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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300808

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300808

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantDMMJB AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. et Mme E... demandant l'annulation du refus du maire d'Orcet de dresser un procès-verbal d'infraction pour des travaux de terrasse et piscine réalisés par leurs voisins. Le tribunal a jugé que la décision du maire, prise au nom de l'État, n'était pas entachée d'illégalité, les requérants n'établissant pas que les travaux constituaient une infraction aux règles d'urbanisme. La solution s'appuie sur les dispositions des articles L. 480-1 et L. 480-4 du code de l'urbanisme, qui encadrent le pouvoir de verbalisation du maire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 avril 2023, le 25 août 2023 et le 28 février 2024, M. et Mme C... E..., représentés par la SCP Teillot et associés, Me Marion, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le maire d’Orcet a, au nom de l’Etat, rejeté leur demande tendant à ce qu’il soit dressé procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme des travaux de construction d’une terrasse surélevée sur pilotis et d’une piscine hors sol ;

2°) d’annuler la décision du 31 janvier 2023 par laquelle le maire d’Orcet a refusé de dresser procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme de ces travaux ;

3°) d’enjoindre au maire d’Orcet, agissant au nom de l’Etat, de dresser procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme de ces travaux, dans un délai de 15 jours à compter du prononcé du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que le maire est tenu, conformément aux dispositions des articles L. 480-1 et L. 480-4 du code de l’urbanisme, de dresser procès-verbal des infractions aux règles d’urbanisme : en l’espèce, l’infraction est constituée dès lors, d’une part, que les travaux de construction d’une piscine hors sol et d’une terrasse forment un projet unique et auraient dû faire l’objet d’un permis de construire, d’autre part, les déclarations préalables déposées n’ont pas été respectées.



La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Par des mémoires enregistrés le 6 juin 2023 et le 30 novembre 2023, M. A... B... et Mme D... F..., représentés par Me Amela-Pelloquin, concluent au rejet de la requête et, en outre, à la condamnation de M. et Mme E... à la somme de 5 000 euros à titre d’amende pour recours abusif sur le fondement de l’article R. 741-12 du code de justice administrative et à ce que soit mis à leur charge la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête ;
- la requête est tardive ;
- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 11 août 2023 et le 30 novembre 2023, la commune d'Orcet, représentée par la SELARL DMMJB avocats, Me Juilles, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme E... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
il n'y a plus lieu de statuer sur la requête ;
les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 11 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur les moyens relevés d’office tirés de l’irrecevabilité d’une part, des conclusions aux fins d’annulation du « procès-verbal du 31 janvier 2023 » présentées par les requérants, un tel acte ne faisant pas grief et, d’autre part, des conclusions reconventionnelles présentées par Mme F... et M. B... tendant à la condamnation des requérants pour requête abusive, de telles conclusions étant irrecevables en recours pour excès de pouvoir et ne rentrent pas dans les prévisions de l’article L. 600-7 du code de l’urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Perraud,
- les conclusions de M. Nivet, rapporteur public,
- et les observations de Me Roy, représentant M. et Mme E..., G..., représentant la commune d’Orcet et de Me Amela-Pelloquin, représentant M. B... et Mme F....



Considérant ce qui suit :

M. A... B... et Mme D... F... ont obtenu, les 23 septembre 2021 et 12 octobre 2021, deux décisions de non-opposition à déclaration préalable pour la réalisation, d’une part, d’une piscine hors sol surmontée d’un abri et, d’autre part, d’une terrasse en bois sur pilotis. Par un courrier du 16 janvier 2023, M. et Mme C... E..., voisins, ont demandé au maire d’Orcet qu’il soit dressé procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme. Par la présente requête, ils sollicitent l’annulation de la décision implicite du maire qui a rejeté leur demande, ensemble l’annulation du document intitulé procès-verbal de visite du 31 janvier 2023 établi par ce dernier au terme duquel cette autorité a décidé qu’il n’y avait pas lieu de dresser un procès-verbal d’infraction aux règles du code de l’urbanisme.

Sur les conclusions tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet :

A la suite de la demande de M. et Mme E... du 16 janvier 2023 tendant à ce que soit dressé procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme des travaux de construction d’une terrasse et d’une piscine réalisés par M. B... et Mme F..., le maire d’Orcet a établi, le 31 janvier 2023, un document intitulé « procès-verbal de visite » aux termes duquel il constate qu’« il n’y a pas lieu de dresser un procès-verbal d’infraction au code de l’urbanisme ». Ainsi, par ce document, le maire d’Orcet doit être regardé comme ayant rejeté la demande de M. et Mme E.... Les conclusions présentées par les requérants tendant à l’annulation de la décision par laquelle le maire d’Orcet a implicitement refusé de dresser procès-verbal d’infraction doivent dès lors être regardées comme dirigées contre la décision du 31 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d’annulation du « procès-verbal de visite » du 31 janvier 2023 :

En ce qui concerne l’exception de non-lieu à statuer opposée :

Ainsi qu’il a été dit ci-dessus, M. et Mme E... ont demandé, par courrier du 16 janvier 2023, à ce qu’il soit dressé procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme des travaux de construction d’une terrasse et d’une piscine réalisés par M. B... et Mme F.... Le maire d’Orcet a, par un procès-verbal de visite du 31 janvier 2023, décidé qu’il n’y avait pas lieu de dresser procès-verbal d’infraction. Par suite, l’exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :

D’une part, il ressort des pièces du dossier que la décision du maire de ne pas dresser procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme n’a pas été notifiée aux requérants ou portée à leur connaissance avant sa production, en cours d’instance, par la commune d’Orcet. Dès lors, les conclusions tendant à l’annulation de cette décision ne peuvent être regardées comme étant tardives.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle des requérants est contiguë au terrain d’assiette des travaux entrepris par M. B... et Mme F.... Dès lors, les requérants disposent d’un intérêt pour agir à l’encontre du refus du maire d’Orcet de ne pas dresser procès-verbal d’infraction aux règles d’urbanisme des travaux réalisés par M. B... et Mme F....



