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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2300894

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2300894

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2300894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVAZ DE AZEVEDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mai 2023, M. A E, représenté par Me Vaz de Azevedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mai 2023 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler la décision du 1er mai 2023, notifiée le même jour à 15h00, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle révélé par des erreurs et omissions en ce qu'il n'est pas entré irrégulièrement en France, qu'il a déposé en juillet 2019 une demande de titre de séjour et a un enfant avec sa compagne ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit avec sa conjointe avec laquelle il a eu un enfant dont il assure l'entretien et l'éducation et est impliqué dans la famille de sa compagne ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il sera séparé de son enfant ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'arrêté portant l'obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant.

Des pièces communiquées par le préfet du Puy-de-Dôme ont été enregistrées le 4 mai 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité compétente ;

- il est suffisamment motivé ;

- le requérant ne justifie pas être entré régulièrement en France ni avoir déposé de demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Puy-de-Dôme ;

- si la présence de son enfant n'a pas été mentionnée, la cellule familiale peut néanmoins se reconstituer au Congo ;

- il n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale ; le requérant n'apporte pas la preuve de son concubinage ni de son ancienneté ; il n'apporte pas de précision sur le rôle qu'il a avec les enfants de sa compagne ; il déclare avoir de la famille dans son pays d'origine ;

- il ne méconnait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que la cellule familiale peut se reconstruire au Congo.

M. E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Courret, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 mai 2023 à 11h00 :

- le rapport de Mme Courret,

- les observations de Me Vaz de Azevedo, avocat de M. E, qui reprend les termes de sa requête et notamment qu'un des enfants de sa compagne est français et que le requérant s'occupe des enfants.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant congolais, déclare être entré en France en 2017. Sa demande d'asile a été rejetée le 28 février 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui a également rejeté sa demande de réexamen comme étant irrecevable par une décision du 31 octobre 2018. Le 1er mai 2023, M. E a été interpellé et placé en retenue administrative suite à un contrôle routier effectué par les services de la gendarmerie nationale sur réquisition du procureur de la République. Par un arrêté du 1er mai 2023, la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de ces actes.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. E a formé une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 3 mai 2023 sur laquelle il n'a pas encore été statué. Par conséquent, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (.. .) ".

5. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. D B, sous-préfet de Montluçon, qui bénéficie, durant les permanences assurées les week-end et jours fériés, en vertu d'un arrêté de la préfète de l'Allier du 6 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer toute décision prise en application du livre II, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le cadre de l'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Par suite, et dès lors que l'arrêté litigieux a été signé un jour férié, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français que la préfète de l'Allier ne se serait pas livrée à un examen réel et sérieux de la situation de M. E qui lui était soumise. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant disposait d'un visa valable dans les Etats Schengen du 17 février au 19 mars 2017, il est toutefois entré en Belgique le 9 mars 2017 et n'établit pas être entré en France à une date où son visa était encore valide. Par ailleurs, le requérant n'établit pas, en produisant un simple accusé de réception, avoir déposé une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme. En tout état de cause, les circonstances invoquées liées aux conditions de son entrée sur le territoire français et du dépôt d'une demande de titre de séjour n'ont pas d'influence sur la légalité de la décision prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors que la préfète n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la vie privée et familiale de l'intéressé, la circonstance qu'elle n'ait pas évoqué de manière exhaustive l'ensemble de ses liens privés et familiaux en France ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen invoqué. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. E doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. E, dont il ressort de l'arrêté contesté qu'il est entré en France en 2017, se prévaut de ce qu'il entretient une relation de concubinage depuis plusieurs années avec sa compagne, de même nationalité et titulaire d'une carte de résident de dix ans, de ce qu'un enfant est né de cette union, et de ce qu'il participe à l'entretien et l'éducation de cet enfant ainsi que des enfants de sa compagne, nés d'une précédente union dont une fille qui est handicapée et possède une carte nationale d'identité française. Toutefois, les seuls éléments produits qui sont constitués d' de photographies et d'attestations peu circonstanciées de témoins et de sa compagne qui, au demeurant, mentionne dans un document intitulé " attestation d'hébergement " certifie héberger M. E à son domicile depuis le 30 janvier 2023, ne permettent pas d'établir l'ancienneté et la stabilité de la vie commune entre le requérant et sa compagne, ni qu'il participe effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille et des enfants de sa compagne. Il ressort notamment des termes du procès-verbal de son audition réalisée par les services de la gendarmerie nationale le 1er mai 2023 dans le cadre de sa retenue administrative, que si le requérant déclare vivre chez sa compagne depuis six mois, il déclare également recevoir son courrier à une adresse distincte auprès d'une association. Par suite, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision contestée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficie en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 2 décembre 2022, pendant les périodes où il assure le service de permanence, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer toute décision prise dans le domaine de la législation et de la réglementation relatives à l'entrée et au séjour des étrangers en France y compris les décisions prescrivant une mesure de privation de liberté. Il ressort des documents produits par le préfet du Puy-de-Dôme que M. C assurait le service de permanence de la préfecture à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte atteinte à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant.

15. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des actes en litige. Par suite, la requête de M. E, doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à la préfète de l'Allier et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2023.

La magistrate désignée,

C. COURRETLa greffière,

I. SUDRE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier et au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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