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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300385

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300385

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 23 février 2023, M. B A, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et associés, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 21 février 2023, portant obligation de quitter le territoire français (OQTF), désignation du pays de renvoi et interdiction de retour (IRTF) " avec toute conséquence de droit quant à la signalisation réalisée au SIS " ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation en l'autorisant à déposer une demande de titre de séjour, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2000 euros, à verser à Me Remedem, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- L'obligation de quitter le territoire français est entachée :

- d'incompétence ;

- d'insuffisance de motivation ;

- de vice de procédure en ce que son interpellation et sa retenue administrative ont été effectuées dans des conditions irrégulières ;

- d'irrégularité de la notification de l'arrêté ;

- de violation de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- La décision fixant le pays de renvoi est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- La décision fixant le pays de renvoi est entachée de méconnaissance du droit d'être entendu, de défaut de motivation, et d'erreur de fait quant à l'inexécution d'une précédente décision d'éloignement.

II- Par une requête enregistrée le 23 février 2023, M. B A, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et associés, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 21 février 2023, portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2000 euros, à verser à Me Remedem, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que cette décision est entachée :

- d'incompétence ;

- de vice de procédure en ce que son interpellation et sa retenue administrative ont été effectuées dans des conditions irrégulières ;

- d'irrégularité de la notification de l'arrêté ;

- d'insuffisance de motivation ;

- d'exception d'illégalité de l'arrêté portant OQTF et interdiction de retour ;

- d'atteinte excessive à sa liberté individuelle et à sa liberté d'aller et de venir ;

- d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Luyckx, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés notamment aux articles L. 776-1 et L. 776-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 février 2023 à 14h :

- le rapport de Mme Luyckx, magistrate désignée,

- les observations de Me Remedem, qui indique s'en rapporter à ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, demande l'annulation des arrêtés du préfet du Puy-de-Dôme, en date du 23 février 2023, portant obligation de quitter le territoire français, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour d'une durée d'un an d'une part, et assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Mme D C, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Puy-de-Dôme dispose, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 3 février 2022, régulièrement publié, d'une délégation à l'effet de signer les deux arrêtés en litige. Le moyen tiré de l'incompétence doit par suite être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

4. L'arrêté attaqué, après avoir visé les dispositions précitées, indique que la demande d'asile de M. A a été rejetée par décision de l'OFPRA en date du 12 novembre 2021, confirmée par décision de la CNDA du 4 juillet 2022, notifiée le 18 juillet suivant, et qu'en conséquence, il ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France. Cet arrêté est par suite suffisamment motivé.

5. Les conditions d'interpellation, de placement en retenue administrative de l'intéressé, opérations de police judiciaire, précédant la notification des arrêtés en litige, de même que les conditions de notification de ces actes, ne sont pas susceptibles d'entacher leur légalité. Par suite, les moyens y relatifs ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que le préfet a pu fonder son arrêté d'OQTF sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code sans commettre d'erreur de droit ni dans l'appréciation de la situation de l'intéressé, alors même que le requérant soutient sans autre précision que cet arrêté emporterait des " conséquences disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale ".

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En se bornant à se prévaloir du fait que, entré en France en décembre 2019, il " a pu dans ce cadre développer d'intenses liens privés et familiaux " sans autre précision, le requérant n'établit pas que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. M. A ne précise pas davantage dans quelle mesure sa situation personnelle ferait obstacle à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, mais se borne à contester le fait qu'il serait défavorablement connu des services de police, motif qui ne constitue toutefois pas le fondement de l'OQTF même si la décision en fait état. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne de la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ", lequel prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Le requérant, qui ne fait d'ailleurs état d'aucun faits précis, n'établit pas qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il se trouverait exposé à un risque réel pour sa personne de subir les traitements prohibés par les stipulations précitées. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision serait insuffisamment motivée ni entachée de défaut d'examen sur ce point.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. "

13. En premier lieu, le requérant ne justifie pas avoir été privé de manière effective de son droit d'être entendu préalablement à la mesure d'interdiction de retour, ne précisant pas quels éléments auraient pu être utilement portés à la connaissance de l'autorité en vue qu'elle s'abstienne de prendre une telle mesure, et alors qu'il ressort des énonciations de l'arrêté qu'il a été auditionné par les services de police lors de sa retenue administrative.

14. En second lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet n'était pas dans l'obligation de prendre une décision d'interdiction de retour, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 612-8 applicables aux OQTF avec délai, ni n'est fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée alors qu'il ressort des motifs énoncés qu'il " ne justifie d'aucune circonstance particulière qui pourrait (en) empêcher le prononcé ", et que son entrée est récente, qu'il ne dispose pas de liens effectifs sur le territoire français. Contrairement à ce qu'il soutient la décision n'indique pas qu'il se serait soustrait à une précédente OQTF.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, désignation du pays de renvoi et interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

16. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "

17. Il résulte de ce qui a été dit au sujet de la légalité de l'arrêté portant OQTF que l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas privé de base légale, ni entaché d'incompétence de son signataire. Le requérant ne peut utilement se prévaloir, en tout état de cause, de l'illégalité de l'IRTF qui ne constitue pas la base légale de l'assignation.

18. Cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est dès lors suffisamment motivé.

19. Si l'arrêté contesté contraint le requérant à se présenter à l'hôtel de police tous les jours à 9h00, il n'établit pas en quoi cette mesure, s'appliquant au demeurant tant que l'intéressé n'a pas exécuté la mesure d'éloignement, porterait une atteinte excessive à ses libertés.

20. M. A se borne à se prévaloir de sa " situation personnelle ", sans préciser en quoi celle-ci ferait obstacle à l'application de la décision contestée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit en conséquence être écarté.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 21 février 2023. Par suite ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

22. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte également de son article 7 que " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement. "

23. Il résulte des motifs du présent jugement que la requête ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés ou inopérants et des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par conséquent, il y a lieu de rejeter la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A en raison d'une action manifestement infondée.

Sur les frais du litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Décision mise à disposition auprès du greffe le 28 février 2023.

La magistrate désignée,

N. LUYCKX

La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2-2300386

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