mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | EL AZZOUZI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, M. A B, représenté par Me El Azzouzi, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 23 mai 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
- la requête, enregistrée avant l'expiration du délai de recours contentieux, est recevable ;
- la motivation de l'arrêté contesté est " censée ne pas exister " dès lors qu'un retour dans son pays d'origine pourrait porter atteinte à sa vie, qu'il pourrait éventuellement bénéficier d'une autorisation provisoire de séjour et qu'il aurait été plus logique que le préfet ne se fonde pas exclusivement sur le rejet définitif de sa demande d'asile mais sur les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois est entachée d'une erreur de droit et méconnait le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision préfectorale méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et " va à l'encontre de la convention de Genève ".
Des pièces produites par le préfet de la Haute-Loire ont été enregistrées le 30 mai 2023 à 13h58.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 26 mai 2023.
La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des articles L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 à 14 heures 15 :
- le rapport de M. Panighel,
- et les observations de Me El Azzouzi, représentant M. B, qui s'en remet à ses écritures et soutient en outre que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
L'instruction a été close après les observations orales présentées pour M. B en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté par le préfet de la Haute-Loire a été enregistré le 30 mai 2023 à 14 heures 34, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 mai 2023, notifié le 25 mai suivant, le préfet de la Haute-Loire a obligé M. A B, ressortissant béninois, à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un second arrêté, du même jour, également notifié le 25 mai, le préfet de la Haute-Loire a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire () peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
3. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, les décisions en litige comprennent les considérations en droit et en fait qui les fondent. Ces décisions sont, par suite, suffisamment motivées.
5. En deuxième lieu, M. B doit être regardé comme soutenant que le préfet de la Haute-Loire n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle et professionnelle avant de prendre les décisions en litige. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, en l'espèce, procédé à un tel examen. Le moyen doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
7. La motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois prononcée à l'encontre de M. B atteste de la prise en compte par le préfet de la Haute-Loire, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché cette décision d'une erreur de droit ni méconnu les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogées depuis le 1er mai 2021 et reprises à l'article L. 612-10 du même code.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité de réfugié est reconnue : / 1° A toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté ; / 2° A toute personne sur laquelle le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés exerce son mandat aux termes des articles 6 et 7 de son statut tel qu'adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 14 décembre 1950 ; / 3° A toute personne qui répond aux définitions de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. / Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux réfugiés en vertu de la convention de Genève susmentionnée ". Selon l'article L. 512-1 de ce même code : " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié mais pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : / 1° La peine de mort ou une exécution ; / 2° La torture ou des traitements inhumains ou dégradants ; / 3° S'agissant d'un civil, une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle et résultant d'une situation de conflit armé interne ou international ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient qu'à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et, le cas échéant, à la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), de se prononcer sur le droit des intéressés à l'octroi de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de la Convention de Genève et des dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. En tout état de cause, M. B n'établit pas, par la seule production de la requête qu'il a introduite auprès de la Cour nationale du droit d'asile, remplir les conditions pour bénéficier de l'octroi de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire alors en outre que cette cour a définitivement refusé de l'admettre à l'asile par décision du 5 mai 2023. Au surplus, l'obligation de quitter le territoire français sans délai en litige n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer M. B dans son pays d'origine.
10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 9 juin 2022, soit moins d'un an avant les arrêtés contestés. Ce dernier ne se prévaut d'aucun lien personnel et familial noué en France. Il n'allègue pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même qu'il est bénévole au sein de deux associations et effectue des recherches d'emploi en lien avec ses compétences professionnelles, les décisions en litige ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 9, M. B, qui soutient encourir des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Bénin, se borne à produire, au soutien de ses allégations, le recours qu'il a présenté auprès de la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, il n'établit pas qu'il serait personnellement exposé à des risques de torture ou de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du 23 mai 2023 du préfet de la Haute-Loire doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le magistrat désigné,
L. PANIGHEL
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026