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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300378

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300378

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2023, M. B A, représenté par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 mars 2023 à 10 heures, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, déclare être entré sur le territoire français le 1er août 2020 et a sollicité l'asile le 22 mars 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 septembre 2021 confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 21 octobre 2022. Par un arrêté du 3 février 2023, la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressé ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté du 3 février 2023 a été signé par Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait, en vertu de l'arrêté de la préfète de l'Allier du 6 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 3 février 2023 par lequel la préfète de l'Allier a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :" L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (). Au sens de ces dispositions, la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire doit être regardé comme définitivement refusé soit à la date de notification de la décision de l'OFPRA en l'absence de recours devant la CNDA, soit, dans l'hypothèse d'un tel recours, dès la lecture en audience publique de la décision de la CNDA, ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci, alors même que cette décision peut encore faire l'objet d'un pourvoi en cassation.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français pour les réfugiés et apatrides le 8 septembre 2021, puis par la cour nationale du droit d'asile le 21 octobre 2022. La circonstance qu'il a déposé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " postérieurement au rejet de sa demande d'asile et, comme le souligne la préfète en défense, après l'expiration du délai imparti par l'ancien article L. 311-6 alors applicable n'est pas de nature à faire obstacle à ce que la préfète l'oblige à quitter le territoire en se fondant sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète de l'Allier n'a pas méconnu les dispositions susvisées en l'obligeant à quitter le territoire français.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant déclare être entré sur le territoire français le 1er août 2020. En se bornant à soutenir qu'il est inséré socialement dans la société française sans l'établir par la production d'aucune pièce et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il n'apporte aucun élément démontrant qu'il a ancré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, M A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement invoquer une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors que cette dernière n'a ni pour objet, ni pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine.

9. En sixième lieu, M. A n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète de l'Allier n'était pas tenue d'examiner d'office si l'intéressé remplissait les conditions prévues par cet article, ce à quoi au demeurant, elle n'a pas procédé. Par suite, M. A ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français.

10. En septième lieu, il ne peut pas davantage se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, lesquelles ne constituent pas des lignes directrices.

11. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M. A ne démontre pas que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

12. En neuvième lieu, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, elle mentionne la nationalité de l'intéressé, que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'un défaut de motivation ni davantage d'un défaut d'examen réel et sérieux, que la préfète a fixé le pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit d'office.

13. La demande d'asile de M. A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Si l'intéressé fait valoir, à l'appui de sa requête, qu'il encoure des risques pour sa personne eu égard aux violences dont il pourrait faire l'objet en Guinée, en raison notamment de son appartenance à l'Union des forces démocratiques de Guinée, il se borne à produire des attestations de psychiatres et une attestation de l'Union des forces démocratiques de Guinée sur son implication dans le mouvement. Ces seuls documents ne sont pas de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle un retour en pays d'origine. Il n'établit pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023. Par voie de conséquence, les conclusions accessoires ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La présidente,

S. C La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300378

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