lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SHVEDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, M. A B, représenté par Me Shveda, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 27 mars 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre " au préfet de l'Allier " de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas célibataire ;
- il relève des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son épouse bénéficie d'un statut protecteur ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend, si bien qu'il n'a pas pu présenter ses observations en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard du 7° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garantit par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son épouse en France bénéficie d'un statut protecteur l'empêchant de retourner en Géorgie ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- l'administration ne lui a pas donné de temps pour présenter une nouvelle demande de titre de séjour ;
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
- un délai de départ volontaire supérieur à trente jours peut être accordé eu égard à sa situation, en vertu de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 13 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 mai 2023 :
- le rapport de Mme C,
- Me Shveda, avocate de M. B.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, est entré en France le 19 mai 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 27 juillet 2022, et par la Cour nationale du droit d'asile le 4 novembre 2022. Par une décision du 27 mars 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en litige comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le préfet n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances propres à sa situation, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. En tout état de cause, M. B a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit prise la décision attaquée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 7° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant étranger relevant du 2°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage ; () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2021. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il relève des dispositions du 7° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est déclaré en concubinage à l'enregistrement de sa demande d'asile, que sa conjointe s'est présentée comme étant divorcée, et que lui et sa conjointe ne partagent un logement que depuis le 4 avril 2022. Si l'intéressé produit un acte de mariage en date du 31 mars 2018 avec Mme D, ressortissante géorgienne qui a obtenu le statut de réfugiée, il ressort des pièces du dossier et en particulier des explications apportées pendant l'audience publique, que M. B et son épouse ont volontairement dissimulé l'existence de leur couple auprès de l'administration en raison de craintes de représailles de la part de l'ex-mari de cette dernière. Ainsi, quand bien même un acte de mariage est produit à l'instance, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'erreur de fait en ce qu'elle retient qu'il est célibataire.
10. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. B est entré récemment en France et n'établit pas l'ancienneté de sa vie commune avec Mme D avant le 4 avril 2022. A cet égard, le requérant a déclaré être arrivé en France le 19 mai 2021, avoir quitté son pays en août 2008, avoir demandé l'asile en Allemagne où ses empreintes ont été relevées en février 2016, être concubin de Mme D, demandeuse d'asile en Italie, et être père d'une enfant, appelée Mariam B, demandeuse d'asile en Italie. Il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été enregistrée au guichet unique le 28 mai 2021 et a été traitée initialement en procédure Dublin. En revanche, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de premier entretien du 1er septembre 2021, que Mme D, a déclaré quant à elle être arrivée en France en août 2021, être divorcée, sans enfant, après avoir sollicité l'asile en Italie, où elle a été identifiée le 4 juin 2019. En outre, il n'établit pas davantage participer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant de son épouse, née d'une précédente union. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale telle que garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. En septième lieu, M. B soutient qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours peut être accordé au requérant eu égard à sa situation personnelle. Il ne précise toutefois pas l'existence de circonstances nécessitant que le préfet lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. En huitième lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne fait pas état des risques d'atteintes graves constitutives de traitements inhumains ou dégradants dont il ferait l'objet. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
En ce qui concerne plus particulièrement l'interdiction de retour sur le territoire :
14. Il est constant que M. B n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieurement. L'interdiction de retour, qui ne se justifie pas au regard d'autres critères, ne permettrait en outre pas à l'intéressé de rendre visite à son épouse, avec laquelle la communauté de vie est attestée depuis un an, le statut de réfugiée (protection subsidiaire) en France fait obstacle à ce qu'elle se rende dans son pays d'origine. Compte tenu des effets attachés à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, impliquant un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, le préfet du Puy-de-Dôme a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, d'annuler la décision du 27 mars 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a interdit à M. B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Eu égard au motif d'annulation retenu, et alors qu'en tout état de cause, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B sont mal dirigées, l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.
Sur les frais d'instance :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 27 mars 2023 du préfet du Puy-de-Dôme, en tant qu'elle interdit M. B de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.
La présidente,
S. CLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2300804
JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026