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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300751

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300751

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMETIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Metivier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Puy-de-Dôme sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son contrat de travail est suspendu depuis le 20 janvier 2023 dans l'attente de la régularisation de sa situation ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 7 mai 2021 ; cette demande a été implicitement rejetée au terme d'un délai de quatre mois sans prise de décision en application des articles R. 431-1 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; par lettre recommandée avec accusé de réception reçue le 29 septembre 2022, elle a demandé la communication des motifs de cette décision implicite de rejet ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle justifie d'une insertion professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 12 avril 2023.

Mme C épouse B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 26 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 avril 2023 sous le numéro 2300752 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 26 avril 2023 à 9h45 en présence de Mme Petit, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- et Me Métivier avocate de Mme C qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante kosovare, est entrée régulièrement en France le 9 janvier 2015 accompagnée de son époux et de ses enfants. Mme C a été titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 2 août 2021. Le 7 mai 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et s'est vue délivrer des récépissés de sa demande de titre de séjour dont le dernier était valable jusqu'au 20 octobre 2022. Par courrier recommandé du 23 septembre 2022, dont la préfecture du Puy-de-Dôme a accusé réception le 29 septembre 2022, Mme C a demandé les motifs de la décision implicite de rejet prise à son encontre. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Puy-de-Dôme sur sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable de 2019 à 2020 puis renouvelé du 3 août 2020 au 2 août 2021. Mme C a fait une demande de renouvellement de son titre de séjour le 7 mai 2021. S'il résulte de l'instruction que le préfet du Puy-de-Dôme a délivré un nouveau récépissé valable du 20 janvier au 19 avril 2023, il ne fait cependant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". En vertu de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Enfin, aux termes des articles L. 112-3 et L. 112-6 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception " et " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C a été réceptionnée le 7 mai 2021 par les services de la préfecture du Puy-de-Dôme. En l'absence de réponse dans un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est née. Par une lettre du 23 septembre 2022, reçue le 29 septembre 2022 par les services de la préfecture du Puy-de-Dôme, Mme C a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande. Elle soutient également sans être utilement contredite qu'elle n'a pas reçu de réponse à cette demande. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision expresse aurait confirmé ce refus implicite, Mme C est fondée à soutenir, qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré d'un défaut de motivation de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

9. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Clermont-Ferrand, le 28 avril 2023.

La présidente du tribunal,

juge des référés

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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