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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302347

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302347

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEAT-PARETI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Déat-Pareti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet du Cantal l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et l'a astreinte à résider dans l'arrondissement d'Aurillac avec l'obligation de se présenter aux services de police d'Aurillac les lundis, mercredi et vendredis ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte, et de procéder à un nouvel examen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas possible de déterminer si son recours à la procédure accélérée a été motivé par une des situations dans lesquelles le droit de se maintenir sur le territoire français cesse dès la décision de rejet de l'OFPRA ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il serait dangereux, pour son enfant qui a une santé fragile, de se trouver dans une situation précaire ; des membres de sa famille résident régulièrement sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que cette mesure a pour effet d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'ensemble de sa famille, son conjoint et son enfant ayant besoin d'un environnement stable et d'un suivi médical pour leur bien-être ;

Sur le délai de départ volontaire de trente jours :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ce délai ne lui permet pas d'exercer son droit d'asile de manière effective et de clôturer sa demande d'asile, cette dernière n'étant pas clôturée ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée, le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA ne constituant pas une motivation suffisante ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences, de sa fréquence et du but poursuivi.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2023, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le

15 novembre 2023 à 9h30, en présence de M. Morelière, greffier d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- Me Déat-Pareti, avocat de Mme C.

Le préfet du Cantal n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante serbe, est entrée sur le territoire français le 21 décembre 2022 et s'est vue refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 août 2023. Par un arrêté du 20 septembre 2023, le préfet du Cantal l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et l'a astreinte à résider dans l'arrondissement d'Aurillac avec l'obligation de se présenter aux services de police les lundis, mercredis et vendredis. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision en litige comporte, pour l'ensemble des décisions qu'elle édicte, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la fiche " TelemOfpra " produite en défense, que la décision du 28 août 2023 par laquelle l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de Mme C, en procédure accélérée, a été notifiée à l'intéressée le 6 septembre 2023. Dans ces conditions, la requérante qui a réceptionné cette décision, n'est pas fondée à soutenir qu'il lui est impossible de déterminer si le recours à la procédure accélérée par l'autorité préfectorale a été motivé par une des situations dans lesquelles le droit de se maintenir sur le territoire français cesse dès la décision de rejet de l'OFPRA.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée récemment en France le 21 décembre 2022. Par ailleurs, elle ne fait état d'aucun élément permettant de démontrer l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français. En outre, si elle se prévaut de la présence régulière de membres de la famille de son conjoint sur le territoire français, elle ne l'établit pas et n'établit pas davantage que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Serbie, son conjoint faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement édictée le même jour. Dans ces conditions, Mme C, qui n'allègue ni n'établit être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si Mme C fait valoir qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte devant le tribunal aucun élément probant ou significatif de nature à démontrer le bien-fondé de ses allégations lesquelles ont été par ailleurs examinées par l'Office de protection des réfugiés et apatrides. En tout état de cause, elle ne démontre pas davantage qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'une protection de la part des autorités dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En cinquième lieu, et au regard de tout ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. En outre, si Mme C fait valoir que la décision portant assignation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences, de sa fréquence et du but poursuivi, elle n'apporte aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. Il résulte de toute ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2023. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonctions, d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

La présidente,

S. B Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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