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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301169

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301169

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 3 juin 2023, et un mémoire, enregistré le 8 juin 2023, M. A B, représenté par l'Aarpi Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 1er juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle elle a été prise ; l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure, d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 8 juin 2023.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 2 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juin 2023 à 11h, en présence de Mme Petit, greffière d'audience :

- le rapport de M. Debrion,

- et les observations de Me Gauché, avocat de M. B, qui a repris le contenu de ses écritures.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien qui déclare être entré en France le 14 août 2017, a fait l'objet, le 25 avril 2023, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une décision fixant le pays de renvoi et d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement n° 2303385 du 2 mai 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté le recours en annulation dirigé contre les décisions précitées du 25 avril 2023. Par une décision du 1er juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 1er juin 2023.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

3. Compte tenu de ce qui sera dit aux points suivants, les demandes de M. B sont manifestement dénuées de fondement. Dès lors, en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder à titre provisoire l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 25 avril 2023 :

4. Une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle est recevable tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif.

5. Si, par un jugement n° 2303385 du 2 mai 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a notamment rejeté les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français du 25 avril 2023 prise à l'encontre de M. B, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait appel de ce jugement, de sorte que la décision précitée du 25 avril 2023 n'est pas devenue définitive et que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision est donc bien recevable.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 de ce code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ". Ces dernières dispositions prévoient que l'autorité administrative doit, lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou, en cas notamment d'assignation à résidence, celui d'un médecin de l'office, lorsqu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement en vertu des dispositions précitées de l'articles L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En se bornant à soutenir que son état de santé a nécessité plusieurs hospitalisations et est incompatible avec un placement en rétention administrative sans justifier des conséquences d'une exceptionnelle gravité qui naîtraient d'un défaut de traitement et de l'impossibilité de bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié à sa pathologie, M. B n'établit pas que le préfet du Puy-de-Dôme a entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'un vice de procédure, faute d'avoir recueilli au préalable l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas, compte tenu des éléments dont il disposait, procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation du requérant avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, si le requérant soutient que l'administration a commis une erreur de droit en ne retenant aucun élément relatif à sa vie privée et familiale, il ressort toutefois d'une lecture de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet du Puy-de-Dôme a mentionné dans cette décision des éléments sur la vie privée et familiale de l'intéressé, peu importe que ces éléments soient incomplets.

10. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 25 avril 2023 est entachée d'une erreur de fait au motif que les faits qui lui sont reprochés n'ont pas donné lieu à condamnation, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français précitée, qui a été prise en application des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit en raison du maintien du requérant sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, trouve son fondement dans des faits pénaux.

11. En dernier lieu, le droit à un procès équitable et à un recours effectif garanti par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas nécessairement que l'étranger soit autorisé à demeurer sur le territoire français pour répondre des procédures juridictionnelles qui le concernent, dès lors, notamment, qu'il dispose comme en l'espèce de la faculté de se faire représenter par un conseil.

12. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant est convoqué au tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand, le 10 novembre 2023, en vue d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, et à une audience correctionnelle, devant ce même tribunal, le 15 décembre 2023, il ne soutient ni même n'allègue qu'il ne pourrait pas se faire représenter par son conseil lors de ces convocations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 25 avril 2023 a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 12 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 25 avril 2023 doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

14. En premier lieu, la décision portant assignation à résidence a été signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait d'une délégation accordée par un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 27 décembre 2022 régulièrement publié dans le recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'un certain nombre d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions d'assignation à résidence prises sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

16. La décision en litige vise, en droit, les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne, en fait, les raisons pour lesquelles le préfet a estimé que M. B pouvait être assigné à résidence. Par suite, la décision portant assignation à résidence est bien motivée conformément aux exigences prévues à l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas, compte tenu des éléments dont il disposait, procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation du requérant avant de décider de l'assigner à résidence.

18. En dernier lieu, d'une part, comme il a été dit au point 12, M. B ne soutient ni même n'allègue qu'il ne pourrait pas se faire représenter par son conseil lors des deux convocations dont il fait l'objet devant les juridictions judiciaires. D'autre part, comme il a été dit au point 7, le requérant ne justifie ni des conséquences d'une exceptionnelle gravité qui naîtraient d'un défaut de traitement médical, ni de l'impossibilité de bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié à sa pathologie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'existe pas, pour lui, de perspective raisonnable d'éloignement aux motifs qu'il est convoqué devant les juridictions judiciaires en novembre et décembre 2023 et que ses soins psychiatriques ne doivent pas être interrompus.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er juin 2023 portant assignation à résidence doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le magistrat désigné,

J-M. DEBRIONLa greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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