En ce qui concerne la légalité de la décision du 31 janvier 2023 portant refus de dresser procès-verbal d’infraction aux règles du code de l’urbanisme :

Aux termes de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme : « (…) Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal (…) ». Aux termes de l’article L. 480-4 du même code alors applicable : « Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros (…) ».

Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de faire dresser un procès-verbal en application de l’article L. 480-1 du code de l’urbanisme lorsqu’il a connaissance d’une infraction mentionnée à l’article L. 480-4, résultant soit de l’exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées et d’en transmettre une copie au ministère public.

D’une part, la circonstance, à la supposer établie, que les travaux auraient dû faire l’objet d’un permis de construire, n’est pas de nature à constituer une infraction au sens des dispositions précitées de l’article L. 480-4 du code de l’urbanisme.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B... et Mme F... ont obtenu, les 23 septembre 2021 et 12 octobre 2021, deux décisions de non-opposition à déclaration préalable pour la construction d’une piscine hors sol couverte de 19,84 m2 de surface et de 175 cm de hauteur, d’une part et pour la construction, non contigüe, d’une terrasse en bois sur pilotis d’une superficie de 15 mètres carrés et d’une hauteur moyenne de 80 cm, d’autre part. A la suite d’une visite effectuée sur place, le maire d’Orcet a décidé, le 31 janvier 2023, qu’« il n’y a pas lieu de dresser un procès-verbal d’infraction au code de l’urbanisme ». Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des photographies jointes au procès-verbal de visite du 31 janvier 2023 que la piscine hors sol est entourée d’une terrasse en bois sur pilotis allant jusqu’à la limite séparative de la propriété des requérants et jusqu’au mur séparant la propriété de la voie publique. Elle est également prolongée d’une plage en bois située à la même hauteur que la piscine. Compte-tenu de la configuration de cette plage et de sa hauteur, au même niveau que la piscine, et malgré l’espacement constaté par le maire entre, d’une part cette plage et la piscine, d’autre part entre cette plage et le mur de clôture, dû au retrait, pour les besoins de la cause, d’une lame de terrasse, celle-ci a vocation à prolonger la piscine en servant de plage aux utilisateurs de celle-ci. Dès lors, en ne relevant pas que les constructions de la piscine et de la terrasse ne correspondaient pas aux déclarations préalables déposées, le maire d’Orcet a entaché sa décision, d’une erreur de droit. Les infractions aux dispositions de l’article L. 480-4 du code de l’urbanisme étant matériellement établies à la date de la décision contestée, le maire d’Orcet était tenu, en sa qualité d’agent de l’Etat, d’en dresser un procès-verbal en application de l’article L. 480-1 du même code.

Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l’annulation de la décision du 31 janvier 2023 par laquelle le maire d’Orcet a refusé de dresser procès-verbal aux règles d’urbanisme pour la réalisation, en méconnaissance des décisions de non-opposition à déclaration préalable des 23 septembre 2021 et 12 octobre 2021, des travaux relevés au point précédent.

Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

Eu égard au motif d’annulation, il y a lieu d’enjoindre au maire d’Orcet, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, de dresser procès-verbal d’infraction aux dispositions de l’article L. 480-4 du code de l'urbanisme précédemment exposées, des travaux relevés au point 9 et d’en transmettre sans délai une copie au procureur de la République. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu, d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée par les requérants.

Sur l’amende pour recours abusif :

Aux termes de l’article R. 741-12 du code de justice administrative : « Le juge peut infliger à l’auteur d’une requête qu’il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ».

La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de M. B... et de Mme F... tendant à ce que M. et Mme E... soient condamnés à une telle amende sont irrecevables et ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ».

D’une part, la commune d’Orcet, qui n’est pas partie à l’instance, n’est pas fondée à ce qu’il soit mis à la charge des requérants une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D’autre part, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme E..., qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que M. B... et Mme F... demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme E... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire du 31 janvier 2023 portant refus de dresser procès-verbal d’infraction aux dispositions de l’article L. 480-4 du code de l'urbanisme est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire d’Orcet de dresser, au nom de l’Etat, procès-verbal d’infraction aux dispositions de l’article L. 480-4 du code de l’urbanisme pour la réalisation, en méconnaissance des décisions de non-opposition à déclaration préalable des 23 septembre 2021 et 12 octobre 2021, des travaux relevés au point 9 du présent jugement, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, et d’en transmettre sans délai une copie au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand.

Article 3 : L’Etat versera à M. et Mme E... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C... E..., à la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, à M. A... B... et à Mme D... F... et à la commune d’Orcet.

Une copie sera transmise à la préfète du Puy-de-Dôme et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand.


Délibéré après l'audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente
Mme Bentéjac, présidente,
M. Perraud, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.

Le rapporteur,

G. PERRAUD

La présidente,

S. BADER-KOZA

La greffière,





C. PETIT


La République mande et ordonne à la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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