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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300579

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300579

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2023 et le 21 mars 2023, M. D C A, représenté par Me Gauché, avocat (AARPI Ad'Vocare), demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée d'un an, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder sans délai à l'effacement de son inscription au fichier dénommé système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C A soutient :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;

- qu'elle est entachée d'erreurs de fait ;

- qu'elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale en France ;

- qu'elle n'a pas été précédée d'une nouvelle saisine du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration par l'autorité préfectorale ;

- qu'elle est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où l'autorité préfectorale s'est estimée en situation de compétence liée ;

- qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il existe un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- qu'elle est entachée d'incompétence ;

- qu'elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- qu'elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;

- qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme et à la préfète de l'Allier, qui n'ont pas présenté d'observation.

M. C A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Demars, avocat, représentant M. C A, qui a repris les moyens de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 16 mars 2023, la préfète de l'Allier a obligé M. C A, ressortissant de la République démocratique du Congo, à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée d'un an, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par un arrêté distinct, daté du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a assigné l'intéressé à résidence pour la durée de 45 jours. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Selon les dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par sa requête, M. C A demande à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer en application des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. La seule circonstance que l'autorité préfectorale ne produit pas en défense d'éléments susceptibles d'établir la compétence du signataire de l'arrêté en litige ne permet pas, en elle-même, de le regarder comme étant entaché d'incompétence alors qu'il ressort des mentions de cet arrêté qu'il a été signé par M. Sanz, sur le fondement d'une délégation de signature datée du 6 mars 2023, dont il n'est pas allégué qu'elle aurait été irrégulièrement publiée, conférée à cet agent, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, par la préfète dudit département. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire en litige ne peut qu'être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C A, notamment eu égard à son état de santé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

6. Le requérant fait valoir qu'il a interjeté appel du jugement du tribunal rendu le 18 octobre 2022 rejetant son recours dirigé contre les décisions de refus de titre de séjour et d'éloignement prises à son encontre par arrêté du 2 mars 2022. Toutefois, contrairement à ses allégations, cette circonstance ne tend pas, par elle-même, à corroborer que la préfète de l'Allier aurait commis une erreur de fait en relevant le séjour irrégulier en France de M. C A.

7. Il découle de ce qui a été énoncé au point 5 du présent jugement que l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme étant entaché d'erreur de fait au motif que contrairement à ce qu'indiquent ses mentions, la préfète de l'Allier n'a pas procédé à un examen réel et complet de la situation personnelle de M. C A.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

9. M. C A expose qu'il souffre de dépression, d'un syndrome de stress post-traumatique, d'un diabète de type II, d'hypertension artérielle et de tuberculose, au titre desquels il suit en France un traitement médical lourd et qu'il n'aura pas accès à un traitement médical effectif dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort de l'avis émis le 6 janvier 2022 par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que, si l'état de santé de M. C A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et voyager sans risque vers ce dernier. Or, si le docteur B a mentionné dans un certificat daté du 15 mai 2019 que l'intéressé ne pouvait pas bénéficier d'une prise en charge psychiatrique, psychologique et médicamenteuse dans son pays d'origine, cette attestation n'est assortie d'aucune précision permettant de l'appuyer. En outre, aucun des autres éléments médicaux produits devant le tribunal par M. C A tenant tant à son état de santé personnel, qu'à la description des caractéristiques du système de santé de la République démocratique du Congo et à la nature des médicaments qui lui sont prescrits, ne tend à infirmer l'avis du collège des médecins de l'OFII du 6 janvier 2022 selon lequel il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant la mesure d'éloignement en litige, la préfète de l'Allier aurait méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. M. C A fait valoir que la préfète de l'Allier n'a pas sollicité l'avis du collège des médecins de l'OFII avant d'adopter l'obligation de quitter le territoire en litige. À l'appui de ce moyen l'intéressé a précisé, lors de l'audience, que l'autorité préfectorale ne pouvait s'en tenir à l'avis du collège des médecins de l'OFII du 6 janvier 2022 et devait saisir à nouveau cet organisme en vue de disposer d'un document actualisé lui permettant d'apprécier son état de santé à la date d'édiction de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Toutefois, il n'est pas allégué par le requérant et ne ressort pas des pièces du dossier que l'évolution de sa situation médicale depuis le 6 janvier 2022 aurait nécessité une nouvelle consultation du collège des médecins de l'OFII alors, de surcroît, que lors de sa retenue administrative, M. C A ne s'est prévalu d'aucune considération significative quant à son état de santé et a déclaré au gendarme en charge de son audition qu'il avait " subi une opération au niveau des parties génitales ", qu'il était suivi pour du diabète et qu'il avait eu " par le passé des problèmes psychologiques " en ajoutant " maintenant ça va ". Dès lors, le moyen tiré du défaut de saisine préalable du collège des médecins de l'OFII ne peut qu'être écarté.

11. Contrairement à ce que soutient le requérant la seule mention, dans l'arrêté en litige, de ce que le jugement du tribunal du 18 octobre 2022 avait " confirmé " l'arrêté du 2 mars 2022 l'obligeant à quitter le territoire français et quand bien même l'autorité préfectorale n'a pas cité le jugement du 25 février 2020 annulant une précédente mesure d'éloignement en date du 25 mars 2019, ne tend pas à corroborer que la préfète de l'Allier se serait estimée à tort en situation de compétence liée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé M. C A à quitter le territoire français n'a pas pour objet ou pour effet de le contraindre à regagner son pays d'origine, où il allègue encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

13. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de délai de départ volontaire doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus pour écarter le même moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, énoncés précédemment au point 4 du présent jugement.

14. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre le refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

15. Le moyen tiré de l'incompétence de la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus pour écarter le même moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, énoncés précédemment au point 4 du présent jugement.

16. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.

S'agissant de l'interdiction de retour :

17. Le moyen tiré de l'incompétence de l'interdiction de retour doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus pour écarter le même moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, énoncés précédemment au point 4 du présent jugement.

18. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

S'agissant de l'assignation à résidence :

19. Le requérant soutient que la préfète de l'Allier ne justifie pas de la compétence du signataire de l'assignation à résidence en litige dès lors qu'elle a été signée par M. Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier. Par suite, M. C A ne peut être regardé comme contestant sérieusement la compétence du signataire de l'assignation à résidence attaquée dans la mesure où celle-ci a été édictée par le préfet du Puy-de-Dôme et signée par M. Lenoble, secrétaire général de la préfecture de ce département. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, tel que soulevé par le requérant, ne peut qu'être écarté.

20. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre l'assignation à résidence doit être écarté.

21. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C A, notamment eu égard à son état de santé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

22. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable () ".

23. M. C A soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il dispose de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il réside à Clermont-Ferrand de manière stable depuis deux ans, qu'il y est suivi régulièrement par plusieurs médecins en raison de son état de santé et que son recours devant la Cour administrative d'appel de Lyon est toujours pendant devant cette juridiction. Toutefois, l'application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas subordonnée à l'existence de garanties de représentation par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tel que soulevé par le requérant, doit être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 mars 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée d'un an, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, ni l'annulation de la décision du même jour par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance :

26. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 que le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées sur le fondement desdites dispositions doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C A, à la préfète de l'Allier et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le magistrat désigné,

G. JURIE

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300579

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