui a repris le contenu de ses écritures, et a plus particulièrement insisté sur les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, de l'erreur de fait, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) du 27 février 2017. Il s'est vu, par la suite, délivrer une carte de séjour temporaire valable du 7 février 2018 au 6 février 2019, puis une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " valable du 3 avril 2019 au 2 avril 2023. Par une décision du 4 mai 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a mis fin à la protection subsidiaire de M. B en application des dispositions du 3° de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 7 février 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a retiré la carte de séjour pluriannuelle délivrée à M. B, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée d'interdiction de retour. Par une décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours au 191 rue Goncourt à Clermont-Ferrand, lui a fait obligation de se présenter les mardis et vendredis, y compris les dimanches et jours fériés, à 10h00 à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand afin de faire constater qu'il respecte cette décision et lui a interdit de sortir du département du Puy-de-Dôme sans autorisation préalable. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'ensemble des décisions prises à son encontre par le préfet du Puy-de-Dôme le 7 février 2023.
Sur l'étendue du litige :
2. Il appartient au magistrat désigné de ne se prononcer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. Les conclusions relatives à la décision portant retrait du titre de séjour doivent quant à elles être renvoyées à une formation collégiale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant retrait du titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 432-4 de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire (), la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
4. Si le préfet du Puy-de-Dôme indique dans sa décision que M. B a été convoqué le 23 août 2022 afin qu'il puisse présenter ses observations et que l'intéressé n'a pas honoré cette convocation, il ne l'établit pas par les pièces qu'il a produites devant le tribunal et qui ont été enregistrées le 20 février 2023. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant retrait de son titre de séjour est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant retrait du titre de séjour et, par conséquent, à demander l'annulation de la décision du 7 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision.
En ce qui concerne les autres décisions du 7 février 2023 :
6. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination, l'interdisant de retourner sur le territoire français pendant deux ans et l'assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. D'une part, l'annulation des décisions mentionnées au point 6 implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
8. D'autre part, l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans implique également et nécessairement la suppression du signalement de M. B dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par le requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant retrait du titre de séjour du 7 février 2023 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Article 2 : Les décisions du 7 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et assignation à résidence sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.
Le magistrat désigné,
J-M. DEBRIONLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°230032
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026