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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302151

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302151

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMUSCILLO RAPHAËL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance du 12 septembre 2023, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé la requête de M. A F C, qui a été enregistrée le

13 septembre 2023 au tribunal. Par cette requête enregistrée sous le n° 2302151 et des pièces complémentaires enregistrées les 19 et 20 septembre 2023, M. A F C, représenté par Me Muscillo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités néerlandaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente de son rendez-vous en préfecture aux fins de dépôt de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions des articles 4, 5 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 20 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une ordonnance du 12 septembre 2023, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé la requête de Mme E B épouse C, qui a été enregistrée le 13 septembre 2023 au tribunal. Par cette requête enregistrée sous le n° 2302152 et des pièces complémentaires enregistrées les 19 et 20 septembre 2023, Mme E B épouse C, représentée par Me Muscillo, demande au tribunal:

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités néerlandaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente de son rendez-vous en préfecture aux fins de dépôt de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que ceux développés dans la requête n°2302151.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 20 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 septembre 2023 à 10 heures, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de M. C, par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe, qui indique avoir quitté le Soudan pour rejoindre ses filles majeures, installées et intégrées en France. S'il reconnaît que sa situation privilégiée au Soudan lui a permis de voyager en Europe et entretenir des relations commerciales avec les Pays-Bas, il souhaite rester et s'établir en France auprès de ses filles et de ses petits-enfants, alors que la guerre au Soudan l'a privé de tous ses biens personnels et professionnels.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants soudanais, sont entrés régulièrement en France le 9 avril 2023 selon leurs déclarations, et ont présenté une demande d'asile le 26 mai 2023. La consultation du fichier Eurodac a mis en évidence que les requérants étaient titulaires de visas délivrés par les autorités néerlandaises. Les autorités néerlandaises ont été saisies le

15 juin 2023, d'une demande de prise en charge en application de l'article 18 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013. Après avoir fait connaître leur refus, les autorités néerlandaises ont été saisies le 17 aout 2023 d'une demande de réexamen en application de l'article 5 du règlement européen (UE) n° 1560/2003 modifié. Le 25 août 2023, les autorités néerlandaises ont expressément accepté de reprendre en charge les intéressés, en application de l'article 25 du règlement n° 604/2013. Par deux arrêtés du 7 septembre 2023, la préfète du Rhône a décidé de les transférer vers les Pays Bas comme étant l'Etat responsable de l'examen de leur demande de protection internationale. Par les présentes requêtes, M. et Mme C demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2302151 et 2302152 concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que les requérants se sont vu délivrer, à l'occasion de l'enregistrement de leur demande d'asile à la préfecture du Puy-de-Dôme le 26 mai 2023, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées dans une langue que les intéressés ont déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et contiennent l'intégralité des informations prévues par cet article. Enfin, elles ont été remises aux requérants le 26 mai 2023, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. D'autre part, les entretiens réalisés à l'occasion de l'enregistrement de leur demande d'asile ont donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé signé par les requérants, lesquels ont bénéficié du concours d'un interprète agréé en langue arabe. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que ces entretiens individuels n'auraient pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, ni qu'ils auraient été menés par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de ces entretiens mentionnant au contraire que ceux-ci ont été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Puy-de-Dôme ", sans que les intéressés ne présentent d'élément de nature à contredire ces mentions. Il suit de là que ceux-ci se sont vu dûment délivrer les informations prescrites à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et ont été reçu à un entretien individuel dans les conditions prescrites à l'article 5 du même règlement. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si les requérants soutiennent avoir quitté le Soudan en raison des craintes invoqués et risques auxquels ils s'exposent, les décisions en litige n'ont pas pour effet de les renvoyer dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète, en ne faisant pas usage de la faculté dérogatoire prévue à l'article 17 du règlement n°604/2013, aurait méconnu cet article.

7. Enfin, la seule circonstance que les deux filles majeures du couple séjournent depuis plusieurs années sur le territoire français ne saurait suffire à démontrer le transfert du centre de leurs intérêts privés en France. Dans ces conditions, compte tenu de leur entrée récente sur le territoire français, M. et Mme C qui ne justifient pas d'une insertion dans la société française, ne sont pas fondés à soutenir que la préfète du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation ni à alléguer que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux de leur situation personnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés en litige. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

9. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

10. Il résulte des points précédents que les requêtes de M. et Mme C ne comportent que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens inopérants et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F C, à Mme E B épouse C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023

La présidente,

S. D

Le greffier,

D. MORELIERE La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 ; 230215eco

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