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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300600

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300600

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 mars et

11 avril 2023, Mme B A, représentée par la SCP Blanc, Barbier, Vert, Remedem et associés, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 février 2023 par laquelle le préfet du

Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter aux services de police les mercredis et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer son droit au séjour et de l'autoriser à déposer une demande de titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée en l'absence d'éléments de fait et de droit et au regard d'une motivation stéréotypée, la décision ne faisant ni mention de la naissance de sa fille ni de la demande de titre de voyage au bénéfice de cette dernière ;

- la décision méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) portant rejet de sa demande d'asile ne lui ayant pas été notifiée pour des raisons de santé, elle dispose toujours d'un droit au maintien sur le territoire français ;

- la décision méconnaît l'article L. 431-2 du même code dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de déposer un dossier de demande de titre de séjour ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme ne s'est nullement attaché à s'assurer de sa sécurité personnelle en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle ne prend pas en considération la situation de sa fille issue d'une union avec un ressortissant sierra-léonais bénéficiant de la qualité de réfugié, une telle décision nuisant aux intérêts de la cellule familiale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence d'examen de sa situation personnelle et notamment au regard des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas réalisé un examen particulier de sa situation personnelle.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle entend transposer les moyens évoqués plus avant dans sa contestation de la décision portant assignation à résidence ;

- elle est disproportionnée dès lors que le préfet ne justifie ni de l'intérêt ni du bien-fondé de la décision ;

- elle est illégale dès lors que le préfet n'a pas entendu justifier la durée de l'assignation à résidence ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de la vie privée et familiale.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces le 7 avril 2023.

Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 13 avril 2023 à 10h00 en présence de M. Morelière, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Bader-Koza présidente ;

- Me Remedem, avocat de Mme A.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante sierra-léonaise, est entrée sur le territoire français le 31 janvier 2022 et s'est vue refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 octobre 2022. Par une décision du 23 février 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter aux services de police les mercredis et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant elle, par la Cour nationale du droit d'asile. En l'absence d'une telle notification, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier que la décision portant rejet de la demande d'asile a été régulièrement notifiée à l'intéressé, le cas échéant en sollicitant la communication de la copie de l'avis de réception auprès de la cour.

6. Mme A fait valoir que la décision en litige méconnaît les dispositions précitées, dès lors qu'en l'absence de notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides portant rejet de sa demande d'asile du 27 octobre 2022, elle disposait toujours, à la date de la décision en litige, du droit de se maintenir sur le territoire français.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a, par un courrier simple du 23 janvier 2023, sollicité auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une nouvelle notification de la décision portant rejet de sa demande d'asile du

27 octobre 2022 en évoquant les raisons de santé pour lesquelles elle n'avait pu accuser réception du pli adressé le 30 novembre 2022. En l'absence de réponse, la requérante a renouvelé cette demande par courriel du 29 mars 2023 auquel l'office précité a répondu par un courrier du 30 mars 2023 valant nouvelle notification de la décision de rejet du

27 octobre 2022. Il ressort également des pièces du dossier, qu'à la suite de cette nouvelle notification, la requérante a sollicité, le 5 avril 2022, le bénéfice de l'aide juridictionnelle pour l'introduction d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors même que le préfet du Puy-de-Dôme n'établit pas que Mme A a été régulièrement informée de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides notamment par la production du relevé des informations de la base de données " Telemofpra " dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire en vertu des dispositions précitées de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit, la requérante est fondée à soutenir qu'elle bénéficiait, en application des dispositions de l'article L. 542-1 dudit code, d'un droit à se maintenir sur le territoire français à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français en l'absence d'une décision de rejet définitive de sa demande d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 23 février 2023 par laquelle le préfet

du Puy-de-Dôme a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jour, a fixé le pays de renvoi, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec obligation de se présenter aux services de police les mercredis et l'a interdite de retour sur le territoire français est entachée d'illégalité et doit donc être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article

L.541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ".

10. Le présent jugement, qui annule l'obligation faite à l'intéressée de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi et la décision l'interdisant de retour sur le territoire français, n'implique pas nécessairement le réexamen de la situation de Mme A. En revanche, il implique nécessairement, en application de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet

du Puy-de-Dôme procède, sans délai, au renouvellement de l'attestation de demande d'asile de Mme A. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Ainsi qu'il a été dit au point 3, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Remedem de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 23 février 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a obligée Mme A à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter les mercredis au service de police et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de renouveler, sans délai, l'attestation de demande d'asile de Mme A.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Remedem renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Remedem une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

AA

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