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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300819

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300819

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEMARS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 19 et 26 avril 2023 et le 2 mai 2023, M. C A, représenté par Me Demars, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation temporaire de demande d'asile, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui remettre une attestation temporaire de demande d'asile, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 4 du règlement n°604-2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 5 du règlement n°604-2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il n'est pas établi qu'il s'est vu délivrer un visa de la part des autorités allemandes ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que l'arrêté précise qu'une attestation de demande d'asile lui a été délivrée le 6 janvier 2023 alors que ce document lui a été remis le 6 février 2023 ;

- il méconnaît les stipulations des articles 23 et 25 du règlement n°604-2013

du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 17 du règlement n°604-2013 du 26 juin 2013 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 mai 2023 à 10h, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée :

- le rapport de Mme E,

- Me Demars, avocat de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 28 décembre 2022, pour y demander l'asile. La consultation du fichier européen VIS a fait apparaître que le requérant était titulaire d'un visa délivré par les autorités allemandes, valide du 20 mars 2022 au 19 septembre 2022 lui ayant permis de pénétrer sur le territoire des Etats membres. Les autorités allemandes ont, par suite, été saisies le 16 février 2023 d'une demande de reprise en charge en application des dispositions de l'article 12 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Les autorités allemandes ont expressément accepté, le 2 mars 2023, de reprendre en charge l'intéressé, en application de l'article 22 du règlement européen (UE) n° 604/2013. Par un arrêté du 7 avril 2023, la préfète du Rhône a décidé de le transférer vers l'Allemagne pour l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 mars 2023, régulièrement publié le 31 mars 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône, le préfet du Rhône a donné délégation à Mme B, adjointe à la chef du " pôle régional Dublin ", en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les " mesures afférentes au transfert des demandeurs d'asile placés sous procédure Dublin ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A.

4. En troisième lieu, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile à la préfecture du Puy-de-Dôme le 6 janvier 2023, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées dans une langue que l'intéressé a déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et contiennent l'intégralité des informations prévues par cet article. Enfin, elles ont été remises à M. A le

6 janvier 2023, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. D'autre part, et alors qu'aucune disposition n'impose de mentionner dans le compte-rendu la durée de l'entretien, ce dernier a été réalisé à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile et a donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé signé par M. A, lequel a bénéficié du concours d'un interprète agréé en langue turque et a pu faire valoir les informations utiles sur sa situation familiale. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, ni qu'il aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de cet entretien mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Puy-de-Dôme ", sans que l'intéressé ne présente d'élément de nature à contredire ces mentions. Il suit de là que celui-ci s'est vu dûment délivrer les informations prescrites à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et a été reçu à un entretien individuel dans les conditions prescrites à l'article 5 du même règlement. La seule circonstance que la préfète du Rhône n'a pas répondu à la demande de communication de " l'attestation d'interprétariat " ne saurait constituer un début de preuve d'une méconnaissance des garanties précitées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, et d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du résultat du système Visabio produit en défense que M. A s'est vu délivrer le 22 février 2022 un visa par les autorités allemandes, valide du 20 mars au 19 septembre 2022. Par suite, le requérant, qui ne produit pas la copie de son passeport, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'erreur de fait.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. A s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 6 février 2023, il s'agissait alors du premier renouvellement de l'attestation qui lui avait été délivrée le 6 janvier 2023, date de premier enregistrement en guichet unique. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'erreur de fait.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la préfète du Rhône a obtenu, le 6 janvier 2023, le résultat de la consultation des données du système Visabio l'informant de ce que M. A disposait d'un visa délivré par les autorités allemandes et valide du 20 mars au 19 septembre 2022 et, d'autre part, que les autorités allemandes ont reçu, le

16 février 2023, une requête aux fins de reprise en charge concernant le dossier enregistré sous le numéro FRDUB19930673855-690, attribué à M. A. Il ressort ainsi des pièces du dossier que les autorités allemandes ont été saisies d'une requête aux fins de reprise en charge de M. A dans le délai de deux mois prévu par les dispositions de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, les autorités allemandes ont explicitement accepté cette demande de reprise en charge le 2 mars 2023, soit dans le délai de deux semaines prévu par les dispositions de l'article 25 du même règlement. Par suite, le moyen tiré de ce que la requête aux fins de reprise en charge de M. A n'aurait pas été réalisée ni acceptée par les autorités allemandes dans les conditions prévues par les articles 23 et 25 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France très récemment le 28 décembre 2022. S'il se prévaut de la circonstance qu'il est hébergé par son cousin, et que d'autre proches résident dans le périmètre de la commune de Clermont-Ferrand, il ne précise pas ses liens avec les trois personnes citées. Au demeurant, il ressort des termes du résumé de son entretien individuel qu'il déclare n'avoir aucun autre membre de sa famille en France. Ainsi, la seule présence de ces proches ne permet pas de considérer qu'en décidant la remise du requérant aux autorités allemandes, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, quand bien même l'intéressé ne disposerait pas par ailleurs d'attaches familiales en Allemagne et ce, alors qu'il a lui-même sollicité un visa auprès des autorités allemandes. Pour les mêmes motifs, il n'est pas plus fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté par lequel la préfète du Rhône a ordonné son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté en litige doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

11. Il résulte des points précédents que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A ne sont assorties que de nombreux moyens de légalité externe manifestement infondés, de moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou qui ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du

10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La présidente,

S. ELe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2300819

JC

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